Ce lundi, un patient qui entre dans une pharmacie avec une ordonnance peut repartir avec une boîte de trente comprimés au lieu d’un stylo injecteur. Le laboratoire danois Novo Nordisk avait annoncé la date le 29 octobre : le Wegovy en comprimé est commercialisé en France à partir du 2 novembre. La Commission européenne avait autorisé cette forme orale le 15 juillet 2026, après un avis favorable de l’Agence européenne des médicaments en mai. Jusqu’ici, le Wegovy ne se prenait en France que par injection hebdomadaire, depuis octobre 2024, et près de 100 000 personnes l’utilisent déjà dans l’Hexagone, selon Le Figaro. Le comprimé contient le même principe actif, le sémaglutide, qui imite le GLP-1, une hormone libérée par l’intestin après un repas, qui agit sur les centres de l’appétit et ralentit la vidange de l’estomac.

Ce que ça change pour vous

Si vous suivez déjà un traitement par stylo, rien ne vous oblige à changer. Novo Nordisk présente le comprimé comme une option de plus, pas comme un remplacement, d’abord pour les patients que la piqûre hebdomadaire rebutait. Avant de vous déplacer, appelez votre pharmacie : le lancement ne garantit pas que chaque officine a la boîte en stock dès le premier jour.

Wegovy comprimé prix : 169 €, puis 205 €, puis 235 € par mois

Le chiffre annoncé partout, 169 €, ne raconte que le début. Le prix conseillé par boîte de trente comprimés, soit un mois de traitement, est de 169 € pour les doses de 1,5 mg et de 4 mg, 205 € pour 9 mg, 235 € pour 25 mg, la dose d’entretien. Le traitement commence à 1,5 mg, puis la dose monte par paliers d’au moins quatre semaines avant d’atteindre 25 mg par jour, au plus tôt à partir de la treizième semaine. Les quatre premiers mois reviennent donc à 778 € au minimum, et une année entière à la dose d’entretien coûte 2 820 €.

« Un prix similaire au traitement injectable. » Étienne Tichit, directeur général de Novo Nordisk France, au Parisien, à propos du prix d’entrée de 169 € par mois.

Le point qui pèse le plus dans le budget reste l’absence de remboursement. Le comprimé n’est pas pris en charge par l’Assurance maladie à son lancement, et le laboratoire n’avait déposé aucune demande en ce sens fin octobre. Novo Nordisk dit avoir privilégié une mise à disposition rapide. Comme il s’agit d’un médicament non remboursé, son prix est libre : une pharmacie peut afficher un tarif un peu plus élevé que le prix conseillé.

Une plaquette de comprimés blancs, sur fond clair Une plaquette de comprimés. Le Wegovy en comprimé se prend une fois par jour, à jeun, avec une petite gorgée d’eau. (Photo d’illustration)

Qui peut l’obtenir, et qui ne le peut pas

Le comprimé est réservé aux adultes, en complément d’une alimentation hypocalorique et d’une activité physique accrue. Depuis le 23 juin 2025, tout médecin peut prescrire ces traitements contre l’obésité, y compris pour une première prescription. Deux situations ouvrent droit à la prescription : un indice de masse corporelle d’au moins 30, ce qui correspond à une obésité, ou un IMC entre 27 et 30, donc un surpoids, avec au moins une maladie liée au poids, comme un diabète de type 2, une hypertension, un excès de cholestérol, une apnée du sommeil ou une maladie cardiovasculaire. Pour une personne mesurant 1,70 m, cela représente un poids d’au moins 87 kg dans le premier cas, ou 78 kg avec une maladie associée dans le second, selon l’exemple donné par Le Figaro.

Le traitement ne s’adresse pas à quelqu’un qui veut perdre quelques kilos. L’Agence nationale de sécurité du médicament rappelle qu’il s’utilise en seconde intention, après l’échec d’une prise en charge nutritionnelle globale, généralement conduite pendant au moins six mois. La forme orale n’est pas indiquée chez l’adolescent, contrairement à la forme injectable, et elle ne doit pas être utilisée pendant la grossesse ou l’allaitement.

Comment le prendre, sans rater la dose

Un comprimé de sémaglutide n’a rien d’un comprimé ordinaire. La molécule est un peptide, une petite protéine que le tube digestif dégrade en grande partie, malgré un excipient, le salcaprozate de sodium, qui aide son absorption. Seuls 1 à 2 % de la dose avalée atteignent la circulation sanguine. C’est pour cette raison que la dose d’entretien, 25 mg par jour, paraît énorme à côté des 2,4 mg hebdomadaires du stylo.

La routine, décrite dans la notice, tient en trois gestes : avaler le comprimé entier, le matin au réveil, après au moins huit heures sans manger, avec une gorgée d’eau de 120 ml au maximum, sans le couper, l’écraser ni le mâcher ; attendre au moins trente minutes avant de manger, de boire ou de prendre un autre médicament par voie orale ; ne jamais prendre deux comprimés le même jour, même pour rattraper un oubli. Pris avec des aliments ou un grand volume d’eau, le sémaglutide est moins bien absorbé. Les patients sous lévothyroxine doivent le signaler : une étude d’interaction a montré une hausse de 33 % de l’exposition à cette hormone. Passer du stylo au comprimé obéit aussi à des règles précises, et tout changement relève d’une décision médicale.

L’intérieur d’une pharmacie, avec ses comptoirs et ses rayons Le comptoir d’une pharmacie. Le prix du comprimé, non remboursé, est libre : il peut varier d’une officine à l’autre. (Photo d’illustration)

Que vaut-il vraiment, et que vaut le stylo à côté ?

L’efficacité du comprimé de 25 mg a été mesurée dans l’essai OASIS 4, mené sur 307 adultes, avec des conseils pour réduire les apports caloriques et bouger davantage dans les deux groupes. À 64 semaines, les patients sous comprimé avaient perdu en moyenne 13,6 % de leur poids, contre 2,2 % sous placebo, soit 14,2 kg contre 2,2 kg. Plus de trois patients sur quatre avaient perdu au moins 5 % de leur poids. Les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs, surtout pendant la montée des doses : nausées, vomissements, constipation, digestion difficile, diarrhée. La plupart de ces troubles étaient légers à modérés et de courte durée, et ils ont conduit 3,4 % des patients à arrêter le traitement. Une douleur abdominale intense et persistante, qui peut faire évoquer une pancréatite aiguë, ou une détérioration soudaine de la vision, doivent faire consulter sans attendre.

La comparaison avec le stylo ne se joue pas seulement sur la peur de la piqûre. Depuis le 15 juin 2026, certaines présentations injectables de Wegovy peuvent être remboursées à 65 %, mais dans un périmètre bien plus étroit : un IMC initial d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une comorbidité sévère, une perte de poids inférieure à 5 % après six mois de prise en charge nutritionnelle, et une prescription initiale ouvrant droit au remboursement réalisée par un médecin habilité. Les prix réglementés des stylos vont de 146,91 € à 195,10 € par stylo de quatre doses hebdomadaires. Le comprimé, lui, reste en dehors de ce dispositif, et une éventuelle prise en charge nécessiterait une procédure distincte, sans date avancée à ce stade.

La concurrence se prépare déjà : l’américain Eli Lilly vend son propre comprimé, le Foundayo, aux États-Unis depuis avril et au Royaume-Uni depuis août, avec une prise moins contraignante, à n’importe quel moment de la journée, avec ou sans nourriture. Reste la question que les patients poseront au comptoir, une fois l’ordonnance en main : combien de temps, et à quel prix, avant que le remboursement, s’il vient un jour, ne change l’équation. En attendant, le coût se paie en entier, chaque mois, et c’est ce chiffre-là, 235 € à la dose d’entretien, qu’il vaut mieux avoir en tête avant de commencer.