Le projet à 800 millions d’euros devait transformer la tour Montparnasse en tour de verre coiffée de terrasses végétalisées. Il a été rejeté le mercredi 23 septembre : l’assemblée générale des copropriétaires a voté à plus de 76 % contre le lancement des travaux, selon les informations transmises à l’AFP et relayées par le site Batiweb.

Le maire de Paris n’a pas tardé à réagir. Dans une interview publiée ce dimanche 18 octobre dans Ouest-France, dont Le Figaro immobilier se fait l’écho, Emmanuel Grégoire exige que le projet soit mis en œuvre et prévient les copropriétaires tentés de tourner la page : un abandon « aurait des conséquences. Je le dis avec beaucoup de fermeté ».

« Un abandon aurait des conséquences. Je le dis avec beaucoup de fermeté. » — Emmanuel Grégoire, maire de Paris, dans Ouest-France, 18 octobre 2026

Ce que ça change pour vous

Si vous habitez ou travaillez dans le 15e arrondissement, l’avenir de la tour Montparnasse vous concerne directement. Le chantier abandonné devait entraîner la rénovation du centre commercial situé au pied de la tour, confiée à l’architecte italien Renzo Piano et aujourd’hui « quasiment vide », d’après les informations rapportées par LFM sur la base de l’AFP. L’été dernier déjà, Le Figaro évoquait des « conséquences dramatiques » pour ce quartier en cas d’abandon du projet.

Précision utile : la tour est détenue à 100 % par des capitaux privés, et sa rénovation « ne bénéficiera d’aucun argent public », écrit Le Figaro immobilier. La facture ne retombera donc pas sur les contribuables.

La tour Montparnasse vue depuis la rue, dans le 15e arrondissement de Paris La tour Montparnasse vue depuis la rue, dans le 15e arrondissement de Paris. La rénovation à 800 millions d’euros prévoyait d’en faire une tour vitrée avec terrasses végétalisées.

Pourquoi la rénovation de la tour Montparnasse a-t-elle été rejetée ?

Parce que le dossier s’est transformé en guerre de tranchées entre copropriétaires. Le projet, lancé en 2015, prévoyait de convertir l’édifice en une tour vitrée avec terrasses végétalisées, complexe hôtelier, commerces, services et serre agricole en rooftop, rappelle Batiweb. Mais son coût s’est envolé : 400 millions d’euros à l’origine, puis 624 millions en juillet 2025, pour atteindre quelque 800 millions, selon Le Figaro.

Le nœud du conflit est foncier : le projet suppose des échanges de lots entre copropriétaires, notamment pour un hôtel de luxe aux étages supérieurs. Or le gestionnaire d’actifs LFPI, premier copropriétaire avec environ 28 % des tantièmes, a fait savoir en juillet qu’il ne suivait plus, écrit Le Figaro. Le rachat du 43e étage par Frédéric Lemos, ex-président du conseil syndical, a achevé de bloquer tout accord autour de l’hôtel.

Les dates clés du dossier Montparnasse

  • 2015 : le projet de rénovation est lancé.
  • 27 juillet 2026 : Emmanuel Grégoire convoque une réunion de crise à l’hôtel de ville avec les principaux copropriétaires, révèle Le Figaro.
  • 23 septembre 2026 : l’assemblée générale rejette à plus de 76 % le lancement des travaux.
  • Début octobre : le conseil syndical planche sur un plan B, une réhabilitation simplifiée estimée à 400 millions d’euros.
  • 18 octobre 2026 : dans Ouest-France, le maire de Paris menace les copropriétaires de « conséquences ».
  • 26 novembre 2026 : le permis de construire expire.

La tour Montparnasse et son parvis La tour Montparnasse et son parvis : au pied de la tour, le centre commercial dont la rénovation est elle aussi suspendue au sort du dossier.

Qui vise exactement le maire de Paris ?

Les grands institutionnels. LFPI détient près de 30 % de la tour, la MGEN environ 18 % et Axa autour de 10 %, selon Le Figaro immobilier. Dans son interview, Emmanuel Grégoire « alerte les copropriétaires sur l’insulte qui serait faite au maire de Paris et aux habitants en ne respectant pas leur engagement » : appliquer le permis de construire sur lequel, dit-il, « la mairie de Paris et la préfecture de police ont consacré une énergie folle depuis 10 ans ».

Le maire du 15e arrondissement, Philippe Goujon, avait prévenu l’été dernier dans Le Figaro : « Certains copropriétaires ont d’autres projets à Paris. Ils ont besoin de la mairie de Paris. » Sous-entendu : un abandon pourrait se payer cher dans les dossiers à venir devant l’hôtel de ville.

Le projet à 800 millions peut-il encore revivre ?

Tout dépend du 26 novembre : si le permis expire, tout est à refaire, nouveau projet et nouvelles autorisations, avec au moins trois ans de décalage avant un chantier, selon l’enquête du Monde publiée cet été. Frédéric Lemos et Xavier Niel, copropriétaires, affirment dans un communiqué qu’ils ne veulent pas « enterrer la tour Montparnasse » et réclament une réunion de toutes les parties, rapporte LFM sur la base de l’AFP. La Ville de Paris, elle, demande « qu’une solution alternative puisse être proposée afin d’éviter que le site ne reste durablement à l’arrêt ».

Reste la question qui fâche : qui paiera pour un projet dont le coût a doublé en quelques années ? Dix ans de plans, 800 millions envolés et un permis qui expire fin novembre : la tour la plus haute de Paris attend toujours son avenir. La mairie, elle, vient de dire qu’elle n’attendrait pas.