TotalEnergies a annoncé ce jeudi 29 octobre 2026 un bénéfice net ajusté de 9,1 milliards de dollars pour le troisième trimestre. Le chiffre dépasse les quelque 8,3 milliards attendus en moyenne par les analystes interrogés par LSEG, et il écrase le résultat du même trimestre de 2025, qui s’élevait à 4,0 milliards. En comptabilité classique, le bénéfice net part du groupe atteint 8,3 milliards de dollars, contre 5,4 milliards au deuxième trimestre et 3,7 milliards il y a un an.

Sur les neuf premiers mois de l’année, le total grimpe à 19,5 milliards de dollars, en hausse de 91 % par rapport à la même période de 2025. Le flux de trésorerie du trimestre, 12,3 milliards de dollars, a permis au groupe de ramener son endettement net à 9,1 % fin septembre, contre 13,1 % fin juin.

Ce que ça change pour vous à la pompe

Concrètement, un trimestre record ne fait pas baisser votre plein du jour au lendemain. Les prix à la pompe suivent les cours du brut, les marges de raffinage et les taxes, pas le compte de résultat d’un groupe. Mais l’annonce tombe à un moment précis pour les automobilistes français : le 1er novembre marque le début des baisses sur le gazole et le fioul promises par TotalEnergies, qui courent jusqu’au 31 janvier.

Le groupe, qui participe au déstockage de diesel décidé avec le gouvernement, a indiqué qu’il appliquerait des baisses différenciées, de l’ordre de 10 centimes par litre sur le gazole routier. Son PDG, Patrick Pouyanné, a répété après une réunion avec le gouvernement et les distributeurs, le 12 octobre, que TotalEnergies visait de rester le réseau le moins cher de France, « peut-être même au-delà de la crise ».

Reste une question ouverte : combien de temps ces baisses resteront-elles visibles sur le ticket de caisse, alors que le baril de Brent valait en moyenne 97 dollars au troisième trimestre, soit 40,4 % de plus qu’il y a un an ?

« Dans un environnement de prix élevés, caractérisé par des niveaux de marges de raffinage historiquement élevés et un marché du gaz haussier, TotalEnergies tire une nouvelle fois pleinement parti de son modèle intégré et de sa diversification géographique. »

D’où viennent ces 9,1 milliards de bénéfices TotalEnergies ?

Le premier moteur, c’est le raffinage. La division Raffinage-Chimie a signé un trimestre record à 3,6 milliards de dollars, deux fois plus qu’il y a un an. L’indicateur européen de marge de raffinage a bondi à 33,2 dollars le baril, contre 13,5 dollars au deuxième trimestre et 8,4 dollars un an plus tôt. Les raffineries du groupe ont tourné plus fort, avec un débit en hausse de près de 10 %, à 1,56 million de barils par jour, aidé par le retour progressif de la raffinerie SATORP en Arabie saoudite.

Des pompes TotalEnergies dans une station-service en France Des pompes TotalEnergies dans une station-service en France. (Photo d’illustration)

Le gaz liquéfié a suivi la même pente. La division GNL intégré a dégagé 1,9 milliard de dollars, avec un prix moyen du GNL en hausse de 20 % sur le trimestre, à 12,28 dollars par million de BTU. Le trading de pétrole et de gaz, lui, a tenu un niveau comparable aux deux trimestres précédents.

Côté production, le groupe a extrait 2,47 millions de barils équivalent pétrole par jour, en hausse de 3 % sur le trimestre. La guerre au Moyen-Orient a pesé sur environ 5 % de la production en moyenne sur la période. Sans cet effet, la croissance de la production dépasse 4 % sur un an, portée par des démarrages au Brésil, aux États-Unis et en Angola.

Dividendes et rachats d’actions : où va l’argent ?

Le conseil d’administration a confirmé un troisième acompte sur dividende de 0,90 euro par action pour 2026, en hausse de 5,9 % par rapport à 2025. Il a aussi validé 2,5 milliards de dollars de rachats d’actions au quatrième trimestre 2026, et autant au premier trimestre 2027. Les salariés ne sont pas oubliés dans l’annonce : le groupe lancera une nouvelle augmentation de capital qui leur est réservée, avec une décote de 20 % sur le cours.

Ces montants expliquent une partie du débat qui accompagne chaque publication du groupe. Quand les bénéfices doublent en un an, la question des « superprofits » revient dans la bouche des associations et de plusieurs partis, qui réclament une taxation exceptionnelle. Patrick Pouyanné, lui, défend l’autre option : le plafonnement volontaire des prix dans ses stations françaises, un dispositif qui a déjà coûté environ 500 millions d’euros au groupe selon ses propres chiffres.

Un automobiliste fait le plein à une station-service Un automobiliste fait le plein à une station-service. (Photo d’illustration)

La question qui fâche : superprofits et prix à la pompe

Au printemps, lors de l’assemblée générale, le PDG affirmait que les Français préféraient un prix plafonné à la pompe à une surtaxe dont l’usage resterait incertain. Le gouvernement, de son côté, avait renoncé à imposer une surtaxe sur le groupe. Ce jeudi, les chiffres donnent une nouvelle ampleur à ce débat : 9,1 milliards de bénéfices en un trimestre, pendant que le plein reste l’une des dépenses les plus surveillées des ménages.

Pour les automobilistes, les prochains rendez-vous sont concrets. Les baisses promises à partir du 1er novembre doivent se lire sur les panneaux des stations dans les jours qui viennent. Et la publication des résultats du quatrième trimestre, début 2027, dira si ce trimestre record tenait à une configuration exceptionnelle des marges ou à un niveau qui s’installe.