Jeudi 22 octobre, pendant que le Sénat examinait le texte, Foodwatch France défendait une idée simple sur franceinfo : au moins 80 produits sains prix coûtant supermarché, vendus sans marge par les enseignes. Pas une ristourne ponctuelle, pas une opération promotionnelle d’une semaine. Un rayon permanent, avec des produits sains de base identifiables en rayon, vendus au prix que l’enseigne les a payés.
Ce que ça change pour vous, si le texte aboutit
D’abord, une précision qui évite les faux espoirs : rien ne change à la caisse ce week-end. Une proposition examinée au Sénat n’est pas une loi en vigueur. Les courses de samedi se paient aux prix affichés, comme avant.
Si le texte allait au bout, le changement porterait sur une partie du panier, pas sur tout le caddie. Les produits visés sont des produits sains de base, du type de ceux que recommande le Programme national nutrition santé : fruits, légumes, et autres aliments de tous les jours. Sur ces références-là, la marge de l’enseigne disparaîtrait. Le reste du magasin, lui, garderait ses prix habituels.
« C’est une mesure concrète et urgente pour le pouvoir d’achat et la santé, qui est complètement à portée de main. » — Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch France, sur franceinfo, le 22 octobre
Des fruits et légumes en rayon : depuis 2015, leurs prix ont grimpé bien plus vite que l’inflation générale, selon la lettre ouverte adressée aux sénateurs.
Pourquoi les fruits et légumes ont flambé plus vite que le reste
La lettre ouverte adressée aux sénateurs, signée par 42 associations et chercheurs, aligne trois chiffres. Depuis 2015, le prix des fruits frais a augmenté de 54 %. Celui des légumes frais, de 62 %. Sur la même période, l’inflation générale s’établit à 21 %. Autrement dit, manger frais coûte de plus en plus cher par rapport au reste, et l’écart ne se résorbe pas.
Foodwatch pointe aussi les marges. Selon Karine Jacquemart, la grande distribution a tendance à appliquer des marges plus élevées sur les produits sains et durables que sur les produits ultra-transformés. Le client paie donc deux fois : un produit déjà plus cher à produire, et une marge plus lourde au passage en caisse. C’est ce mécanisme que la vente à prix coûtant voudrait casser.
80 produits, ou 100 ? Le chiffre a bougé en route
Ceux qui suivent le dossier depuis le printemps ont peut-être retenu un autre nombre : 100. Au printemps, la campagne réclamait 100 produits sains à prix coûtant, dans une lettre adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu. Début juillet, le député écologiste Boris Tavernier déposait une proposition de loi dans le même sens. La lettre adressée aux sénateurs en octobre, elle, parle d’au moins 80 produits.
Le fond reste le même : une petite partie des milliers de références d’un supermarché, vendue sans bénéfice pour l’enseigne, pour rendre l’alimentation saine accessible. Le nombre exact fait partie de ce que les parlementaires doivent trancher.
Ce qu’il faut retenir avant de faire ses courses
- Le texte examiné le 22 octobre au Sénat n’est pas une loi votée : aucun changement de prix n’est acté.
- La demande porte sur au moins 80 produits sains, vendus à prix coûtant, donc sans marge pour le supermarché.
- Aucune économie chiffrée par foyer n’a été avancée : tout dépendra des produits retenus et des marges actuelles.
- Pour Foodwatch, la mesure « ne coûte rien à l’État et aurait un effet immédiat » une fois adoptée, un argument que la directrice de l’association a répété jeudi sur franceinfo.
Fruits, légumes, produits de base : la proposition vise les aliments sains du quotidien, pas l’ensemble du magasin.
Reste la question que Karine Jacquemart posait elle-même jeudi : dans le contexte actuel, avec des fins de mois sous tension et des prix des frais qui ont bondi de plus de moitié en dix ans, voter contre une mesure qui ne coûte rien à l’État demandera des arguments solides. Les sénateurs ont maintenant le texte entre les mains. Les clients, eux, attendront de voir ce qui arrive vraiment en rayon.
