Pour venir au Sommet de l’élevage, ce jeudi, Annie Genevard ne pouvait pas arriver les mains vides. Devant les éleveurs réunis à Cournon-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, la ministre de l’Agriculture a annoncé de nouvelles mesures pour les exploitations frappées par la sécheresse : des prêts à taux zéro pour renflouer les trésoreries, et un geste sur l’indemnisation des prairies, le dossier qui fâche depuis la rentrée. La principale revendication de la FNSEA, qui dépendra en grande partie, selon l’AFP, de l’adoption du budget.

Prêts à taux zéro : qui peut en bénéficier ?

Le mécanisme est simple sur le papier. Les banques commercialisent des prêts de trésorerie à un taux de 2,5 %. L’État prend en charge les intérêts. Pour l’agriculteur, le coût du crédit tombe à zéro. Le dispositif vise les exploitations dont la trésorerie s’est effondrée après un été de canicule, avec des rendements en chute de 20 % à 80 % selon les productions.

La ministre y ajoute un second volet : la prise en charge des surcoûts liés à certains reports de remboursement de prêts, réservée aux agriculteurs récemment installés, pour éviter que les nouveaux venus, souvent les plus endettés, ne paient durablement le prix de cette saison catastrophique.

Pour en bénéficier, la marche à suivre passe par la banque habituelle de l’exploitation :

  • Vérifier son éligibilité auprès de son conseiller, les prêts s’adressant aux exploitations touchées par les pertes liées à la sécheresse de l’été 2026.
  • Constituer le dossier avec les justificatifs de pertes de rendement, les banques restant décisionnaires sur l’octroi.
  • Négocier le report d’échéances si la trésorerie ne permet pas de rembourser dans l’immédiat, le dispositif prévoyant un accompagnement pour les jeunes installés.

Des vaches charolaises dans une prairie jaunie par la sécheresse Prairies grillées, fourrages entamés : les éleveurs ont puisé dans les stocks réservés à l’hiver. (Photo d’illustration)

Fourrages : pourquoi le satellite est contesté

L’autre annonce du jour concerne l’indemnisation des pertes de fourrages, qui repose sur un outil bien particulier : un satellite qui, toutes les quarante-huit heures, mesure la pousse de l’herbe sur les prairies. Depuis la rentrée, les éleveurs contestent ses relevés. À l’ouverture du Sommet, la FNSEA a déployé une banderole : « La sécheresse nous assèche et le satellite regarde ailleurs. » Le syndicat affirme que l’outil sous-estime de 15 à 20 % les pertes réellement constatées sur le terrain.

« D’après les données enregistrées par le satellite en août, très peu d’endroits ont dépassé une baisse de 45 %, alors qu’on est à − 50 %, voire − 60 % selon les territoires. » (Yohann Barbe, président de la Fédération nationale des producteurs de lait)

Annie Genevard a donné des gages : publication anticipée des cartes de la pousse de l’herbe pour le mois de septembre, et déclenchement d’expertises de terrain pour vérifier les incohérences signalées par les éleveurs. C’est la première fois que le gouvernement accepte de remettre en cause, au moins en partie, le dispositif.

Les aides suffiront-elles à combler les pertes ?

Reste une question que les chiffres rendent brutale. L’indemnisation de solidarité nationale (ISN), le principal outil de l’État, ne compense qu’une partie des pertes : elle ne se déclenche qu’à partir de 30 % ou 50 % de pertes selon les filières, et ne couvre, pour la plupart d’entre elles, qu’une fraction des dégâts. Le maraîchage diversifié, durement touché, n’est pas couvert par les assurances. La Confédération paysanne alerte aussi sur les petites exploitations exclues, dans certains départements, des enveloppes pilotées par les préfets.

Face à des pertes évaluées à plus de 10 milliards d’euros par la FNSEA, et 6,5 milliards pour les seules céréales selon l’AGPB, le plan d’urgence gouvernemental, annoncé à plus de 1,3 milliard d’euros début septembre, paraît bien mince aux yeux des syndicats. La ministre elle-même a prévenu fin septembre que « l’État ne peut pas compenser toutes les pertes de production ».

Le Sommet de l’élevage à Cournon-d’Auvergne, où la ministre a fait ses annonces Le Sommet de l’élevage, principal rendez-vous des éleveurs français, où Annie Genevard a dévoilé ses nouvelles mesures ce jeudi. (Photo d’illustration)

La grogne reste vive dans les syndicats

Les annonces suffiront-elles à désamorcer la colère ? Mercredi soir, la Coordination rurale, le syndicat le plus radical, a envoyé un signal : elle a refusé de recevoir la ministre sur son stand, estimant que le gouvernement « n’a toujours pas compris la détresse et la gravité de la situation ». Chez les Jeunes Agriculteurs, c’est la disparition de 100 millions d’euros pour les missions agricoles des régions, absents du projet de budget, qui provoque la colère.

Mercredi soir déjà, Sébastien Lecornu avait placé les agriculteurs parmi « ceux qui subissent le plus durement l’accumulation des crises », renvoyant aux annonces de jeudi. Avec ces prêts à taux zéro, le gouvernement achète du temps. Reste à savoir si l’argent arrivera assez vite sur les comptes des fermes, et si les expertises de terrain donneront raison aux éleveurs face au satellite.