Ce sont les habitants du 10e arrondissement qui l’ont vu en premier, ce jeudi matin : les tentes alignées quai de Jemmapes et sous les piliers du métro aérien de la station Jaurès avaient disparu. Pas d’intervention musclée, pas de confrontation : une opération coordonnée, préparée avec la préfecture de police et la préfecture de la région Île-de-France, et annoncée par le maire lui-même.
Emmanuel Grégoire en avait fait l’une de ses priorités dès son élection en mars 2026 : libérer l’espace public des campements et trouver des solutions de relogement. Il s’était engagé à ce qu’il n’y ait plus d’enfant à la rue ni de tentes sous la partie aérienne de la ligne 2 du métro avant l’hiver. Huit mois après son arrivée à l’Hôtel de Ville, la première opération est tombée ce 8 octobre.
Où sont allés les 139 sans-abri pris en charge ?
Sur les 250 personnes approchées par les équipes jeudi matin, 139 ont accepté la solution proposée. Le détail publié par la mairie :
- 23 personnes dans des « sas province » répartis entre Marseille, Dijon et Rennes ;
- 51 personnes en centre d’accueil et d’examen des situations, le temps de faire le point sur leurs droits ;
- 4 personnes au centre d’hébergement « La Boulangerie », dans le 18e arrondissement ;
- 61 personnes prises en charge directement par la Ville pour des hébergements pérennes.
La moitié à peine des personnes contactées ont donc suivi les équipes. Un taux qui n’étonnera pas les associations : quitter son lieu de vie, même précaire, pour un hébergement parfois à plusieurs centaines de kilomètres, est une décision que beaucoup refusent.
Des tentes alignées dans un centre de mise à l’abri à Paris. Photo d’illustration.
« Les quartiers entre Barbès et Colonel-Fabien sont sacrifiés depuis trop longtemps »
Le maire assume l’objectif affiché. « Les quartiers qui jouxtent la ligne 2 sont depuis trop longtemps sacrifiés entre Barbès et Colonel-Fabien », a-t-il déclaré jeudi dans un communiqué. « Cette opération, nous la devons aux personnes qui dorment dans la rue et nous la devons aussi aux riverains. » Il promet de ne rien « lâcher ».
La mairie précise que la Ville restera « vigilante » pour éviter que les campements ne se reforment, avec une mobilisation importante de la police municipale. La promesse électorale tient donc à deux pieds : un toit pour les personnes à la rue, et des trottoirs dégagés pour les riverains.
« Cette opération, nous la devons aux personnes qui dorment dans la rue et nous la devons aussi aux riverains. » (Emmanuel Grégoire, maire de Paris)
Des associations parlent de « nettoyage social »
Le satisfecit n’est pas unanime. Selon des informations relayées jeudi, des associations dénoncent une opération de « nettoyage social » et contestent la méthode. Environ 140 personnes, pour beaucoup des migrants, auraient été mises à l’abri au total. Les mêmes voix rappellent que l’enjeu ne se réduit pas au nombre de tentes visibles : sans suivi social durable, les campements renaissent ailleurs.
Le maire ne conteste pas la critique : son entourage fait valoir que cette opération n’est qu’une « première » et que d’autres suivront. Les associations, elles, regardent déjà l’hiver, période où les campements renaissent dès que le suivi social s’essouffle.
Près de 4 000 personnes dorment encore dehors chaque nuit
L’opération du jour ne change pas l’échelle du problème. La dernière Nuit de la Solidarité, le grand décompte organisé par la Ville et l’Atelier parisien d’urbanisme, a recensé 3 507 personnes sans abri en janvier 2025, et la mairie évoque aujourd’hui près de 4 000 dormeurs chaque nuit. Les concentrations les plus fortes se trouvent le long du canal Saint-Martin, aux abords des gares et, justement, sous le viaduc de la ligne 2 entre Stalingrad et La Chapelle.
Un centre d’hébergement d’urgence à Paris, où la Croix-Rouge ouvre des lits en cas de vague de froid. Photo d’illustration : Croix-Rouge française.
Et maintenant ? Les prochaines étapes
Le maire l’a dit : c’est une « première » opération. D’autres devraient suivre dans les semaines à venir, le long des secteurs où les campements reviennent après chaque évacuation. La promesse « zéro enfant à la rue » reste le test le plus attendu : l’hiver dernier, les associations avaient déjà dénoncé des familles dehors malgré les opérations médiatisées.
Reste à voir si la méthode Grégoire, hébergement proposé plutôt qu’expulsion sèche, résiste à l’épreuve de l’hiver. Quand le froid s’installera, les files devant le 115 ne mesureront pas la qualité des communiqués, mais le nombre de portes vraiment ouvertes.
