La Dares, le service statistique du ministère du Travail, l’a chiffré ce vendredi 6 novembre : sur un an, au troisième trimestre 2026, le salaire mensuel de base du privé a progressé de 1,9 % en euros courants. Les prix ont couru plus vite. Corrigé de l’inflation, le recul est de 1,1 %. Trois mois plus tôt, le même indicateur gagnait encore 0,2 % en euros constants. Le mouvement s’est inversé pendant l’été.
Le salaire mensuel de base, c’est le brut de référence, hors primes, heures supplémentaires et rémunération variable. Il couvre le privé de dix salariés et plus, en France hors Mayotte. Les résultats restent provisoires, établis sur 11 900 questionnaires traités au 2 novembre. Les chiffres définitifs sortiront le 11 décembre.
Ce que ça change pour vous : votre salaire achète moins qu’il y a un an
Sur le seul troisième trimestre, le salaire de base n’a gagné que 0,2 %. La hausse s’est presque arrêtée entre juillet et septembre, pendant que les prix continuaient de monter.
Le calcul porte sur le salaire de base, primes et heures supplémentaires exclues. Si votre employeur n’a rien versé de plus cette année, votre fiche de paie de novembre achète concrètement moins que celle de novembre 2025. Pas une baisse de salaire sur le bulletin, une baisse de ce que le bulletin permet d’acheter.
Un bulletin de paie et un billet de 50 euros. Le salaire de base progresse moins vite que les prix depuis l’été. (Photo d’illustration)
Qui perd le plus : les cadres et les professions intermédiaires en tête
Les employés s’en sortent le moins mal, avec une perte de 0,8 % en euros constants sur un an. Les ouvriers perdent 1,2 %, les cadres et les professions intermédiaires 1,3 % chacun. Le salaire horaire de base des ouvriers et des employés, l’autre indicateur de la Dares, a progressé de 2,1 % en nominal sur douze mois. Corrigé des prix, il perd 1 %.
Le baromètre annuel de l’Apec, publié jeudi 5 novembre, enfonce le clou pour les cadres : leur rémunération médiane brute est tombée à 54 000 euros par an, contre 55 000 euros un an plus tôt, une première baisse depuis 2010. Sur 2025-2026, leur pouvoir d’achat a reculé de 3,6 %, et de 11,6 % depuis 2007. Moins d’un cadre sur deux a été augmenté en 2026, 46 %, contre 53 % en 2025 et 60 % en 2024.
« Le pouvoir d’achat des cadres recule depuis 2007, particulièrement à partir de 2022, avec une rémunération médiane qui progresse moins vite que l’inflation. » Annelore Coury, directrice générale de l’Apec, jeudi 5 novembre.
Pourquoi les salaires ne suivent plus les prix
Au deuxième trimestre, les salaires de base gagnaient encore du terrain : 1,9 % de hausse nominale sur un an, pour des prix en progression de 1,7 %. Le gain tenait dans 0,2 point. Au troisième trimestre, l’écart s’est renversé : les salaires ont gardé le même rythme nominal, mais les prix ont accéléré.
L’Insee avait prévenu. Selon ses prévisions rapportées par Ouest-France le 3 novembre, le salaire réel moyen par tête ne devrait pas progresser en 2026 et resterait sous son niveau de 2021. Le pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages, prestations sociales et revenus du patrimoine compris, reculerait d’environ 0,4 % cette année.
Sur un marché parisien. Les prix continuent de grimper pendant que les salaires de base stagnent. (Photo d’illustration)
Lundi à Matignon, la conférence sociale arrive au bon moment
Les chiffres de la Dares tombent au lendemain de la journée de mobilisation du jeudi 5 novembre. Entre 575 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et 1,6 million selon la CGT ont manifesté contre la vie chère. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a répondu jeudi soir en convoquant une conférence sociale lundi 9 novembre à Matignon, avec les syndicats et le patronat.
La CFDT demande 100 euros net de plus par mois sur le Smic. La CGT réclame une hausse de 10 %, soit environ 150 euros. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a jugé ce vendredi sur TF1 qu’il était important de franchir la barre des 1 500 euros net pour le Smic, aujourd’hui à 1 477,93 euros. L’intersyndicale se réunira lundi soir, à l’issue de la réunion de Matignon, pour décider des suites de la mobilisation.
Que surveiller maintenant
- Lundi 9 novembre : conférence sociale à Matignon sur le Smic, les minima de branches et les salaires en entreprise.
- Semaine prochaine : décision du gouvernement sur le Smic, avec une possible anticipation au 1er décembre.
- 11 décembre : résultats définitifs de la Dares pour le troisième trimestre.
- Votre fiche de paie : comparez votre brut de base avec celui d’il y a un an, primes et heures sup mises à part.
Lundi soir, après Matignon, les salariés sauront si la négociation reprend ou si la mobilisation continue. Les chiffres, eux, ne laissent plus beaucoup de place au doute : depuis l’été, travailler rapporte moins qu’avant.
