L’augmentation des salaires des fonctionnaires en 2027 ne sera pas générale : elle passera par des mesures ciblées. Vendredi 2 octobre, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a réuni les syndicats au lendemain de la présentation du budget 2027 en Conseil des ministres. Sa principale annonce : le minimum de traitement sera relevé au 1er janvier 2027, permettant à « près » de 400 000 agents publics de passer au-dessus du Smic.
Derrière ce chiffre, une réalité devenue banale dans la fonction publique. Les grilles salariales les plus basses ont été rattrapées par les hausses successives du salaire minimum. Depuis la revalorisation du Smic du 1er juin 2026, 862 000 agents touchent un traitement indiciaire inférieur au Smic. Ils ne reçoivent le Smic que grâce à une indemnité différentielle, qui peut représenter jusqu’à 65 euros par mois sur la fiche de paie.
Vendredi 2 octobre, la réunion sur les salaires a tourné court : la CGT, la FSU et Solidaires ont claqué la porte, et Force ouvrière avait boycotté le rendez-vous.
Ce que ça change pour vous
Si vous êtes agent public au bas d’une grille, janvier 2027 peut changer concrètement votre bulletin de salaire. Le minimum de traitement, aujourd’hui fixé à l’indice majoré 366, sera porté à l’indice 372, selon la Banque des Territoires. Résultat : votre traitement indiciaire dépassera le Smic, et l’indemnité différentielle qui complète aujourd’hui votre paie disparaîtra de la fiche.
Pour les quelque 460 000 autres agents restés en dessous du seuil, rien ne change : l’indemnité différentielle continue d’être versée, et leur rémunération de base restera accrochée au Smic. Quant à tous les agents situés plus haut dans les grilles, l’annonce de vendredi ne leur apporte rien de nouveau : sans dégel du point d’indice, leur traitement indiciaire reste figé.
Qui est concerné par la hausse de janvier 2027 ?
La mesure vise les agents dont le traitement indiciaire est aujourd’hui égal au minimum de la fonction publique. Ce sont les entrées de grille : adjoints administratifs, adjoints techniques, agents de catégorie C en début de carrière, dans les trois versants, État, territoriale et hospitalière.
Le relèvement profitera aussi aux employeurs publics, paradoxalement. Payer les agents au-dessus du Smic par le traitement plutôt que par une indemnité de compensation simplifie la gestion et ouvre des droits : un traitement indiciaire revalorisé compte pour la retraite, contrairement à une indemnité.
Pourquoi le point d’indice reste gelé en 2027
Le gouvernement a confirmé le nouveau gel dans le projet de loi de finances 2027, présenté jeudi en Conseil des ministres. Devant les syndicats, David Amiel a reconnu la difficulté : « Je mesure ce que cette décision représente pour les agents après plusieurs années de hausse des prix ».
« Je mesure ce que cette décision représente pour les agents après plusieurs années de hausse des prix. » — David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics
Son argument tient en un chiffre : revaloriser le point d’indice de 1 % coûterait 2,4 milliards d’euros à l’État. Et le ministre ajoute que cette hausse profiterait « de fait » aux agents les mieux payés, ce qui ne permet pas, selon lui, de concentrer l’effort sur les plus bas salaires. Le point est gelé depuis juillet 2023 ; la dernière augmentation, 3,5 %, remontait au 1er juillet 2022, en pleine poussée d’inflation.
Au bas des grilles, les traitements ont été rattrapés par le Smic : 862 000 agents touchent aujourd’hui une indemnité différentielle pour atteindre le minimum légal.
La colère des syndicats ne retombe pas
L’annonce n’a pas calmé la fonction publique. Les réactions de vendredi :
- La CGT, la FSU et Solidaires ont quitté la table en cours de réunion, rapporte Le Monde.
- Force ouvrière avait boycotté le rendez-vous, dénonçant une « mascarade ».
- Les syndicats réclamaient une revalorisation générale du point d’indice, refusée par l’exécutif qui veut concentrer l’effort sur les bas salaires.
- En toile de fond, les élections professionnelles du 10 décembre, un scrutin décisif pour les organisations syndicales.
Les mesures « ciblées » promises début juillet par le ministre — reconnaissance de l’expérience professionnelle, amélioration des parcours de carrière — doivent encore être détaillées. Le budget 2027 sera discuté à l’Assemblée à partir du 13 octobre, avec le spectre d’une motion de censure. Pour les 400 000 agents concernés, janvier 2027 apportera une vraie amélioration ; pour les syndicats, elle ne vaut toujours pas un point d’indice dégelé.
