La surcote parentale, c’est le bonus que la réforme des retraites de 2023 avait promis aux parents. Une majoration de la pension de base de 1,25 % par trimestre travaillé dans l’année qui précède l’âge légal de départ, dans la limite de quatre trimestres, soit 5 % au maximum. Le principe : compenser les trimestres pour enfants devenus inutiles quand l’âge légal a reculé, puisque ces mères atteignaient déjà le taux plein avant de devoir continuer à travailler.
Pour en bénéficier, trois conditions. Être né à partir de 1964. Avoir validé le nombre de trimestres requis pour le taux plein un an avant l’âge légal. Et justifier d’au moins un trimestre de majoration pour enfant, maternité, adoption, éducation, enfant handicapé ou congé parental. Une quatrième condition, moins visible, a tout fait basculer : l’âge légal de départ devait être supérieur ou égal à 63 ans.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Si vous êtes née entre janvier 1964 et mars 1965, que vous avez tous vos trimestres et au moins un trimestre pour enfant, vous pouviez compter sur ce bonus. Vous ne le toucherez pas. La suspension de la réforme, entrée en vigueur le 1er septembre 2026, a abaissé votre âge légal à 62 ans et 9 mois. Sous le seuil des 63 ans, la surcote parentale ne s’applique plus. Trois mois d’écart effacent jusqu’à 5 % de pension de base, à vie. Sur une pension de 1 600 euros par mois, cela représente 80 euros mensuels.
En contrepartie, vous partez trois à six mois plus tôt que prévu. Un départ avancé contre une pension amputée, et l’arithmétique ne joue pas en votre faveur sur la durée : trois mois de pension gagnés d’un côté, 80 euros perdus chaque mois, chaque année, de l’autre.
Trois mois d’écart de naissance, et jusqu’à 5 % de pension en moins, à vie.
Pourquoi 80 000 mères perdent-elles la surcote parentale ?
La mécanique est celle d’un seuil resté figé pendant que le reste bougeait. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu partiellement la réforme des retraites. L’âge légal des assurées nées en 1964 et au premier trimestre 1965 est passé à 62 ans et 9 mois. Mais le seuil d’accès à la surcote parentale est resté fixé à 63 ans dans les textes. Une génération entière passe sous la barre.
La CNRACL, la caisse des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, l’a confirmé dans une note : pour la génération 1964 et les agents nés au premier trimestre 1965, la surcote parentale ne s’applique plus, la condition d’âge légal supérieur ou égal à 63 ans n’étant plus remplie. Pour les assurées nées à partir du 1er avril 1965, dont l’âge légal est de 63 ans, le dispositif reste accessible si les autres conditions sont remplies.
Pour les parents nés en 1964, l’année de travail supplémentaire effectuée pour décrocher le bonus ne rapportera rien.
Qui est exactement concerné ?
Les estimations des associations et des collectifs mobilisés sur le sujet parlent de 50 000 à 80 000 femmes. Ce sont très majoritairement des mères de famille, mais le dispositif n’était pas réservé aux femmes : un père justifiant d’un trimestre parental pouvait aussi en bénéficier. Ce qui les réunit : un taux plein déjà atteint avant l’âge légal, au moins un trimestre pour enfant, et une année de travail supplémentaire effectuée en pensant toucher le bonus. Beaucoup avaient organisé leur fin de carrière autour de cette promesse, qui figurait dans les estimations affichées par les caisses sur le site Info Retraite et l’application Mon compte retraite.
Alerté, le ministre du travail et des solidarités a répondu, dans une réponse publiée le 24 septembre à une question du sénateur écologiste d’Ille-et-Vilaine Daniel Salmon, qu’il n’était pas prévu de modifier les conditions d’accès à la surcote parentale. La porte d’un correctif législatif reste ouverte, mais rien n’est annoncé.
Que faire si vous êtes née en 1964 ou début 1965 ?
Trois vérifications, dans l’ordre :
- Relisez votre relevé de carrière : vos trimestres de majoration pour enfant y figurent-ils bien ? C’est la première condition, et une erreur de relevé se corrige.
- Vérifiez votre simulation sur Info Retraite : si une ligne surcote parentale y apparaît encore, elle ne reflète plus votre situation réelle. Ne la comptez pas dans vos projets.
- Parlez-en à votre caisse avant de liquider : en décalant votre départ, vous pouvez encore bénéficier de la surcote de droit commun, 1,25 % par trimestre travaillé au-delà de l’âge légal et du taux plein. Ce n’est pas le même mécanisme, mais c’est une compensation partielle.
Et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 ?
Le dossier n’est pas clos. Le PLFSS pour 2027, en discussion, pourrait encore modifier les droits de ces générations. Le Monde signale qu’il complique déjà la donne pour les mères de famille nombreuse. En attendant, les femmes concernées doivent décider de leur date de départ avec des règles qui bougent encore. Une raison de plus pour vérifier chaque chiffre avec sa caisse avant de trancher.
La surcote parentale figurait dans les estimations de retraite fournies par les caisses : pour la génération 1964, elle ne s’appliquera pas.
Une réforme suspendue devait rendre trois mois aux assurées nées en 1964. Elle leur en reprend beaucoup plus, en silence, sur chaque pension versée jusqu’à la fin de leur vie.
Sources : Le Monde (14 octobre 2026), CNRACL, service-public.fr, CFDT.
