Dimanche 1er novembre, en fin d’après-midi, les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône ont été appelés pour un feu de véhicules dans la zone commerciale de Plan de Campagne, aux Pennes-Mirabeau, entre Marseille et Aix-en-Provence. Un poids lourd et plusieurs véhicules légers brûlaient. Pendant l’intervention, les secours ont été pris pour cible par un homme armé. C’est le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, qui a raconté la scène à l’AFP : les pompiers ont été « pris à partie par arme à feu » alors qu’ils luttaient contre les flammes.
La victime la plus gravement atteinte est l’adjudant-chef qui commandait le dispositif. Il a été « très grièvement blessé », selon les mots du préfet. Des sources policières concordantes citées par Le Figaro précisent qu’il a été atteint au thorax. Transporté aux urgences de l’hôpital Nord de Marseille, il a été pris en charge en urgence absolue. Un deuxième sapeur-pompier a également été touché, ainsi qu’un véhicule de secours, sans que le préfet donne plus de détails sur leur état en début de soirée.
Ce que ça change pour vous
Si vous habitez près de Plan de Campagne ou si vous deviez vous y rendre dimanche soir, un périmètre de sécurité a été mis en place autour de la zone commerciale pendant l’intervention des forces de l’ordre. Le préfet s’est rendu sur place, et l’antenne marseillaise du RAID a été mobilisée.
Au-delà de ce dimanche soir, l’affaire rappelle une règle simple : face à une intervention de secours, on ne s’approche pas, on laisse passer les véhicules prioritaires et on compose le 18 ou le 112 pour signaler un danger, sans intervenir soi-même. Agresser un sapeur-pompier en mission expose à des peines aggravées : en mai 2022, à Paris, une femme qui avait agressé un pompier pendant qu’il éteignait un incendie avait écopé de dix mois de prison ferme.
Dimanche 1er novembre, vers 16 heures : la chronologie des faits
- Vers 16 heures : les équipes du Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône (SDIS 13) arrivent à Plan de Campagne pour un feu impliquant un poids lourd et des véhicules légers.
- Pendant l’intervention : un individu armé ouvre le feu en direction des pompiers. L’adjudant-chef qui commande le dispositif est très grièvement blessé. Un deuxième pompier et un véhicule sont touchés.
- Dans la foulée : l’homme se retranche dans la caravane où il vit, à proximité. Un périmètre de sécurité est défini. Le RAID de Marseille est appelé en renfort des policiers déjà nombreux sur place.
- Vers 17 h 45 : l’homme est interpellé et placé en garde à vue. Il est ensuite « remis aux autorités de la police judiciaire », selon le préfet.
- En soirée : réactions du ministre, de la Sécurité civile et des pompiers de France. Aucune évolution médicale communiquée au-delà de l’urgence absolue.
Un camion de secours en intervention. (Photo d’illustration)
Que sait-on du pompier blessé ?
Le blessé grave est un adjudant-chef professionnel du SDIS 13. C’était lui qui commandait le dispositif déployé sur le feu de Plan de Campagne. Atteint au thorax selon des sources policières, il a été évacué vers l’hôpital Nord de Marseille en urgence absolue. Dimanche en début de soirée, aucune information médicale plus détaillée n’avait été rendue publique sur son état.
Laurent Nuñez a fait part de son « indignation face à cette agression violente gratuite à l’encontre de nos pompiers qui s’engagent pour protéger ». Il a ajouté que le pompier blessé avait été pris en charge et que « toutes nos pensées convergent vers lui pour qu’il puisse se remettre ».
« Quand ceux qui portent secours deviennent des cibles, c’est notre pacte républicain qui est atteint. »
Cette phrase est d’Éric Brocardi, porte-parole des sapeurs-pompiers de France, qui a apporté son « soutien total » au blessé, à ses proches et aux équipes mobilisées. La Direction générale de la Sécurité civile (DGSCGC) a elle aussi fait part de sa « vive » émotion : « Rien, jamais, ne pourra justifier que l’on s’en prenne à un sapeur-pompier alors qu’il accomplit sa mission. »
Qui est l’homme interpellé ?
Selon une source proche de l’enquête citée par franceinfo, l’homme interpellé a 51 ans. Il vivait de façon marginale dans une caravane installée à proximité de la zone commerciale, décrite par le maire des Pennes-Mirabeau comme un « logement illégal ». Il était déjà connu des services de police, notamment pour des faits de violence, y compris avec arme, et présente un « profil psy » selon la préfecture de police déléguée. Toujours selon cette source, il devait comparaître le 3 décembre prochain pour répondre de faits de violence.
Le préfet Jacques Witkowski a indiqué que l’homme avait « probablement incendié » lui-même les véhicules sur lesquels les pompiers intervenaient. Cette hypothèse reste à confirmer par l’enquête : les circonstances exactes des tirs, le lien entre l’incendie et les coups de feu et les motivations du tireur ne sont pas établis à ce stade.
Un sapeur-pompier en tenue d’intervention. (Photo d’illustration)
Le tireur a-t-il été arrêté ?
Oui. Après s’être retranché dans sa caravane, l’homme a été interpellé vers 17 h 45, puis remis à la police judiciaire et placé en garde à vue. Les enquêteurs doivent maintenant reconstituer le déroulement précis de l’intervention et établir son implication dans l’incendie initial comme dans les tirs.
Le maire des Pennes-Mirabeau, Romain Amaro, invité de franceinfo, a souligné un élément qui a pesé dans la rapidité de l’arrestation : à cause des manifestations de la journée, le préfet avait organisé une présence massive de gendarmerie et de police nationale dans le secteur. Ces forces ont pu intervenir « ultra rapidement », selon ses mots.
Pourquoi parle-t-on d’agressions contre les pompiers ?
Parce que ce drame ne tombe pas de nulle part. Près de 1 500 agressions envers les sapeurs-pompiers, verbales comme physiques, sont rapportées chaque année depuis 2021, selon le ministère de l’Intérieur. Trois quarts d’entre elles sont le fait des personnes que les pompiers tentent de secourir. En novembre 2023, dans le Haut-Rhin, deux pompiers avaient ainsi été agressés par un jeune homme qu’ils essayaient de secourir alors qu’il faisait une overdose de médicaments.
L’enquête de la police judiciaire devra dire ce qui s’est joué dimanche à Plan de Campagne : un feu, des tirs, un homme retranché dans sa caravane, et un adjudant-chef entre la vie et la mort à l’hôpital Nord de Marseille. Les prochaines heures diront si son état se stabilise.
