Le cyclisme français tient son nouveau phénomène, et il n’a que 20 ans. Samedi 10 octobre, Paul Seixas a remporté en solitaire le Tour de Lombardie à Côme, en Italie, s’offrant à 20 ans et 16 jours son premier Monument et le record de précocité de la « classique des feuilles mortes ». Le coureur de l’équipe Decathlon CMA CGM a porté son attaque à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, dans l’ascension du Civiglio, et plus personne ne l’a revu jusqu’à la ligne.

Les Monuments, au nombre de cinq, sont les courses d’un jour les plus anciennes et les plus prestigieuses du calendrier. En gagner un à 20 ans, aucun Français ne l’avait fait dans l’histoire moderne du sport.

Ce que ça change pour vous

Si vous suivez le vélo, vous venez d’assister à un moment qu’on attendait depuis sept ans. Aucun Tricolore n’avait remporté un Monument depuis Julian Alaphilippe à Milan-San Remo en 2019 ; aucun n’avait gagné le Tour de Lombardie depuis Thibaut Pinot en 2018. Cette disette est terminée, et elle l’est de la plus spectaculaire des manières.

La hiérarchie du cyclisme mondial vient de bouger sous vos yeux. À 20 ans, Seixas compte déjà une quatrième place sur le Tour de France cet été et une deuxième place à Liège-Bastogne-Liège derrière Tadej Pogacar au printemps. La question n’est plus de savoir s’il peut gagner les plus grandes courses, mais dans quel ordre il va s’y attaquer.

Et ce n’est pas un exploit isolé : selon les chiffres compilés par Orange Sports, sa victoire constitue la 22e victoire française en World Tour cette année, un record depuis 2018. Le cyclisme tricolore n’avait plus connu une telle moisson depuis près d’une décennie.

Le film de la course : un raid solitaire de 20 kilomètres

La journée avait pourtant commencé dans la confusion. Au départ, le peloton a retardé le départ de plusieurs minutes pour protester contre les conditions de sécurité sur les courses, un mouvement mené par Remco Evenepoel en personne, l’un des grands favoris du jour.

Une fois la course lancée sur 239 kilomètres, les favoris se sont observés jusqu’aux dernières difficultés. C’est dans le Civiglio, l’avant-dernière ascension du parcours, que Seixas a décidé de tout faire exploser. Le Lyonnais a accéléré à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, décroché un à un ses rivaux, et s’est lancé dans un véritable contre-la-montre jusqu’à Côme.

Derrière lui, l’Espagnol Enric Mas, vainqueur du Tour d’Espagne cette saison, a pris la deuxième place à 48 secondes, devant l’Italien Giulio Ciccone à 1 minute 05. Remco Evenepoel, venu en favori, a dû se contenter de la quatrième place à 1 minute 20, réglant au sprint ce qui restait du peloton.

« C’est fou, c’est comme dans un rêve. »

— Paul Seixas, juste après l’arrivée (propos rapportés par l’AFP)

Pourquoi cette victoire est historique

D’abord, l’âge. À 20 ans et 16 jours, Paul Seixas est le plus jeune vainqueur des 120 éditions du Tour de Lombardie. Il devient également le plus jeune lauréat d’un Monument depuis 1944, et le quatrième plus jeune de tous les temps, derrière trois Belges du début du siècle dernier : Victor Fastre, Georges Ronsse et Rik Van Steenbergen.

Le précédent record tenait depuis la toute première édition : selon Orange Sports, Giovanni Gerbi, vainqueur en 1905, affichait alors 20 ans et 161 jours. Seixas l’efface de plus de quatre mois.

Côté français, les repères sont tout aussi nets. Il faut remonter à Thibaut Pinot, en 2018, pour retrouver un vainqueur tricolore sur les bords du lac de Côme. Et à Julian Alaphilippe, sur Milan-San Remo en 2019, pour le dernier Monument remporté par un Français. Deux disettes refermées en une seule après-midi.

Paul Seixas lève le bras en signe de victoire Paul Seixas après sa victoire sur la Flèche Wallonne au printemps 2026 : le premier avertissement avant le sacre lombard.

Qui est Paul Seixas ?

Né le 24 septembre 2006 à Lyon, Paul Seixas court pour l’équipe française Decathlon CMA CGM. Passé professionnel à 18 ans, en 2024, il a connu une ascension d’une rapidité stupéfiante : sa saison 2026 ressemble déjà à un palmarès de fin de carrière.

Jugez plutôt : vainqueur du Tour du Pays basque et de la Flèche Wallonne, deuxième de Liège-Bastogne-Liège derrière Tadej Pogacar, quatrième du Tour de France, deuxième du Grand Prix de Montréal derrière Isaac del Toro. Aux championnats du monde de Montréal, en septembre, il a décroché la médaille de bronze du contre-la-montre avant de terminer quinzième de la course en ligne, victime de crampes dans le final.

C’était sa troisième participation seulement à un Monument, après une septième place sur ce même Tour de Lombardie l’an passé. La progression est brutale : de la septième place à la victoire en douze mois.

Paul Seixas sous le maillot de l’équipe de France Paul Seixas sous le maillot tricolore : aux Mondiaux de Montréal, il a pris le bronze du contre-la-montre.

Et maintenant, jusqu’où peut-il aller ?

C’est la question qui brûle toutes les lèvres ce dimanche. La presse étrangère n’a pas attendu pour s’enflammer : le Corriere dello Sport salue « l’étoile Seixas », la télévision belge RTBF parle d’un « jour de gloire », et le quotidien espagnol Marca, cité par Le Figaro, relève que le Français a pulvérisé dans le Civiglio le record de l’ascension détenu par Pogacar depuis 2022, en 12 minutes 29 secondes.

Reste un absent de marque dans cette histoire : Tadej Pogacar, quintuple vainqueur sortant de l’épreuve, qui n’était pas au départ après sa chute sur le Tour d’Espagne. Le duel entre le Slovène et le Lyonnais est déjà l’affiche que tout le monde attend pour 2027.

Le prochain Tour de France s’élancera dans neuf mois. Pour la première fois depuis longtemps, un Français s’y présentera avec une étiquette de favori. Il s’appelle Paul Seixas, il a 20 ans, et il vient de prévenir tout le peloton.