Personne ne l’a votée, personne ne l’a annoncée. Et pourtant, la vignette automobile occupe ce mardi les colonnes du Figaro. À l’origine du remue-ménage : une note de 38 pages publiée fin septembre par l’Institut Mobilités en Transition (IMT), un groupe de réflexion indépendant sur la mobilité. Son titre annonce la couleur : « 68 milliards en sursis. Refonder la fiscalité routière à l’ère de l’électrique ». La mesure la plus commentée tient en quelques mots : une redevance annuelle sur tous les véhicules motorisés, électriques compris, qui entrerait progressivement en vigueur à partir de 2030.

Ce que ça change pour vous

Soyons clairs d’emblée : vous ne paierez rien demain matin. Ce n’est ni une loi, ni même un projet gouvernemental. Mais la piste mérite qu’on s’y arrête, parce que le problème de fond est réel et parce que les montants avancés frappent les esprits : de 30 € à 910 € par an.

Pare-brise d’une voiture portant une vignette L’ancienne vignette automobile se collait sur le pare-brise : la version envisagée serait gérée électroniquement, sans autocollant.

En pratique, si la proposition voyait le jour, le montant dépendrait de trois choses : votre voiture (motorisation, masse, lieu de fabrication, réparabilité), votre foyer (revenus, nombre de véhicules détenus) et votre lieu de vie (urbain, périurbain ou rural). Une voiture de particulier paierait en moyenne 140 € par an en 2030, puis 260 € en 2035 selon les modélisations de l’institut.

Pourquoi l’idée de la vignette refait surface

Chaque plein d’essence ou de gazole rapporte à l’État. Beaucoup. La fiscalité routière a rapporté 67,5 milliards d’euros en 2025, d’après les chiffres cités par la note de l’IMT. Problème : les voitures électriques ne passent pas à la pompe. À mesure que le parc s’électrifie, cette manne fond.

L’institut chiffre le manque à gagner à 8 milliards d’euros par an dès 2030, puis 22 milliards en 2035. Le trou est béant, et l’IMT écarte d’emblée les rustines les plus simples : augmenter les taxes sur l’électricité ou taxer les kilomètres des voitures électriques, ce qui freinerait leur adoption au moment où la France veut l’accélérer. D’où cette idée d’une contribution à la détention du véhicule, payée chaque année par chaque propriétaire.

Combien paieriez-vous ? Les quatre cas types de l’étude

Le rapport ne propose pas un barème officiel : il simule quatre profils pour 2030. Voici comment ils sont calculés :

  • 30 € par an : un ménage très modeste, vivant en zone périurbaine ou rurale, qui ne possède qu’une petite voiture électrique légère fabriquée en Europe ;
  • 70 € par an : un ménage modeste roulant dans une vieille thermique de masse moyenne ;
  • 140 € par an : la moyenne estimée pour une voiture de particulier (260 € en 2035) ;
  • 910 € par an : un ménage parmi les 20 % les plus aisés, vivant en centre-ville, possédant plusieurs véhicules dont une grosse thermique ancienne et lourde.

L’étude décline aussi les autres catégories : 420 € puis 760 € pour un utilitaire léger, 320 € puis 510 € pour une voiture de société, 70 € puis 120 € pour les deux-roues, trois-roues et quadricycles. Des montants à comparer aux 940 € de fiscalité routière qu’un automobiliste paie déjà en moyenne par an et par véhicule, selon les chiffres relayés par RFI.

« L’institut rechigne à parler de vignette » : l’ancienne taxe était forfaitaire et aveugle aux revenus, ce que le nouveau dispositif veut justement corriger.

En quoi serait-elle différente de l’ancienne vignette ?

Une vignette Crit’Air collée sur le pare-brise d’une voiture La Crit’Air, vignette antipollution encore en vigueur, n’a rien à voir avec l’ancienne vignette automobile, supprimée au tournant des années 2000.

Le parallèle avec la vieille vignette s’impose, mais la philosophie serait inverse. L’ancien dispositif, un autocollant apposé sur le pare-brise supprimé au tournant des années 2000, reposait sur deux critères : la puissance fiscale du véhicule et le département d’immatriculation. Forfaitaire, sans lien avec l’usage et déconnectée de toute logique sociale, elle avait fini par perdre toute légitimité aux yeux des automobilistes.

La version proposée serait gérée électroniquement, sans sticker, et fortement modulée. Trois familles de critères se combineraient : des critères environnementaux (émissions, masse, consommation, empreinte carbone de la batterie, réparabilité), des critères sociaux (revenus du ménage, lieu de résidence, nombre de véhicules) et des critères industriels qui favoriseraient les véhicules produits localement, sur le modèle du score environnemental. L’objectif affiché : éviter que la contribution pèse proportionnellement plus sur les ménages modestes ou ruraux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture.

Ce qui n’est pas décidé

C’est le point que plusieurs médias martèlent depuis une semaine, et il est essentiel : il ne s’agit que d’une recommandation. Le gouvernement n’a repris aucune des 38 mesures de la note, aucune annonce n’a été faite, et l’entrée en vigueur n’est même pas envisagée avant 2030, avec une montée en charge progressive.

Reste que le débat est lancé au pire moment budgétaire, avec une France sous la menace d’une crise de la dette, et à l’approche de la présidentielle de 2027. L’ancienne vignette a disparu parce qu’elle était forfaitaire et aveugle aux revenus. Sa successeuse éventuelle serait tout le contraire : une taxe qui regarderait votre fiche de paie autant que votre moteur.