Ce vendredi matin, c’est l’agence de notation Moody’s qui a donné le la. Dans une note rendue publique ce 2 octobre, elle pose un diagnostic sans fard sur la situation politique et économique de la France : il est « loin d’être certain » qu’un compromis puisse être trouvé sur le projet de budget du gouvernement pour 2027. La raison tient en un mot, qui revient comme un refrain depuis deux ans : la fragmentation. Avec une présidentielle et des législatives en ligne de mire, l’échiquier politique se durcit, et l’agence américaine ne croit plus aux marges de manœuvre budgétaires.
Ce n’est pas une dégradation. Pas encore. Mais le message vaut avertissement : quel que soit le vainqueur de la présidentielle et le Premier ministre nommé en 2027, ils resteront confrontés aux mêmes difficultés pour faire adopter un effort de redressement pluriannuel. Les marchés ont pris note. Jeudi, le rendement de l’emprunt français à dix ans a frôlé les 5 %, un sommet depuis 2002, et le CAC 40 a clôturé à son plus bas niveau depuis fin mars.
Ce que ça change pour vous : pourquoi la note de la France pèse sur votre argent
On pourrait croire qu’une note d’agence ne concerne que les salles de marché. C’est l’inverse. Quand la France emprunte plus cher, la mécanique finit par arriver jusqu’aux ménages, par trois canaux bien concrets.
D’abord, les crédits immobiliers. Les taux des emprunts d’État servent de référence aux banques pour fixer leurs taux fixes : un OAT à 10 ans qui monte tire mécaniquement les taux des nouveaux crédits. Lundi encore, l’écart avec l’Allemagne atteignait son plus haut depuis 2012, 4,7 % contre environ 3,6 % pour le Bund.
Ensuite, les services publics. Les intérêts de la dette devraient atteindre 91 milliards d’euros en 2027, selon le ministre de l’Économie et des Finances Roland Lescure. C’est de l’argent qui ne finance ni l’école, ni l’hôpital, ni les routes. Plus la charge grimpe, plus le budget se resserre ailleurs.
Enfin, la pression fiscale. À force de payer des intérêts record, l’État a deux issues : dépenser moins ou taxer plus. Le projet de budget 2027, lui, prévoit déjà des économies et de nouvelles taxes qui font débat, du côté des retraités comme du patronat.
Aa3, perspective négative : ce que veut dire la note de la France
La France est notée Aa3 par Moody’s depuis 2024, quand l’agence l’avait rétrogradée d’un cran (Aa2). Depuis fin 2025, cette note est assortie d’une perspective négative, autrement dit d’un risque de dégradation lors d’une prochaine révision. Aa3 reste une bonne note, l’équivalent d’un 17 sur 20. Mais la trajectoire est à la baisse, et c’est la trajectoire que regardent les investisseurs.
Les tours de La Défense : les investisseurs y scrutent chaque verdict des agences sur la signature française.
Pour mémoire, la France a perdu son triple A en novembre 2012. Depuis 2023, les déconvenues s’enchaînent : Fitch a dégradé la note de AA à AA- en 2023, puis l’a fait basculer dans la catégorie des « A » à l’automne 2025. S&P a fait de même. Aujourd’hui, la France est le pays le plus endetté de la zone euro derrière la Grèce et l’Italie.
23 octobre, puis 27 novembre : le calendrier des verdicts
La note de Moody’s publiée ce vendredi n’est qu’un prélude. Deux dates vont rythmer la fin d’année :
- 23 octobre 2026 : Moody’s rend son verdict officiel sur la note souveraine française. Une confirmation sous perspective négative serait déjà un soulagement relatif ; une dégradation ferait l’effet d’un séisme, en pleine campagne présidentielle.
- 27 novembre 2026 : ce sera au tour de S&P Global Ratings de se prononcer.
Fitch, de son côté, a maintenu fin août sa note A+ avec une perspective stable, s’appuyant sur la taille de l’économie française et la profondeur de son marché obligataire. L’agence surveille toutefois de très près l’évolution du déficit dans les prochains mois.
Dette à 119 % du PIB : les chiffres qui inquiètent Moody’s
« Loin d’être certain qu’un compromis puisse être trouvé sur le projet de budget du gouvernement pour 2027. »
Les chiffres publiés cette semaine donnent du poids à l’inquiétude de l’agence. L’Insee a annoncé mardi que la dette publique atteignait 3 595,5 milliards d’euros au deuxième trimestre, soit 119 % du PIB. Le gouvernement a déjà prévenu : 121,7 % sont attendus en 2027, un record jamais vu depuis le début de la statistique en 1978, et plus du double de la limite européenne de 60 %.
Le déficit public, lui, devrait encore atteindre 5,4 % du PIB cette année, contre 5 % espérés, puis 5 % en 2027 selon les projections du ministère. Pendant ce temps, la charge de la dette gonfle à vue d’œil : de l’ordre de 65 milliards d’euros en 2026 selon le ministère, elle passerait à 91 milliards en 2027.
91 milliards d’euros d’intérêts attendus en 2027 : chaque point de taux supplémentaire creuse un peu plus la charge de la dette.
Reste la question que Moody’s pose sans la trancher : un Parlement sans majorité claire peut-il voter un budget de rigueur ? La réponse arrivera par étapes, au Parlement d’abord, dans les agences ensuite. D’ici au 23 octobre, chaque déclaration des candidats à la présidentielle sera lue par les marchés comme une promesse comptable.
Une chose est sûre : la France n’a jamais emprunté aussi cher depuis vingt-quatre ans, et ce n’est pas une abstraction. C’est la facture que paieront les budgets à venir, ligne par ligne.
