Oslo a tranché. Ce vendredi 9 octobre à 11 heures, heure de Paris, le Comité Nobel norvégien a attribué le prix Nobel de la paix 2026 à la Sud-Africaine Navanethem Pillay, dite « Navi » Pillay, âgée de 85 ans. La motivation officielle tient en une phrase : « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international ». Le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, a salué sa « boussole morale à toute épreuve » et son « courage » et son « intégrité » exceptionnels.
Ce que ça change pour vous
À première vue, rien dans votre quotidien. Ce prix ne baissera pas votre plein et ne débloquera pas votre dossier à la préfecture. Mais il envoie un signal que tout le monde en France va entendre : celui d’une Norvège qui refuse de voir le droit international devenir une option. Le comité l’a écrit noir sur blanc : « nous assistons à un glissement vers une politique fondée sur les rapports de force, au détriment des cadres juridiques ». Cette phrase vise directement les favoris battus, Donald Trump en tête. Et le message vaut pour la France : la lauréate est celle qui a présidé la commission d’enquête de l’ONU accusant Israël de génocide à Gaza. Le débat qu’elle relance dépassera largement les frontières d’Oslo.
La semaine des Nobel, jour par jour
La paix était le cinquième prix de la semaine. Récapitulatif de ce qui est tombé depuis lundi :
- Lundi 5 octobre, médecine : Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel, pour l’optogénétique, cette technique qui pilote les neurones avec de la lumière.
- Mardi 6 octobre, physique : Francis Halzen, seul lauréat, pour IceCube et les neutrinos venus du cosmos.
- Mercredi 7 octobre, chimie : Henri Kagan, le Français de 95 ans, et Kenso Soai, pour la synthèse asymétrique.
- Jeudi 8 octobre, littérature : Anne Carson, la poétesse canadienne de 76 ans.
- Vendredi 9 octobre, paix : Navi Pillay.
- Lundi 12 octobre : reste le prix d’économie, le seul des six qui ne fait pas partie du testament d’Alfred Nobel.
Qui est Navi Pillay, la lauréate du Nobel de la paix 2026 ?
Née à Durban, dans la province du Natal, au sein d’une famille d’origine tamoule indienne, Navi Pillay a grandi dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. En 1967, elle est devenue la première femme à ouvrir un cabinet d’avocat dans le Natal, puis la première femme non blanche à siéger à la Haute Cour sud-africaine. Jeune avocate, elle a défendu Nelson Mandela et d’autres militants anti-apartheid, et obtenu des droits cruciaux pour les prisonniers politiques.
Sa carrière a ensuite basculé à l’international. Juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda, puis à la Cour pénale internationale, elle a gravi tous les échelons de la justice mondiale. De 2008 à 2014, elle a dirigé le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Aujourd’hui encore, elle siège à la Cour internationale de justice dans l’affaire où la Birmanie est accusée de génocide.
Navi Pillay, la Sud-Africaine de 85 ans récompensée par le comité Nobel norvégien ce vendredi 9 octobre.
Pourquoi le comité Nobel l’a-t-il choisie ?
Le jury a insisté sur « un même fil conducteur » : des années où elle défendait les victimes de l’apartheid jusqu’aux grandes affaires judiciaires internationales de notre époque. Et surtout, le comité a voulu « mettre en avant l’importance du maintien d’un ordre international organisé, alors que le système du droit international est soumis à une pression considérable et ses institutions sont attaquées ».
Il y a un dossier qui a pesé. Navi Pillay a présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, dont le rapport concluait l’an dernier qu’Israël avait commis un génocide à Gaza. Israël avait rejeté ce rapport, le qualifiant de « scandaleux ». La lauréate elle-même dit déplorer d’avoir été qualifiée d’« antisémite » depuis, et dénonce les appels sur les réseaux sociaux réclamant que les États-Unis la sanctionnent. En la choisissant, Oslo assume un prix éminemment politique.
« Nous assistons à un glissement vers une politique fondée sur les rapports de force, au détriment des cadres juridiques et du respect du droit et de la justice à l’échelle mondiale. » (Comité Nobel norvégien, motivation du prix)
Trump n’aura pas son Nobel cette année
L’édition 2026 a été marquée par une campagne dont on a rarement vu l’équivalent. Les dirigeants du Cambodge, d’Israël et du Pakistan avaient déclaré avoir proposé la candidature de Donald Trump, sans qu’il soit possible de vérifier leurs dires. Le pape Léon XIV, la Cour pénale internationale, la Cour internationale de justice, Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens, figuraient aussi parmi les favoris, tout comme les « Salles d’urgence » soudanaises et l’ONG Save the Children.
Au total, 287 candidatures avaient été déposées : 208 personnes physiques et 79 organisations. Il n’est pas possible de savoir qui figure sur la liste. Elle reste secrète pendant cinquante ans, conservée dans un coffre-fort au sous-sol de l’Institut Nobel norvégien, à Oslo.
Navi Pillay devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, pendant ses années de Haute-Commissaire (2008-2014).
Combien rapporte le prix Nobel de la paix 2026 ?
Le prix s’accompagne d’une dotation de 12 millions de couronnes suédoises, soit environ 1,07 million d’euros, après une hausse d’un million de couronnes décidée par la Fondation Nobel cette année. La médaille et le diplôme seront remis le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel, à l’hôtel de ville d’Oslo. La cérémonie norvégienne est la seule des six à ne pas se tenir à Stockholm.
L’an dernier, le prix de la paix avait été attribué à María Corina Machado, la cheffe de file de l’opposition vénézuélienne.
À 85 ans, Navi Pillay n’avait jamais réclamé ce prix. C’est Oslo qui est venu la chercher, avec une phrase que le monde entier va décortiquer pendant des semaines : à une époque de guerres et de conflits, le droit international « n’est plus seulement un complément à la paix et à la sécurité. C’est une nécessité absolue ».
