À la veille du dépôt du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, la Cour des comptes a choisi son terrain : le médecin traitant. Sa contribution au débat public, publiée ce jeudi 1er octobre, dresse un constat brutal : plus de six millions d’assurés restent sans médecin traitant déclaré. Le dispositif, créé en 2004 pour faire du généraliste le pivot du parcours de soins, fêterait presque ses vingt-deux ans sans avoir tenu sa promesse d’universalité.

Le budget de la Sécu est présenté ce même jeudi au Parlement, à sept mois de l’élection présidentielle.

Ce que ça change pour vous

D’abord, ce que ce rapport ne change pas : une recommandation de la Cour des comptes n’est ni une loi ni un décret. Ce matin, rien n’est obligatoire. Mais la mesure phare, si elle voyait le jour, toucherait des millions de patients : rendre obligatoire un seuil minimal de patientèle prise en charge en tant que médecin traitant pour tout généraliste libéral installé.

Concrètement, environ 8 500 généralistes qui exercent aujourd’hui sans s’inscrire dans le dispositif devraient accepter un minimum de patients déclarés.

Pour les assurés sans médecin traitant, l’enjeu est aussi financier. Hors parcours de soins coordonnés, le remboursement tombe à environ 30 % du tarif de base, contre environ 70 % avec un médecin traitant déclaré.

Le rapport, point par point

2004. Le législateur crée le médecin traitant et le parcours de soins coordonnés. L’idée : un généraliste qui centralise votre dossier, vous oriente vers les bons spécialistes, évite les examens en double. En échange, les médecins perçoivent des forfaits et des rémunérations complémentaires.

Les années 2010-2020. Le dispositif s’étend à la grande majorité des assurés. Mais derrière les bons scores d’adhésion, les fragilités demeurent : « En dépit des incitations financières, sous forme de forfaits, il reste plus rémunérateur de multiplier des consultations et des diagnostics rapides, plutôt que d’assurer ce rôle complexe auprès de patients qui le sont tout autant », relève Bernard Lejeune, président de la sixième chambre de la Cour des comptes, dans les colonnes du Monde.

Ce jeudi 1er octobre 2026. La Cour publie sa contribution, à la veille du dépôt du budget de la Sécu. Verdict : plus de six millions d’assurés sans médecin traitant déclaré, et huit recommandations, dont un seuil minimal de patients pour chaque généraliste installé.

« Derrière les résultats apparents, des fragilités demeurent. »

Bernard Lejeune, Cour des comptes (propos rapportés par Le Monde)

Un médecin généraliste en consultation avec une patiente Un généraliste en consultation. La Cour des comptes propose que chaque généraliste libéral prenne en charge un minimum de patients en tant que médecin traitant.

Pourquoi plus de 6 millions de Français n’ont-ils pas de médecin traitant ?

Le rapport met en cause un nœud que les pouvoirs publics n’ont jamais réussi à défaire : la répartition des médecins sur le territoire. Les généralistes se concentrent dans les métropoles et le littoral, quand des pans entiers du territoire rural peinent à attirer des praticiens. Et rien n’oblige aujourd’hui un généraliste installé à déclarer des patients comme médecin traitant : environ 8 500 praticiens s’en tiennent à distance.

Le quota imposé aux généralistes : concrètement, comment ça marcherait ?

La proposition est formulée avec prudence, mais elle est claire : dans le cadre des futures négociations conventionnelles entre l’Assurance-maladie et les syndicats de médecins, rendre obligatoire « un seuil minimal de patientèle prise en charge en tant que médecin traitant, pour tout généraliste libéral installé ».

Pas de chiffre officiel dans la recommandation elle-même. Mais l’idée n’est pas neuve : l’Assurance-maladie avait déjà envisagé un tel seuil. Les syndicats médicaux dénoncent déjà une mesure « contraignante » : la liberté d’installation reste un totem de la médecine libérale. La Cour ne propose ni sanction immédiate ni calendrier : c’est une piste posée sur la table, au moment précis où le Parlement s’apprête à voter le budget de la Sécu.

Comment trouver un médecin traitant près de chez vous ?

En attendant, voici les pistes les plus utiles pour trouver un médecin traitant :

  • L’annuaire santé de l’Assurance maladie : le site annuairesante.ameli.fr recense les praticiens par spécialité et par secteur, avec leurs coordonnées et leurs tarifs.
  • Votre pharmacien : il connaît les cabinets du quartier, ceux qui acceptent de nouveaux patients, et peut orienter vers les maisons de santé alentour.
  • Les maisons de santé et les CPTS : ces structures regroupent plusieurs professionnels sur un même territoire et disposent souvent de médecins qui prennent de nouveaux patients.
  • Les plateformes de rendez-vous : Doctolib, Maiia et leurs concurrentes affichent parfois des créneaux « nouveaux patients ».
  • Le médiateur de votre CPAM : si plusieurs médecins vous ont refusé, la caisse d’assurance maladie dispose d’un conciliateur chargé d’aider les assurés en difficulté. La démarche se fait via votre compte Ameli.

La déclaration se fait ensuite en consultation, avec votre carte Vitale, ou par formulaire envoyé à votre caisse.

Une salle d’attente de cabinet médical, avec des patients assis Salle d’attente d’un cabinet médical. Trouver un généraliste qui accepte de nouveaux patients reste un parcours difficile dans de nombreux territoires.

Que risquez-vous sans médecin traitant ?

Au-delà de la difficulté à être suivi dans la durée, l’absence de médecin traitant déclaré a un coût direct. Hors parcours de soins coordonnés, l’Assurance-maladie ne rembourse qu’environ 30 % du tarif de base d’une consultation, contre environ 70 % dans le parcours. La mutuelle peut compenser une partie de l’écart, mais pas toujours la totalité.

Le médecin traitant est aussi votre aiguilleur : spécialistes, dossier centralisé. Sans lui, le suivi repose entièrement sur vos épaules.

Reste la question que le rapport ne tranche pas : faudra-t-il contraindre les médecins, ou les convaincre ? La réponse se jouera entre les négociations conventionnelles et le vote du budget de la Sécu. En attendant, six millions d’assurés continuent de se soigner sans pilote.