La manifestation contre les pesticides du 3 octobre sera la plus grande de l’année. Le rendez-vous est fixé à midi au rond-point de Gaillon, près du centre de secours, au croisement des RD 6015 et RD 316. Le cortège doit s’élancer à 14 heures pour six kilomètres le long de la départementale, jusqu’à un point de vue sur l’usine Syngenta de Saint-Pierre-la-Garenne, avant de revenir au point de départ. La dispersion est prévue à 18 heures.

927 habitants contre peut-être dix fois plus de manifestants. La petite commune héberge l’une des plus grosses usines d’agrochimie de l’hexagone, classée Seveso seuil haut, où sont fabriqués des produits phytosanitaires dont le thiaméthoxame. Pour les organisateurs, le symbole est parfait : Syngenta, numéro un mondial des ventes de pesticides, incarne l’industrie qu’ils veulent voir reculer.

Derrière l’appel, quatre organisations : la Confédération paysanne, Cancer Colère, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et les Soulèvements de la terre. Greenpeace, les Ami.e.s de la Conf, Générations Futures et Attac soutiennent le mouvement. « Mobilisation majeure de la rentrée », prévient Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne. Elle se veut même internationale : des rassemblements sont annoncés le même jour sur plusieurs continents.

Ce que ça change pour vous

Si vous habitez près de Gaillon ou si vous comptiez traverser le secteur ce week-end, la journée s’annonce compliquée. Les premières restrictions sont entrées en vigueur vendredi midi, avant même l’arrivée des manifestants. En pratique :

  • La circulation est interdite aux abords immédiats des installations industrielles, piétons comme véhicules, de vendredi midi à dimanche 20 heures.
  • À Gaillon et Saint-Pierre-la-Garenne, les rassemblements en dehors du parcours officiel sont interdits pendant la même période. La consommation d’alcool sur la voie publique est proscrite de vendredi 18 heures à dimanche 18 heures.
  • Le camping est interdit jusqu’à lundi 5 octobre à 6 heures dans six communes : Gaillon, Saint-Pierre-la-Garenne, Saint-Aubin-sur-Gaillon, Val-d’Hazey, Port-Mort et Courcelles-sur-Seine. Les organisateurs annoncent des espaces dédiés sans en préciser publiquement l’emplacement : vérifiez votre hébergement avant de partir.
  • La chasse est interdite samedi dans ces communes, sauf à Val-d’Hazey.

Un tracteur épand des produits phytosanitaires dans un champ Un tracteur épand des produits phytosanitaires : leur fabrication et leur usage sont au cœur de la colère des manifestants.

Pourquoi l’usine Syngenta de Saint-Pierre-la-Garenne ?

« Nous exigeons de pouvoir vivre dignement de notre métier sans en crever. » — Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne

La particularité de cette marche, c’est qu’elle réunit les deux bouts de la chaîne : des paysans et des malades. Les organisateurs attendent des centaines de personnes atteintes de pathologies lourdes, cancers, maladie de Parkinson, troubles neurologiques. « On veut faire entendre la voix des premiers concernés », insiste Thomas Gibert.

Le contexte politique nourrit la colère. L’Assemblée nationale a adopté cet été une loi d’urgence agricole très contestée, avec le retour controversé de l’acétamipride, un néonicotinoïde. Pour les collectifs, c’est la preuve que le combat se joue autant dans la rue que dans les champs.

Et ils ont fait le voyage. Lundi matin, une douzaine de militants ont quitté Rennes à vélo pour cinq jours de route, arrivée vendredi dans l’Eure. Parmi eux, Michel Piel, agriculteur à la retraite dont l’épouse est atteinte de la maladie de Parkinson : « On espère être le plus nombreux possible à se battre pour une autre qualité de vie. »

Une manifestation négociée, pas un affrontement

Contrairement aux blocages d’usines menés ces derniers mois, le 3 octobre se veut une marche, sans intrusion. Le préfet de l’Eure, Xavier Delarue, a autorisé le rassemblement après de longues négociations. « Nous avons trouvé un terrain d’entente avec le préfet et obtenu que notre parcours soit validé, ce n’était pas gagné », détaille Jean-Bernard Lozier, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Eure. La maire a même accepté que le cortège traverse son champ pour faire demi-tour, ce qui a débloqué la validation du parcours sur la RD 6015.

La préfecture rappelle que les organisateurs « se sont engagés sur le caractère pacifique de la manifestation ». Elle garde en tête l’action menée par les Soulèvements de la terre chez BASF à Saint-Aubin-les-Elbeuf, en novembre 2025, qui avait mis le site à l’arrêt. Le dispositif de sécurité reste donc conséquent.

Une usine agrochimique vue depuis un champ Une usine agrochimique : le site de Syngenta à Saint-Pierre-la-Garenne, classé Seveso seuil haut, fabrique des produits phytosanitaires dont le thiaméthoxame.

Et après la marche

La journée se terminera par une grande fête paysanne, le samedi soir. Les organisateurs ont déjà prévenu : ils exigent l’arrêt des productions toxiques et une transition vers l’agroécologie. Pour Saint-Pierre-la-Garenne, 927 habitants et une usine Seveso, ce samedi restera celui où tout un pays est venu manifester devant ses portes.