Le bilan de la mobilisation lycéenne vient de s’alourdir encore. Mercredi 14 octobre, devant le Sénat, Sébastien Lecornu a lâché des chiffres que le ministère de l’Intérieur n’avait jamais assumés à ce niveau : 937 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement, dont 40 pour la seule journée de mardi. Le Premier ministre y a ajouté 248 élèves blessés, souvent grièvement selon ses propres mots, et 149 personnels de l’Éducation nationale blessés. Le même jour, le syndicat de police Alliance annonçait une plainte contre l’État pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Un mois après le premier blocage du lycée Saint-Exupéry de Créteil, la crise change de nature.
Ce que ça change pour vous
Si votre enfant est lycéen, la journée de jeudi s’annonce particulière. À partir de 13h, les proviseurs du principal syndicat de chefs d’établissement, le SNPDEN-Unsa, lancent une « opération rideaux » : les portes se fermeront, les permanences téléphoniques s’arrêteront. Olivier Beaufrère, secrétaire national du syndicat, parle de personnels « laminés » par quatre semaines de crise. Concrètement, attendez-vous à des cours annulés ou réduits jeudi après-midi dans de nombreux établissements, sans que la direction soit joignable.
Le gouvernement annonce 2 000 enseignants déjà affectés sur les 3 000 promis, et des propositions sur Parcoursup avant la fin octobre.
Combien de blessés dans la mobilisation des lycéens ?
C’est la question qui a dominé la séance de questions au gouvernement au Sénat. Sébastien Lecornu a répondu chiffres à l’appui. 937 policiers et gendarmes blessés depuis le 17 septembre. 40 blessés rien que pour la journée de mardi 13 octobre. 248 élèves blessés, « bien souvent dans le cadre de violences urbaines ». Et 149 personnels de l’Éducation nationale blessés, un « plus lourd bilan » pour l’institution scolaire.
Quelques heures plus tôt, Édouard Geffray donnait un chiffre légèrement inférieur sur BFMTV et RMC : 148 personnels blessés, mais « volontairement », a-t-il insisté, « à coups de mortiers ou d’objets ». Le Premier ministre a aussi évoqué 200 lycées « dans lesquels la situation est en train de s’enkyster avec une violence inédite ».
937 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement : le syndicat Alliance dénonce des « injonctions contradictoires » données aux forces de l’ordre.
Pourquoi le syndicat Alliance porte-t-il plainte contre l’État ?
C’est la nouveauté de ce mercredi, et elle est de taille. Alliance, le syndicat majoritaire chez les gardiens de la paix, a annoncé porter plainte contre l’État pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Le syndicat dénonce les « injonctions contradictoires » faites aux policiers, « exposés à la violence et livrés à la vindicte », dans le cadre du mouvement lycéen.
Une plainte d’un syndicat de police contre l’État, dans le cadre d’un mouvement social, reste un geste rare. Elle vise moins à obtenir une condamnation qu’à mettre la pression sur le ministère de l’Intérieur : les agents, disent les syndicats, reçoivent l’ordre d’intervenir face à des mineurs armés de mortiers tout en étant sommés de la plus stricte proportionnalité. Laurent Nuñez a de son côté annoncé 36 enquêtes ouvertes par l’IGPN, dont quatre pour des « blessures mutilantes ».
« Exposés à la violence et livrés à la vindicte. »
— Le syndicat Alliance, annonçant sa plainte contre l’État
Mon enfant risque-t-il la garde à vue en manifestant ?
Les chiffres de la Chancellerie, communiqués mercredi, donnent la mesure de la répression judiciaire. Au total, 7 950 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement lycéen, dont 6 773 mineurs, soit environ 85 %, selon un bilan arrêté mardi à 17h. Vingt-six personnes ont été placées en détention provisoire, dont environ 65 % de majeurs.
Pour les parents, deux précisions comptent. La garde à vue d’un mineur suit un régime encadré : information immédiate des parents, présence d’un avocat, durée réduite. Et un tiers environ des interpellations seulement donne lieu à une suite judiciaire. Manifester reste un droit, y compris pour un mineur, mais les interpellations se multiplient en marge des cortèges, là où les violences urbaines éclatent.
2 000 enseignants déjà affectés sur les 3 000 promis : le gouvernement accélère les remplacements dans les lycées les plus en difficulté.
Jeudi : l’« opération rideaux » va-t-elle fermer le lycée de votre enfant ?
Pas exactement, et c’est toute la subtilité du geste. L’« opération rideaux » annoncée par le SNPDEN-Unsa à partir de 13h jeudi ne consiste pas à fermer les établissements aux élèves. Il s’agit pour les chefs d’établissement et leurs adjoints de « fermer la porte, arrêter de répondre aux sollicitations », selon les mots d’Olivier Beaufrère : un geste symbolique de personnels de direction qui se disent « laminés » après un mois de gestion de crise.
Dans les faits, prévoyez une après-midi désorganisée : les directions ne répondront plus, les rendez-vous seront annulés, et dans les lycées déjà perturbés, les cours de l’après-midi pourraient ne pas être assurés. Vérifiez la situation de votre lycée via l’ENT jeudi matin.
Quand les 3 000 professeurs remplaçants arrivent-ils vraiment ?
L’annonce remonte au 8 octobre, sur le plateau de TF1 : Édouard Geffray promettait 3 000 professeurs remplaçants « dans les heures et les jours qui viennent » pour les 114 lycées classés « rouges » et les 400 classés « oranges ». Ce mercredi, le gouvernement affirme que 2 000 enseignants sont déjà affectés : il en reste 1 000 à déployer.
Rappel du calendrier : tout a commencé le 17 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, autour du manque d’enseignants, de l’état des bâtiments et de Parcoursup. Un mois plus tard, le Sénat vient de mettre le bilan sur la table. Jeudi à 13 heures, les proviseurs fermeront symboliquement leur porte. Reste à savoir qui, du gouvernement ou des lycéens, fera le premier pas pour la rouvrir.
