Les cours seront suspendus dans les lycées mercredi, jeudi et vendredi. L’annonce est tombée en fin d’après-midi, en plein hémicycle, de la bouche de Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a décrété une « banalisation complète des emplois du temps » dans les établissements, pour organiser ce qu’il appelle un « temps de démocratie interne » avec les élèves. Une décision prise sous la pression de la rue, au terme de l’« acte III » du mouvement lycéen.

Ce que ça change pour vous

Pour les familles, la fin de semaine change de visage. Mercredi 7, jeudi 8 et vendredi 9 octobre, il n’y aura pas de cours au sens habituel dans les lycées. L’objectif affiché : que les élèves participent à des temps d’échange organisés par les équipes de direction et les proviseurs, au sein de leur établissement. Les modalités précises seront fixées lycée par lycée, et le ministère n’a pas encore détaillé le dispositif heure par heure.

Concrètement, voilà ce qu’il faut faire :

  • Vérifiez les consignes de votre lycée ce soir ou demain matin. L’ENT, Pronote ou les messages du proviseur préciseront l’organisation retenue pour ces trois jours.
  • Ne comptez pas sur une semaine normale. Prévoyez une organisation différente, en particulier pour les plus jeunes, même si les établissements restent ouverts pour ces temps d’échange.
  • Si votre enfant est lycéen et veut s’exprimer : la consultation nationale lycéenne est ouverte du 5 au 23 octobre sur la plateforme Agora. Tous les lycéens peuvent y faire connaître leurs difficultés, leurs attentes et leurs propositions.

Sur Parcoursup, rien ne change pour l’instant : la procédure actuelle reste la règle tant qu’aucune réforme n’est annoncée. Le gouvernement promet seulement des corrections d’ici la fin du mois.

Des lycéens manifestent dans les rues de Paris Des lycéens manifestent à Paris. (Photo d’illustration.)

Mardi 6 octobre : la journée en quatre actes

14h05. La CGT recense plus de 260 000 manifestants dans toute la France, hors Paris et quelques grandes villes. Devant les députés, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray indique que quelque 30 000 élèves sont privés d’enseignement à cause des blocages.

15h00. Sébastien Lecornu monte à la tribune de l’Assemblée pour les questions au gouvernement. « On ne peut pas laisser un espace de tolérance à la violence », lance-t-il, avant d’ajouter : « brûler un lycée n’améliore pas la situation bâtimentaire des lycées ». Le Premier ministre accuse La France insoumise d’avoir pour « projet politique de bordéliser le pays ». Puis viennent les annonces : « Dès demain matin, dès jeudi, dès vendredi, banalisation complète des emplois du temps pour permettre à chaque équipe de direction, à chaque proviseur, d’avoir un temps de démocratie interne au sein du lycée ».

16h00. Tensions près de la place de la Nation, à Paris. Les forces de l’ordre interviennent pour permettre aux pompiers d’éteindre un feu allumé sur la voie publique. La préfecture de police fait état de 300 « individus hostiles » qui tentent d’aller au contact des forces de l’ordre. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, présent parmi les manifestants, est exfiltré.

16h07. L’Union étudiante annonce 450 000 manifestants dans toute la France, dont 100 000 dans la capitale. Le ministère de l’Intérieur retient 256 000 manifestants au niveau national, dont 56 000 à Paris. En fin de journée, le bilan officiel s’établit à 488 interpellations et 43 membres des forces de l’ordre blessés.

« Brûler un lycée n’améliore pas la situation bâtimentaire des lycées. » Sébastien Lecornu, devant l’Assemblée nationale, ce mardi.

Les cours sont-ils suspendus dans tous les lycées ?

Voilà la formule du Premier ministre : « banalisation complète des emplois du temps » du mercredi au vendredi, pour permettre à chaque établissement d’organiser un « temps de démocratie interne » avec les élèves. Il s’agit d’une mesure nationale, annoncée devant la représentation nationale. Mais chaque proviseur en définira l’organisation concrète : les familles doivent donc attendre les consignes de leur lycée pour savoir à quelles heures, et sous quelle forme, les élèves sont attendus.

Qu’est-ce que ce « temps de démocratie interne » ?

Le gouvernement veut ouvrir des espaces de débat à l’intérieur des lycées, plutôt que dans la rue. L’idée s’inscrit dans les « cinq chantiers » lancés dimanche par Sébastien Lecornu : les conseils de la vie lycéenne doivent être réunis et consultés, et chaque proposition des élèves doit recevoir une réponse motivée. Reste à voir ce que ces trois jours produiront concrètement, établissement par établissement.

L’Assemblée nationale à Paris L’Assemblée nationale, où Sébastien Lecornu s’est exprimé ce mardi. (Photo d’illustration.)

Parcoursup va-t-il vraiment changer ?

Parcoursup fait partie des revendications centrales des lycéens, avec les moyens humains et l’état des bâtiments. Devant les députés, Sébastien Lecornu a promis de « corriger » ce qu’on peut corriger sur la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur. La feuille de route adressée dimanche à ses ministres exige de premières propositions d’amélioration de Parcoursup d’ici à la fin octobre. Le budget 2027, présenté jeudi, doit aussi prévoir 1,2 milliard d’euros supplémentaires pour l’Éducation nationale, selon Matignon. Pour les élèves de terminale, la prudence s’impose : tant que rien n’est officiellement modifié, c’est la procédure actuelle qui s’applique.

Comment participer à la consultation nationale lycéenne ?

Le ministère de l’Éducation nationale a ouvert une consultation nationale sur la plateforme Agora, du lundi 5 au vendredi 23 octobre. Tous les lycéens sont invités à y faire connaître leurs difficultés, leurs attentes et leurs propositions pour améliorer leur scolarité, à titre individuel ou collectif. Le ministre a promis que les contributions seraient lues. Il s’agit de la deuxième tentative de dialogue en ligne après la plateforme de concertation lancée lundi, que les syndicats lycéens avaient jugée insuffisante.

Trois jours sans cours, une consultation en ligne et une promesse sur Parcoursup : le gouvernement vient de poser ses premières cartes sur la table. Les organisations lycéennes, elles, attendent des actes avant de ranger les banderoles. La balle est désormais dans le camp des proviseurs, qui ont jusqu’à demain matin pour inventer ce « temps de démocratie interne ».