Ce jeudi 8 octobre au soir, Edouard Geffray est venu au 20 Heures de TF1 avec une promesse chiffrée. « Dans les heures et les jours qui viennent », 3 000 professeurs remplaçants vont rejoindre les lycées où les classes tournent à vide. Pas des recrutements à venir : des enseignants déjà payés par l’Éducation nationale, actuellement « pas devant l’élève », comme l’a dit lui-même le ministre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a précisé le chiffre après coup sur X : 3 024 enseignants sans affectation, répartis « par bassin de vie », déployés « entre vendredi et mardi » dans les établissements prioritaires.
Des élèves en classe : le plan du gouvernement vise d’abord les lycées où des heures de cours ne sont plus assurées depuis la rentrée.
Ce que ça change pour vous
Pour les familles, la question est simple : votre enfant aura-t-il un professeur devant lui lundi ? Le plan cible 514 établissements sur 3 700. Si le lycée de votre enfant fait partie des 114 « rouges » ou des 400 « oranges », il devrait voir arriver un remplaçant dans les jours qui viennent. Les autres devront attendre la suite, ou ne rien voir changer du tout.
Deuxième volet : les heures supplémentaires. Le ministre met à disposition des proviseurs « plusieurs centaines de milliers d’heures » par anticipation sur le « pacte enseignant », pour que des remplacements de courte durée soient assurés en interne par des enseignants volontaires. Concrètement, un professeur absent un ou deux jours pourrait être remplacé par un collègue du même lycée, payé en heures supplémentaires, plutôt que de laisser la classe sans cours.
Enfin, les rectorats sont autorisés à recruter « quelques centaines » d’enseignants contractuels au-delà de ce que le budget 2026 prévoyait. Le ministère avance un coût global de « plusieurs dizaines de millions d’euros » d’ici la fin de l’année.
D’où sortent ces 3 000 professeurs ?
C’est la question que tout le monde se pose, et même les rédactions l’ont titrée en une. L’Éducation nationale compte environ 21 000 enseignants du second degré dédiés au remplacement : près de 10 000 titulaires sur zone de remplacement (TZR) et le reste en contractuels. Mais ces forces vivaient jusqu’ici sans cartographie précise. Edouard Geffray l’a reconnu lui-même : les « outils » ne permettaient pas de savoir qui était réellement disponible.
Un logiciel, commandé il y a un an et prévu pour novembre, a donc été accéléré. Première utilisation cette année : il a passé au crible les 3 700 lycées et en a classé 114 en « rouge » (situations très problématiques) et 400 en « orange ». C’est sur ces 514 établissements que les 3 024 remplaçants seront concentrés. Le ministre promet que c’est « la première fois » qu’un tel ciblage est possible.
« On a 3 000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant l’élève. Dans les prochaines heures, ils vont rejoindre ces établissements. » — Edouard Geffray, 20 Heures de TF1, 8 octobre 2026
Que vaut vraiment ce plan ?
Il répond à la revendication la plus concrète des lycéens : le remplacement immédiat des enseignants absents. Sur ce point précis, le gouvernement a bougé en quarante-huit heures, là où Sébastien Lecornu parlait encore la veille de réponses « fin octobre ». La fébrilité se mesure aussi au budget : ces mesures devront être traduites en amendements au projet de loi de finances 2027, que le Premier ministre a promis de déposer pour « traduire certaines propositions des lycéens en mesures concrètes ».
Reste que le compte n’y est pas pour les organisations de jeunesse. L’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne maintiennent leur appel à une nouvelle journée d’action mardi 13 octobre, avec les syndicats de personnels de la FSU. Leur mot d’ordre reste chiffré lui aussi : « 10 milliards sur la table », selon leur porte-parole Sabrine Kharbach. Les 3 000 remplaçants ne règlent ni les classes à 32 ou 35 élèves, ni le bâti scolaire, ni Parcoursup, ni les emplois du temps. Ce que le plan fait, en revanche, c’est officialiser le problème : pour la première fois, le ministère admet publiquement qu’il paye des milliers d’enseignants qu’il ne savait pas affecter.
Manifestation lycéenne à Paris : après l’« acte IV » de jeudi, les organisations de jeunesse appellent à une nouvelle journée d’action le mardi 13 octobre.
Et le 13 octobre, ça change quoi ?
Pas grand-chose sur le papier. La journée du 13 octobre est maintenue, et l’intersyndicale appelle lycéens, étudiants et personnels à manifester massivement. Jeudi, selon le ministère de l’Intérieur, 71 500 personnes ont défilé dans toute la France, dont 24 500 à Paris, avec 504 interpellations et 48 policiers et gendarmes blessés. La place de la Bastille a été évacuée en début de soirée après des incidents en marge du cortège.
Ce vendredi matin, la situation se tasse un peu : moins de 150 lycées restaient fermés selon l’AFP, les cours reprenant progressivement après la « banalisation » des emplois du temps décidée en début de semaine. Mais le mouvement n’est pas éteint, et le gouvernement le sait : 66 000 contributions ont déjà été déposées sur la plateforme de concertation ouverte aux lycéens lundi soir, et leur synthèse, attendue après les vacances de la Toussaint, doit nourrir le budget 2027.
Le 13 octobre dira si les 3 000 remplaçants ont suffi à désamorcer la colère, ou si les lycéens y voient seulement un pansement sur une plaie qu’ils décrivent depuis la mi-septembre.
