Les inondations en Corse-du-Sud ont fait deux morts dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 novembre. Vers 1 heure du matin, une voiture a été emportée par un torrent sur la route territoriale 10, entre Bonifacio et Porto-Vecchio. À bord, un couple de septuagénaires et leur fille, qui venait d’atterrir à l’aéroport de Figari. Les deux parents se sont noyés dans leur véhicule. La fille, âgée d’une cinquantaine d’années, a réussi à s’extraire de la voiture et a été évacuée par hélicoptère. Le préfet de Corse, Éric Jalon, s’est rendu sur place vendredi.
« On dirait que la commune a tout bonnement été bombardée, dévastée. » Jean-Christophe Angelini, maire de Porto-Vecchio, décrit une situation « catastrophique ».
Ce que ça change pour vous si vous êtes sinistré en Corse-du-Sud
Premier réflexe, et il ne peut pas attendre : photographiez tout avant de nettoyer. Les dégâts, les objets abîmés, le niveau atteint par l’eau sur les murs. Gardez les objets endommagés et les factures, ou dressez-en la liste.
Prévenez ensuite votre assureur au plus vite. Le délai est de cinq jours ouvrés pour un sinistre classique. Si un arrêté de catastrophe naturelle est publié, vous disposerez de 30 jours après sa parution au Journal officiel pour déclarer les dommages. Dans les deux cas, signalez aussi les dégâts à votre mairie : c’est elle qui monte le dossier de demande de reconnaissance, et chaque signalement compte. En cas de reconnaissance, une franchise légale de 380 euros reste à la charge de l’assuré pour une habitation.
La demande de catastrophe naturelle, elle, a déjà été annoncée par le maire de Porto-Vecchio. Au samedi 7 novembre au matin, aucun arrêté interministériel ne figurait au Journal officiel pour cet épisode. La procédure passe par la plateforme iCatNat : chaque commune dépose sa demande auprès de la préfecture, dans un délai maximal de 24 mois après l’événement, puis une commission interministérielle examine le dossier. Pour les professionnels touchés, l’Urssaf de Corse et le CPSTI proposent des délais de paiement et une aide d’urgence pouvant atteindre 2 000 euros pour les travailleurs indépendants : employeurs au 3957, indépendants au 3698.
Une rue sous l’eau après de fortes pluies : à Porto-Vecchio, des maisons et des mobile-homes ont été inondés, notamment dans les quartiers de Bala, Muratello et Sotta.
Une nuit de pluie : la chronologie de l’épisode
Mercredi 4 novembre au soir, Météo-France place la Corse en vigilance orange pluie-inondation, avec le Gard et l’Hérault. Jeudi 5 novembre à 7 h 05, la préfecture de Corse-du-Sud déclenche une alerte FR-Alert sur les téléphones du secteur est : éviter Porto-Vecchio, limiter les déplacements, ne jamais s’engager sur une route submergée. Les pluies ne faiblissent pas, et les cumuls dépassent 200 mm dans la journée sur l’axe Figari-Porto-Vecchio.
La nuit venue, l’Osu, le Stabiacciu et le Bala débordent. C’est sur la RT10, vers 1 heure, que le torrent emporte la voiture du couple. Les secours réalisent 43 interventions dans la nuit et mettent 32 riverains en sécurité. À Porto-Vecchio, la commune active son plan communal de sauvegarde et héberge 200 personnes au gymnase municipal. Vendredi matin, les trois cours d’eau sont en phase de décrue.
Samedi 7 novembre, le ciel s’est dégagé et Météo-France ne place plus aucun département en vigilance, mais les transports ne reprennent pas partout. La Collectivité de Corse a annulé les lignes interurbaines C1 et C1b ce samedi, puis C1b et C5 lundi 9 novembre. À Porto-Vecchio, crèches, écoles, collèges et lycée restent fermés jusqu’au lundi 9 novembre à 8 heures.
Pourquoi 300 mm en deux jours ont tout emporté
Les chiffres donnent la mesure de l’épisode. La Chaîne Météo a relevé 285 mm à Conca, 206 mm à Porto-Vecchio, 165 mm à Solenzara et 157 mm à Figari en 48 heures. La préfecture parle de cumuls atteignant 300 mm près de Porto-Vecchio et de Conca. C’est le quatrième épisode méditerranéen recensé depuis fin septembre.
Sur un sol déjà gorgé d’eau par les pluies d’octobre, ces quantités ont transformé les ruisseaux en torrents. Les eaux ont emporté le pont de Bala, à Porto-Vecchio, coupé six autres ponts, provoqué des effondrements de route et des glissements de terrain. Des hameaux ont été isolés, des habitations inondées, et l’approvisionnement en eau potable a été perturbé dans plusieurs quartiers. Vendredi soir, un reportage de Corse Net Infos décrivait des chaussées abîmées et des maisons inondées, avec le pont de Bala très endommagé.
Un cours d’eau sorti de son lit : l’Osu, le Stabiacciu et le Bala ont débordé dans la nuit du 5 au 6 novembre, coupant routes et ponts autour de Porto-Vecchio.
La vigilance orange était-elle suffisante ?
La question s’est posée dès vendredi. Le niveau orange, est-il adapté quand 300 mm tombent en deux jours ? Météo-France répond que les cumuls observés correspondent au seuil de la vigilance orange. Le maire de Porto-Vecchio, lui, ne veut pas trancher maintenant. « C’est le temps du deuil », a-t-il dit, avant d’ajouter que la question se poserait ensuite.
L’épisode ne s’est pas limité à la Corse : 151 mm sont tombés à Montpellier, où le centre-ville a été inondé jeudi après-midi. Mais c’est l’Extrême-Sud corse qui a payé le plus lourd tribut, avec deux vies perdues sur une route que la famille venait à peine d’emprunter. Pour les habitants de Porto-Vecchio, la semaine qui s’ouvre sera celle des constats, des dossiers et des réparations, arrêté de catastrophe naturelle ou pas.
