L’incendie qui a ravagé le marché des Enfants-Rouges, à Paris, dans la nuit de dimanche 11 à lundi 12 octobre, n’a rien laissé derrière lui. Quatre cent onze ans après sa fondation, le plus vieux marché couvert de la capitale est une ruine fumante. Les sapeurs-pompiers, alertés à 4 h 15, ont maîtrisé le feu au petit matin, mais trop tard : « Le marché a été totalement détruit, il ne reste plus rien du marché couvert », a déclaré sur place le lieutenant-colonel Pierre de Bouvier. L’origine du sinistre reste inconnue.
Ce que ça change pour vous
Si vous aviez prévu de déjeuner au marché ce midi, ou d’y faire vos courses cette semaine, changez de plan. Le marché est fermé, et il le restera un bon moment : la halle est détruite, la structure métallique s’est partiellement effondrée à l’intérieur. Le maire de Paris Centre, Ariel Weil, demande aux Parisiens d’éviter le secteur de la rue de Bretagne pendant l’intervention des secours et les opérations de sécurisation.
Pour les habitants du quartier, c’est une adresse du quotidien qui disparaît. Les touristes de passage dans le Marais perdent l’une des haltes gourmandes les plus citées des guides. Quant aux commerçants, que l’élu décrit comme « affligés », c’est leur outil de travail qui a brûlé : une vingtaine de stands, maraîchers, fromagers, fleuristes, traiteurs et comptoirs de restauration du monde entier.
Que s’est-il passé au marché des Enfants-Rouges à Paris cette nuit ?
- Vers 3 heures du matin. Les premières flammes s’élèvent au-dessus de la halle, au 39 rue de Bretagne, dans le 3e arrondissement. Un épais panache de fumée est visible depuis plusieurs points de la capitale. Des témoins filment et partagent les images sur les réseaux sociaux.
- 4 h 15. Les sapeurs-pompiers de Paris reçoivent l’alerte et déploient un dispositif massif : une cinquantaine de camions, selon Le Figaro. Le feu a déjà gagné l’ensemble du marché couvert.
- Au petit matin. Le maire de Paris Centre, Ariel Weil, annonce sur X que le marché est « ravagé par les flammes », en publiant une photo des camions de pompiers sur place. Son message est sans détour : « Feu maîtrisé mais marché totalement sinistré. »
- Dans la matinée. Le lieutenant-colonel Pierre de Bouvier fait le bilan devant la presse : environ 1 000 m² détruits par les flammes, une structure métallique partiellement effondrée vers l’intérieur. « Nous sommes maîtres du feu, donc il ne va pas sortir du marché couvert », précise-t-il.
- Le bilan humain. Un pompier a fait un léger malaise pendant l’intervention. Aucune autre victime n’est à déplorer. « Le pire a pu être évité, il n’y a aucune contamination aux immeubles voisins », se félicite de son côté Ariel Weil.
Les allées du marché, ses stands et ses comptoirs de restauration, avant la nuit du 11 au 12 octobre. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY 2.0)
« Le marché a été totalement détruit, il ne reste plus rien du marché couvert. » Le lieutenant-colonel Pierre de Bouvier, sapeurs-pompiers de Paris, au petit matin du 12 octobre.
Pourquoi ce marché vieux de 411 ans était-il si célèbre ?
Fondé en 1615 sous le règne de Louis XIII, le marché des Enfants-Rouges était le plus ancien marché alimentaire couvert de Paris. Inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 1982, il occupait un îlot entier du Haut-Marais, entre la rue de Bretagne et la rue Charlot.
Son nom raconte une histoire plus vieille encore. En 1536, Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, fonde à proximité un hôpital pour orphelins, dont les pensionnaires portent des vêtements rouges. L’hôpital ferme en 1772 ; à la fin du XVIIIe siècle, le marché prend le nom de ces « enfants rouges » en mémoire. Une plaque, des livres d’histoire, des générations de Parisiens : le nom est devenu une institution.
Ces dernières décennies, le lieu s’était réinventé sans perdre son âme. Aux maraîchers et aux crémiers s’étaient ajoutés des traiteurs, des cavistes, des fleuristes et une constellation de comptoirs de restauration : cuisine libanaise, italienne, marocaine, japonaise. À midi, les tables se disputaient entre habitants du quartier, employés des bureaux voisins et touristes, et la réputation du lieu dépassait largement le 3e arrondissement.
L’incendie a-t-il fait des victimes ?
Non. Vu l’ampleur des flammes, le bilan aurait pu être bien plus lourd. Les pompiers n’annoncent qu’un léger malaise parmi leurs hommes, survenu pendant l’intervention. Aucun commerçant, aucun riverain, aucun passant n’a été blessé : le feu s’est déclaré au cœur de la nuit, alors que le marché était fermé et désert.
Les immeubles voisins n’ont pas été touchés. Les secours ont contenu les flammes dans l’enceinte du marché, et la structure, bien qu’effondrée par endroits vers l’intérieur, n’a pas cédé vers l’extérieur. Reste à savoir ce qui a mis le feu : à ce stade, aucune piste n’est écartée et aucune n’est confirmée. Une enquête devra déterminer l’origine du sinistre.
Les étals de primeurs faisaient l’âme du marché, fondé en 1615 et classé monument historique depuis 1982. (Photo : Wikimedia Commons, CC0)
Que va devenir le marché des Enfants-Rouges ?
Pour l’heure, personne ne le sait. Aucune annonce n’a été faite sur l’avenir du site ni sur une éventuelle reconstruction. Le statut de monument historique du bâtiment pèsera forcément dans la décision : on ne reconstruit pas une halle classée comme un simple hangar.
Ce qui est certain, c’est que le Haut-Marais perd l’une de ses adresses les plus fréquentées, et Paris l’un de ses rares marchés couverts vieux de quatre siècles. Les commerçants, eux, attendent des réponses : où s’installer, comment être indemnisés, et surtout quand. En attendant, la rue de Bretagne reste bouclée, et les Parisiens passent devant une carcasse noircie en se demandant combien de temps il faudra pour que le marché renaisse de ses cendres.
