La vaccination contre la grippe prend du retard, et le retard s’aggrave de semaine en semaine. Dix-sept jours après le lancement de la campagne, 4,3 millions de doses ont été dispensées en officine, contre 4,8 millions à la même date l’an dernier. L’écart atteint plus de 11 %, selon les données IQVIA relayées par l’Union syndicale des pharmaciens d’officine (USPO). Une semaine plus tôt, il n’était encore que de 9,33 %. Deux points perdus en sept jours.
Le décrochage ne touche pas tout le monde. Chez les moins de 65 ans, la vaccination progresse même : 1 217 000 doses dispensées, contre 1 152 000 l’an dernier. Le problème se concentre chez les plus de 65 ans, le public le plus exposé aux formes graves : environ 3,1 millions de doses, contre 3,6 millions l’an passé, soit un recul de l’ordre de 15 %. L’USPO signale aussi un écart marqué entre le nord-ouest et le sud du pays.
En pharmacie, la vaccination des plus de 65 ans recule de 15 % par rapport à l’an dernier. (Photo d’illustration)
Pourquoi la campagne de vaccination contre la grippe patine ?
Le début de campagne a pâti de retards de livraison de certains vaccins, en première puis en seconde vague de commandes, explique Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO, à Revue Pharma. Les pharmaciens avaient demandé à pouvoir vacciner avant la date officielle du 13 octobre. La demande ne leur a pas été accordée.
« Le retard se creuse, c’est alarmant. »
Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO, ne cache pas son inquiétude. Il demande une communication massive pour relancer la campagne et appelle les pharmaciens à demander systématiquement à leurs patients s’ils sont vaccinés, sans attendre le début de l’épidémie. L’objectif affiché : cibler en priorité les personnes de 65 ans et plus.
La grippe n’est pas encore là, c’est le moment d’en profiter
Selon le dernier bulletin de Santé publique France, publié le 4 novembre, l’épidémie de grippe n’est pas encore arrivée en métropole et la circulation du virus reste faible. Les taux de positivité pour la grippe étaient légèrement supérieurs aux niveaux habituellement observés en octobre, mais globalement stables.
C’est une bonne nouvelle en trompe-l’œil : elle laisse une fenêtre de quelques semaines. Sur les quatre derniers hivers, l’épidémie a démarré entre fin novembre et fin décembre. Or la protection vaccinale met environ deux semaines à s’installer. Une piqûre reçue cette semaine protège pour la fin novembre. Une piqûre reçue mi-décembre risque d’arriver en même temps que le virus.
Le vaccin met environ deux semaines à protéger : se faire vacciner en novembre laisse le temps à l’organisme de réagir avant le pic. (Photo d’illustration)
Ce que ça change pour vous : qui peut se faire vacciner, et à quel prix ?
La campagne a commencé le 13 octobre et dure jusqu’au 31 janvier 2027. Le vaccin est pris en charge à 100 % pour les publics ciblés : 65 ans et plus, femmes enceintes, personnes atteintes de maladies chroniques, personnes en obésité sévère, résidents d’établissements médico-sociaux. Depuis le 10 juillet 2026, les vaccins antigrippaux sont soumis à prescription, mais le bon de prise en charge envoyé par l’Assurance maladie vaut prescription et donne le vaccin gratuitement en pharmacie.
Concrètement, on peut se faire vacciner chez son médecin, son pharmacien, son infirmier ou sa sage-femme. Le pharmacien peut aussi rédiger l’ordonnance, à partir de 11 ans. Les vaccins contre la grippe et contre le Covid-19 peuvent être faits le même jour, un dans chaque bras. Le vaccin Covid actualisé, le Comirnaty XFG, est gratuit pour tous.
Cinq vaccins trivalents sont proposés cette saison, dont deux réservés aux 65 ans et plus : Efluelda, à haute dose, et Fluad, avec adjuvant. Un million de doses supplémentaires sont disponibles cette année par rapport à l’an dernier, soit 15 millions au total.
Faut-il encore se faire vacciner contre la grippe en novembre ?
Oui, et c’est même le meilleur moment. L’hiver dernier, Santé publique France a recensé 4 389 décès liés à la grippe. La saison passée, 56,7 % des 65 ans et plus étaient vaccinés, loin de l’objectif de 75 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé pour les personnes à risque. Chaque point de couverture perdu chez les plus âgés se paie en hospitalisations quelques semaines plus tard.
La campagne dure jusqu’au 31 janvier 2027, et le bon de prise en charge de l’Assurance maladie reste valable tout l’hiver. Mais novembre reste la fenêtre où la vaccination protège avant l’épidémie, plutôt que pendant.
