Les résultats de la Grande Consultation Santé du Shift Project sont publiés ce mardi 3 novembre. Lancée en mars 2026 avec les bénévoles des Shifters et l’institut Sphinx, l’enquête a recueilli près de 30 000 réponses : environ 13 600 infirmiers, plus de 12 100 médecins et près de 3 300 pharmaciens. Aucune consultation de cette ampleur n’avait encore interrogé les soignants français sur le climat et l’énergie. Les résultats sont présentés ce mardi à 18 h à l’auditorium de l’hôpital Européen Georges-Pompidou, à Paris, avec une diffusion en ligne.
Ce que ça change pour vous
Vous n’êtes pas soignant, et pourtant ces chiffres vous concernent directement. Parmi ceux qui ont déjà subi un événement climatique au travail, 77 % décrivent une dégradation des conditions d’accueil des patients, 55 % une hausse ponctuelle du nombre de patients à prendre en charge, et 41 % des difficultés de déplacement qui compliquent l’accès aux soins. Lors d’une prochaine canicule, cela veut dire des services plus chargés, des chambres plus chaudes, et des tournées supplémentaires pour faire boire les patients et les rafraîchir.
Pour un proche hospitalisé un jour de forte chaleur, quelques réflexes découlent de ces constats : demander comment la chambre est rafraîchie, vérifier que de l’eau fraîche est à portée de main, signaler vite toute fièvre qui ne baisse pas ou tout signe de déshydratation.
Des soignants dans un couloir d’hôpital. (Photo d’illustration)
Les témoignages qui ont marqué l’enquête
Derrière les pourcentages, les réponses libres racontent des journées de travail éprouvantes. Une soignante décrit une greffe hépato-rénale réalisée à 38 °C dans la pièce, climatisation en panne. Un autre répondant évoque une fièvre impossible à maîtriser dans un hôpital mal isolé, et le décès du patient. Un troisième parle de fatigue accumulée et de matériel affecté par la chaleur, qui accroît le risque d’erreur.
« Une greffe hépato-rénale à 38 °C dans la pièce, à cause d’une climatisation en panne en pleine canicule. » Témoignage recueilli par la Grande Consultation Santé.
Grande Consultation Santé du Shift Project : les chiffres qui frappent
Premier constat, l’ampleur du vécu : 74 % des répondants déclarent avoir déjà vécu un événement climatique ayant perturbé leur activité, et les canicules arrivent largement en tête. Presque tous, 97 %, reconnaissent la réalité du changement climatique et le lient principalement aux activités humaines.
Deuxième constat, la santé elle-même. 87 % des soignants considèrent que le changement climatique dégrade la santé mentale, 86 % anticipent une augmentation des maladies infectieuses, et 86 % l’associent à une aggravation des maladies chroniques. À l’inverse, 92 % estiment que réduire les émissions de gaz à effet de serre contribuerait à améliorer la santé de la population.
Troisième constat, la préparation du système de soin. Avant les vagues de chaleur de l’été 2026, 82 % des répondants se disaient inquiets des conséquences du changement climatique ; après, ils sont 90 %. Ceux qui jugent le système « pas du tout préparé » à ces événements sont passés de 30 % à 60 %. Et ceux qui le jugeaient « prêt à faire face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des canicules » sont tombés de 14 % à 3 %. Moins de 2 % jugent les efforts de décarbonation de la France à la hauteur. Plus de 90 % estiment que des tensions sur le pétrole et le gaz pourraient perturber le fonctionnement du système de soin et l’accès aux produits de santé.
Une infirmière auprès d’un patient dans une chambre d’hôpital. (Photo d’illustration)
Une enquête massive, avec ses limites
Le Shift Project ne cache pas une limite : le panel n’a pas été construit pour être représentatif, et les répondants sont probablement plus sensibles que la moyenne à ces questions. Le Dr David Grimaldi, médecin réanimateur et conseiller scientifique du Shift Project, nuance : âge, sexe et répartition régionale sont relativement équilibrés. Toutes les régions et tous les lieux d’exercice sont représentés, et certaines spécialités ont répondu massivement : 85 % des infectiologues français et 26 % des urgentistes.
Près de 13 000 réponses étaient arrivées avant la canicule historique de la deuxième quinzaine de juin, et plus de 16 000 après. L’été 2026 n’a donc pas créé l’inquiétude de zéro : il l’a accélérée, chez des soignants déjà préoccupés au printemps.
Que demandent les soignants ?
Les soignants jugent la décarbonation du secteur très insuffisante, et renvoient la responsabilité à tous les acteurs : l’industrie, les hôpitaux, les administrations publiques.
Prochaine étape, les résultats régionaux : dans les Hauts-de-France, où plus de 1 500 soignants ont répondu, ils seront présentés le jeudi 3 décembre au CHU de Lille.
