Ce lundi matin, les pompes racontent deux histoires à la fois. TotalEnergies affiche 2,15 € le litre dans ses 705 stations Access, E.Leclerc retire 21 centimes dans ses 742 stations, et la Coopérative U annonce jusqu’à 21 centimes selon les points de vente. Ailleurs, des stations, souvent indépendantes et rurales, affichent toujours un prix proche de 2,40 €. Si vous vous demandez pourquoi votre station n’a pas baissé le prix du gazole, la réponse ne tient pas à un oubli : dans bien des cas, elle n’a tout simplement pas encore reçu le gazole à prix réduit qui rend la baisse possible.

Le ministre du Commerce, Serge Papin, a défendu le bilan lundi matin sur RTL. « Les distributeurs jouent le jeu », a-t-il dit, en affirmant que plus de la moitié des stations avaient baissé leurs prix de 12 à 18 centimes, et que cette moitié dessert plus de la moitié des Français, voire 80 % d’entre eux.

Ce que ça change pour vous : 7 à 10 euros de moins sur un plein, si votre station a suivi

Pour un réservoir de 50 litres, 15 centimes de moins représentent 7,50 euros. À 21 centimes, chez Leclerc, on atteint 10,50 euros. C’est ce calcul qui compte au moment de payer, pas la moyenne nationale : 2,15 € dans une station Access, 2,25 € dans beaucoup de stations hors autoroute, et encore près de 2,40 € là où la baisse n’est pas arrivée.

L’analyse de l’AFP, à partir des données publiques de 8 642 stations, donne une moyenne passée de 2,38 € en milieu de semaine dernière à près de 2,29 € ce lundi. Le relevé indépendant d’Oxycar, station par station, est plus contrasté : hors autoroute, la médiane est tombée de 2,398 € samedi à 2,250 € lundi à 9 h 10, une baisse de 14,8 centimes, contre seulement 9,8 centimes sur autoroute.

Un pistolet de gazole tenu à la pompe, avec les autres carburants en arrière-plan Un pistolet de gazole à la pompe. La baisse dépend du gazole à prix réduit reçu par chaque réseau, et du rythme de renouvellement de ses cuves. (Photo d’illustration)

Pourquoi votre station n’a pas baissé le prix du gazole ?

Le mécanisme décidé en octobre explique l’écart. L’État a mis à disposition des distributeurs 10 millions de barils de gazole tirés de ses stocks stratégiques, sur trois mois, à prix coûtant : environ 28 centimes le litre, contre environ 1,10 euro sur le marché. L’objectif affiché : 12 à 18 centimes de moins à la pompe, à partir du 1er novembre, avec des volumes attribués au prorata de la part de marché de chaque opérateur en 2025.

C’est là que le circuit se grippe pour les plus petits. Les petits grossistes qui livrent les stations rurales n’ont obtenu aucun volume des stocks stratégiques, selon Mobilians, l’organisation qui représente notamment les indépendants. Son président national des distributeurs de carburants, Francis Pousse, l’a dit dimanche 1er novembre sur franceinfo : le gouvernement aurait privilégié les plus gros distributeurs dans la répartition. Sans ce gazole acheté avant la flambée des cours, une station indépendante ne peut pas baisser de 12 à 18 centimes sans vendre à perte.

« Les distributeurs jouent le jeu puisque aujourd’hui, ce lundi matin, il y a plus de la moitié des stations qui ont baissé les prix de 12 à 18 centimes. » Serge Papin, ministre du Commerce, sur RTL, lundi 2 novembre.

Le ministre promet un correctif dans la semaine, avec des prêts à taux zéro pour aider les petites stations à baisser leurs tarifs.

Que vaut le gazole à 1,75 euro promis par le ministre ?

Serge Papin a estimé qu’en combinant le prix le plus bas trouvé chez un distributeur et la prime grand rouleur de 100 euros, le litre de gazole pouvait descendre à 1,75 euro. Le Figaro précise le calcul : cette aide de 100 euros pour trois mois, sous condition de ressources, représente environ 40 centimes par litre pour un gros rouleur. Autrement dit, 1,75 euro n’est pas un prix affiché à la pompe, c’est un prix reconstitué pour un profil précis, au tarif le plus bas, avec une aide à laquelle tout le monde n’a pas droit. La baisse ne touche que le gazole : l’essence ne bouge pas. Et ce n’est pas un prix bloqué : l’État a refusé de baisser les taxes, qui représentent environ 60 % du prix.

Un automobiliste en train de faire le plein de sa voiture dans une station-service Faire le plein coûte moins cher dans la plupart des grandes enseignes ce lundi, mais l’écart avec les petites stations peut dépasser 20 centimes le litre. (Photo d’illustration)

Que va décider la réunion de Bercy mardi 3 novembre ?

Mardi matin, le ministre de l’Économie Roland Lescure et Serge Papin réuniront à Bercy les distributeurs de carburants pour un premier point national. Bercy a déjà fixé la règle : la surveillance des marges, via le baromètre hebdomadaire des prix, et les contrôles de la DGCCRF doivent garantir que la répercussion soit « effective et lisible » pour les automobilistes, et que le bénéfice des stocks soit « intégralement répercuté jusqu’au consommateur final ». Mobilians demande deux choses : livrer plus vite les stocks aux petits fournisseurs, et une subvention, plutôt qu’un prêt, pour réduire les marges tout de suite.

Comment vérifier le prix près de chez vous avant de partir

  • Consultez le site officiel prix-carburants.gouv.fr, qui recense les prix déclarés par chaque station.
  • Comparez avec les stations voisines plutôt qu’avec la moyenne nationale : selon Oxycar, la part des stations en baisse d’au moins 10 centimes varie de 25 % en Haute-Loire à 72 % en Charente-Maritime et dans l’Aude.
  • Repérez à la pompe l’affichage du montant de la remise, obligatoire pour les stations qui vendent le gazole issu des stocks.

La promesse du gouvernement n’est donc ni tenue partout, ni démentie partout. Elle est tenue là où le gazole à prix réduit est déjà arrivé, et en attente là où il n’est pas arrivé. Mardi, à Bercy, on saura si le calendrier promis aux petites stations se transforme en livraisons réelles.