Un matin d’octobre, vous posez la main sur le radiateur du salon. Tiede. Vous tournez la molette d’un cran, puis d’un second. Ce geste, des millions de Français vont le faire dans les jours qui viennent, et cette année il coûte un peu plus cher que l’an dernier. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a fixé le prix repère de vente du gaz à 182,88 euros TTC le mégawattheure pour octobre 2026, contre 172,05 euros en septembre. L’augmentation atteint 6,3 % d’un mois sur l’autre.

Le chiffre est tombé le 10 septembre, discrètement, au milieu de la rentrée. Pourtant, il concerne directement des millions de foyers : la facture d’octobre devrait s’alourdir de 5,28 euros TTC en moyenne, selon le régulateur. Cinq euros et des poussières, pris isolément, ça ne change pas grand-chose. Remis dans la durée, l’addition pèse : la facture de gaz de 2026 pourrait dépasser d’environ 10 % celle de 2025, soit près de 120 euros TTC supplémentaires, à condition que les marchés restent à peu près stables d’ici décembre.

Deuxième hausse d’affilée, et pas la dernière

Ce n’est pas un coup de tonnerre isolé. Le prix repère avait déjà grimpé de 5,6 % en septembre, après un léger recul de 0,8 % en août. La tendance est claire : depuis la fin de l’été, la courbe ne redescend plus. Et l’hiver, saison où les chaudières tournent à plein régime, arrive à grands pas.

Derrière cette envolée, un marché sous tension. La France dépend presque entièrement des importations pour son gaz naturel, et le conflit persistant au Moyen-Orient entretient la nervosité des places européennes à l’approche de la saison de chauffe. Quand les stocks se constituent et que la demande repart, les prix suivent. C’est mécanique, et c’est brutal.

Chaudière à gaz murale installée dans une pièce de service Chaudière à gaz : les foyers dont le contrat est indexé sur le prix repère de la CRE encaisseront directement la hausse d’octobre.

Qui va vraiment payer plus cher ?

Tous les abonnés au gaz ne sont pas logés à la même enseigne. Depuis la disparition du tarif réglementé, le 30 juin 2023, les fournisseurs fixent librement leurs prix. Le repère publié chaque mois par la CRE n’est pas un tarif : c’est une boussole, une estimation moyenne des coûts supportés par les fournisseurs, qui sert surtout à comparer les offres.

Concrètement, seuls les clients dont le contrat est indexé sur ce prix repère encaisseront la hausse d’octobre. Les détenteurs d’une offre à prix fixe y échappent, eux, jusqu’à la fin de leur engagement. Si vous ne savez pas dans quelle catégorie tombe votre contrat, jetez un œil à votre dernière facture : la mention y figure. C’est le genre de détail qu’on oublie de vérifier, jusqu’au jour où la note arrive.

Le comparateur Hello Watt, lui, va plus loin dans ses projections : il table sur une nouvelle augmentation de plus de 7 % du prix repère en novembre. Une estimation, pas une certitude, mais elle donne le ton des semaines à venir.

Cinq euros par mois, ça semble anodin. Multipliez par la saison de chauffe, et la hausse de 2026 se transforme en un mois de courses qui s’envole.

Des gestes simples pour freiner la facture

Face à la hausse, les Français ne restent pas les bras croisés. D’après un sondage réalisé par la société LibertéWatts auprès de ses utilisateurs, 77 % déclarent que le prix de l’énergie pèse fortement ou assez fortement sur leur pouvoir d’achat. Une majorité, 63 %, envisage de réduire le chauffage cet hiver, et 55 % prévoient de décaler l’utilisation de certains appareils électroménagers pour profiter de tarifs plus avantageux. Et 49 % se disent prêts à modifier leurs habitudes, à condition que le gain financier soit significatif.

Sans se transformer en ascète du radiateur, quelques réflexes rapportent vraiment :

  • Régler le thermostat au juste degré. Chaque degré en moins, c’est environ 7 % de consommation en moins. 19 °C dans les pièces de vie et 17 °C dans les chambres suffisent au confort.
  • Programmer plutôt que chauffer en continu. Un thermostat programmable adoucit la température la nuit et quand le logement est vide, puis remonte avant le réveil et le retour à la maison.
  • Purger les radiateurs et dépoussiérer les bouches d’aération. Un radiateur entartré chauffe moins bien et fait travailler la chaudière plus longtemps pour le même résultat.
  • Comparer les offres avant l’hiver. Le prix repère de la CRE est justement fait pour ça : c’est l’étalon qui permet de juger si une offre du marché vaut vraiment le coup.
  • Traquer les courants d’air. Bas de porte, joints de fenêtres fatigués, cheminée non condamnée : les fuites invisibles font grimper la facture sans chauffer la maison.

Thermostat programmable fixé au mur d’un salon Un thermostat programmable : baisser d’un degré, c’est environ 7 % de consommation économisée.

Un hiver qui s’annonce sous surveillance

Octobre n’est que le premier mois de la saison de chauffe. Entre les tensions géopolitiques, les stocks européens et la mécanique des marchés, chaque bulletin mensuel de la CRE sera scruté de près cet automne. Les 120 euros supplémentaires estimés pour 2026 ne sont qu’une projection : si les prix s’emballent en plein hiver, l’addition sera plus lourde.

Reste une leçon que les Français connaissent désormais par cœur : la facture d’énergie se gagne ou se perd en octobre, quand on règle le thermostat pour la première fois. Un cran de moins aujourd’hui, et c’est tout l’hiver qui coûtera moins cher.