Le contrat d’électricité d’une entreprise pour 2027 n’est plus une simple ligne budgétaire. C’est devenu une urgence. Environ 30 000 sociétés françaises n’ont toujours pas sécurisé leur approvisionnement pour l’année prochaine, selon Le Figaro, et le marché de gros vient de franchir un cap qui fait mal : le prix du mégawattheure pour une livraison en 2027 a doublé depuis le début de l’année.
Pourquoi le prix de l’électricité pour 2027 a-t-il doublé ?
Deux chiffres résument le problème. En janvier, l’électricité pour une livraison en 2027 s’affichait à moins de 50 euros le mégawattheure. Lundi 12 octobre, elle cotait 104 euros sur les marchés. Entre les deux, une trajectoire vertigineuse : 87,30 euros fin septembre, soit une hausse de 26,9 % en un seul mois selon la bourse EEX, puis le franchissement de la barre des 100 euros, à 102,18 euros, sur le contrat dit « baseload » CAL27.
Le courtier indépendant Optima Énergie, qui suit les cours au jour le jour, décrit un marché « qui se tend dangereusement ». Le prix spot français est monté à 201,37 euros le MWh le 12 octobre, tiré par une production éolienne en berne. Mais l’accident le plus spectaculaire vient du nucléaire : les pertes de production liées à la température des cours d’eau (les centrales ralentissent ou s’arrêtent quand la température monte trop pour refroidir) devraient dépasser 14 térawattheures d’ici le 20 octobre. C’est plus du double du précédent record historique, établi en 2003 (6,3 TWh).
Les centrales nucléaires perdent une production record à cause de la chaleur des cours d’eau, un des moteurs de l’envolée des prix.
Ajoutez un gaz qui reste très cher : près de 80 euros le MWh sur le PEG, la référence française, et vous obtenez un marché verrouillé à court et moyen terme. La contagion gagne déjà les années suivantes : le contrat pour 2028 dépasse 63 euros, note Optima Énergie.
85 % des entreprises sont déjà couvertes. Les autres non
Tous les patrons ne sont pas dans la même situation. La grande majorité des entreprises non éligibles au tarif réglementé, environ 85 %, disposent de contrats annuels ou pluriannuels et ont déjà acheté leur électricité au moins pour l’année prochaine. Elles passeront 2027 relativement protégées.
Les 30 000 qui restent sont celles qui n’ont pas signé. Pour elles, chaque semaine d’attente risque de coûter cher.
« Le meilleur moment d’achat pour l’énergie 2027 est passé. Pour les entreprises qui n’ont pas encore sécurisé leur approvisionnement, la bonne décision n’est plus d’attendre une hypothétique baisse. » — Optima Énergie, courtier indépendant
Votre entreprise peut-elle éviter la hausse ?
Le gouvernement, par la voix du Premier ministre Sébastien Lecornu, s’est engagé à ce que les prix de l’électricité ne montent pas l’année prochaine. La promesse a un périmètre précis : elle ne couvre pas tout le monde.
Sont éligibles au tarif réglementé de vente de l’électricité (TRVe) les entreprises qui réalisent moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et emploient moins de dix salariés. Pour elles, le TRVe ne devrait pas augmenter au 1er février, conformément à l’engagement du Premier ministre.
Les petites structures qui n’ont plus de contrat, le cas des boulangers est souvent cité, peuvent donc retourner au TRVe. C’est ce qui leur évitera un quasi-doublement de leur facture sur douze mois. Un retour au tarif réglementé plutôt qu’un contrat au prix du marché, en somme.
Les boulangers et les très petites entreprises peuvent encore échapper à la hausse en retournant au tarif réglementé.
Que faire si votre contrat pour 2027 n’est pas signé ?
Trois réflexes, dans l’ordre :
- Vérifiez l’éligibilité au TRVe. Moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et moins de dix salariés : si votre entreprise entre dans ce cadre, le tarif réglementé est l’option la moins chère et la plus sûre. Il ne devrait pas bouger au 1er février.
- Signez sans attendre de baisse. Le prix de gros ne reflète pas le prix final de la facture, mais il en fixe la trajectoire. Les professionnels du courtage estiment que les niveaux de janvier ne reviendront pas nécessairement.
- Comparez au-delà du prix du MWh. Taxes, acheminement, conditions de couverture des variations de volume : l’offre la moins chère sur le papier n’est pas toujours la meilleure une fois la facture arrivée.
Pour les années suivantes, le conseil des courtiers est de commencer les démarches au moins huit mois avant l’échéance, et de regarder dès maintenant les contrats 2028 et 2029, avant que la hausse ne les rattrape.
En janvier, l’électricité pour 2027 était une bonne affaire. Personne, ce jour-là, n’a tiré la sonnette d’alarme.
