Dimanche 1er novembre, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « tentative d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». L’annonce est tombée au lendemain de la manifestation parisienne contre la vie chère, après des images qui ont fait le tour des chaînes : un gendarme mobile, la jambe en feu, s’éloignant du cordon pendant que ses camarades éteignent les flammes. La Sûreté territoriale de Paris mène les investigations.
Les faits remontent à samedi 31 octobre, à l’arrivée du cortège, porte de Charenton, dans le 12e arrondissement, à l’angle de la rue des Meuniers et du boulevard Poniatowski. Selon le parquet, « des jets d’objets explosifs ont visé une quinzaine de gendarmes ainsi que des policiers ». L’un des engins a explosé aux pieds d’un gendarme mobile. Sur les images de l’AFP, le projectile rebondit sur un bouclier avant de s’embraser et de mettre le feu à son uniforme.
Ce que ça change pour vous
Cette enquête ne change rien, à elle seule, à votre lundi. La semaine qui s’ouvre, en revanche, s’annonce perturbée :
- Mardi 3 et jeudi 5 novembre, des blocages sont annoncés dans des lycées et des universités, à l’appel de l’Union syndicale lycéenne et de l’Union étudiante. « Les Lycéens ! » appellent à bloquer dès lundi.
- Jeudi 5 novembre, une journée nationale de grèves et de manifestations est prévue dans le public comme dans le privé, à l’appel d’une intersyndicale.
- Vérifiez l’état de votre établissement ou de votre ligne avant de partir, surtout mardi et jeudi matin. Aucune prévision chiffrée de l’ampleur des blocages ou des cortèges n’a été communiquée.
Samedi 31 octobre, vers 17 heures : la chronologie des faits
Le cortège parisien s’était déroulé dans un calme relatif pendant l’après-midi, après un départ porte de Bagnolet. C’est à l’arrivée, dans la zone de dispersion, que la situation a basculé. Laurent Nuñez a dénoncé samedi soir une « violence inouïe » de groupes de casseurs, avec jets de projectiles, tirs de mortiers et jets de pavés.
Vers 17 heures, en queue de cortège, plusieurs engins incendiaires ont été lancés vers les gendarmes mobiles. L’un d’eux a atteint le militaire dont les images ont circulé toute la soirée. Ses collègues ont contenu le feu rapidement, et il n’a pas quitté son service, selon le ministre.
Des gendarmes mobiles en tenue d’intervention dans une rue de Paris. (Photo d’illustration)
« Je vais plutôt bien » : que sait-on du gendarme blessé ?
Le gendarme touché s’est exprimé dimanche. « Je vais plutôt bien », a-t-il assuré sur franceinfo, décrivant une brûlure à l’arrière du mollet, « la peau qui pique », et une « pluie » de projectiles jetés contre son unité par un groupe « déterminé ».
« Je ne l’ai pas vu arriver, je ne le vois mais je le ressens. La brûlure, on a le temps de la sentir monter, de sentir que l’équipement commence à être atteint et que la chair commence à piquer. »
Deux versions coexistent sur la gravité de sa blessure : Laurent Nuñez a parlé samedi soir d’un militaire « simplement blessé léger », pris en charge par ses camarades, tandis que la gendarmerie nationale a fait état d’un militaire « gravement brûlé à la jambe », selon des comptes rendus relayés dimanche. Le parquet indique qu’un « recensement des blessés est en cours » et que les lésions signalées seraient des brûlures au second degré et des acouphènes, un état des lieux « à préciser ».
Cinq membres des forces de l’ordre ont été blessés à Paris samedi, quatre policiers et un gendarme, selon le bilan de samedi soir du ministère de l’Intérieur et de la préfecture de police.
Pourquoi parle-t-on de « tentative d’homicide » ?
Samedi soir déjà, Laurent Nuñez avait qualifié le geste de « tentative de meurtre ». Dimanche, le parquet a repris cette qualification. Elle ne dépend pas de la gravité de la blessure, mais de l’intention prêtée à celui qui a lancé l’engin : l’instruction devra démontrer qu’il voulait tuer, et pas seulement blesser ou intimider.
Si l’instruction la confirme, l’affaire relève du crime, jugé aux assises, et non d’un délit de violences. Les condamnations politiques ont été unanimes, de Marine Le Pen, qui a réclamé les sanctions les plus sévères, à Bruno Retailleau, qui a qualifié le geste d’« insupportable ».
Le palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité. L’enquête a été confiée à la Sûreté territoriale de Paris. (Photo d’illustration)
Quelqu’un a-t-il été arrêté pour le jet de cocktail Molotov ?
Non, pas pour ces faits précis. Le parquet l’a dit clairement dimanche : « aucun mis en cause n’a été interpellé à ce stade pour les faits en question » et « les investigations se poursuivent pour identifier les auteurs ». De premières plaintes devaient être déposées dimanche, mais aucune ne l’était encore au moment de l’annonce.
Les interpellations annoncées dimanche concernent d’autres faits. À Paris, le parquet en dénombre 105, 88 liées aux manifestations de samedi et 17 à la nuit d’Halloween. Parmi elles, 89 personnes se trouvaient en garde à vue dimanche, dont 61 majeurs et 22 mineurs. Pour les majeurs, les chefs retenus portent surtout sur la participation à un groupement en vue de violences ou de dégradations, le port d’arme de catégorie D et la détention de produit incendiaire ou explosif. Ce bilan « est susceptible d’évoluer », précise le parquet.
Les chiffres du week-end
- 320 000 manifestants dans toute la France samedi, dont 70 000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. Les organisateurs revendiquent près de 500 000 personnes, dont 200 000 à Paris.
- 565 interpellations en France à 21 heures samedi, selon le ministère de l’Intérieur.
- 70 000 policiers et gendarmes déployés dans tout le pays samedi.
- 105 interpellations à Paris, 89 gardes à vue, 5 membres des forces de l’ordre blessés dans la capitale.
- Aucune interpellation, à ce stade, pour le jet de cocktail Molotov de la porte de Charenton.
C’était le troisième samedi consécutif de mobilisation contre la vie chère. Dimanche soir, l’identité de celui ou de ceux qui ont lancé l’engin de la porte de Charenton restait inconnue, et c’est désormais à la Sûreté territoriale de Paris de la retrouver.
