Le feuilleton Duralex connaît son dénouement. Mercredi 14 octobre, le tribunal de commerce d’Orléans a validé la reprise de la célèbre verrerie par Tomé, la holding de l’entrepreneur Cédric Meston, préférée à l’offre du groupe de fonderies Carlesimo. La reprise de Duralex sauve 155 des quelque 220 emplois du site historique de La Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret. Une soixantaine de salariés, eux, ne seront pas repris.
« C’est gagné ! Nous sommes les nouveaux propriétaires de Duralex », s’est félicité auprès de l’AFP Cédric Meston, âgé de 32 ans. Cofondateur de la start-up HappyVore, il a déjà racheté Tupperware France en 2025. Le milliardaire Xavier Niel, via sa holding NJJ Capital, figure aussi parmi les investisseurs du projet.
Que change la reprise pour l’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin ?
D’abord, elle existe encore. Placée en redressement judiciaire le 1er juin 2026, pour la cinquième fois en une vingtaine d’années, la verrerie jouait sa survie. Sans cette décision, c’était la liquidation et ses partenaires industriels en cascade, selon le repreneur lui-même.
L’usine historique de La Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret, emploie encore environ 220 salariés.
Le plan déposé devant le tribunal prévoit 16 millions d’euros de financement. Six millions proviennent de soutiens publics : quatre millions de l’État, un million de la région Centre-Val de Loire et un million d’Orléans Métropole. Le reste relève d’investissements privés.
Pour les salariés conservés, une promesse concrète : aucun licenciement économique pendant deux ans, et priorité à l’embauche pour ceux qui n’ont pas été repris si des postes se libèrent. Sur place, l’accueil est partagé. Les salariés reprennent le travail avec une prudence que les échecs précédents expliquent : la coopérative née en 2024 n’aura pas tenu deux ans.
Qui est Cédric Meston, le nouveau propriétaire de Duralex ?
Il n’a que 32 ans et un profil à part dans le paysage industriel français. Cofondateur de HappyVore, spécialiste des substituts végétaux à la viande, Cédric Meston s’est fait une spécialité du sauvetage d’entreprises en difficulté : Tupperware France en 2025, le fabricant de pneus reconditionnés Black Star en juin 2026.
Au Monde, il s’est dit « honoré » du choix du tribunal et « profondément désolé pour la soixantaine de personnes qui vont perdre leur emploi ». Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a salué « une nouvelle page de l’histoire de cette entreprise emblématique de notre savoir-faire industriel ». Il se rend sur le site vendredi et promet d’accompagner les salariés non repris vers un retour à l’emploi.
Pourquoi la coopérative Duralex a-t-elle échoué ?
Moins de deux ans après sa création, la société coopérative de production (SCOP) formée par les salariés s’est effondrée. La coopérative avait repris l’entreprise en 2024 dans un élan largement médiatisé. Mais la masse salariale restait trop lourde rapportée au chiffre d’affaires, un diagnostic partagé jusque chez les concurrents qui connaissent le dossier.
Entre juin 2026 et la décision d’octobre, quatre mois et demi d’incertitude ont pesé sur le site. L’offre de Carlesimo, elle, ne conservait que 129 salariés : c’est ce différentiel d’emplois qui a fait pencher la décision du tribunal.
« On va voir comment ça va se passer. On ne veut pas se faire de faux espoirs. »
— Philippe Dos Anjos, technicien de maintenance depuis vingt-quatre ans
Que va devenir la marque Duralex en 2027 ?
Le repreneur veut transformer l’usine en profondeur, pas la sauver une cinquième fois. L’objectif affiché : redevenir rentable dès 2027. Pour y arriver, trois chantiers.
- Redimensionner la production au niveau réel des ventes et lancer de nouvelles gammes, « pour mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs ».
- Convertir à l’électricité d’ici 2029 le four de fusion, aujourd’hui alimenté au gaz : l’énergie représente près de 20 % du chiffre d’affaires.
- Miser sur le verre recyclé et des panneaux photovoltaïques pour faire de Duralex « l’usine de verre la plus verte au monde », selon le dossier déposé.
Le modèle Picardie, né en 1955, reste le verre le plus reconnaissable de la marque française.
Les habitués des rayons s’interrogent déjà : les verres resteront-ils les mêmes ? Rien n’a été annoncé. Le Picardie, dessiné en 1955 et servi dans les cantines du pays entier, demeure le visage de la marque. Le nouveau propriétaire parle de « nouvelles gammes » sans détailler.
Née en 1945, Duralex aura donc survécu à sa cinquième procédure collective. À La Chapelle-Saint-Mesmin, les fours tournent encore. Pour combien de temps ? Cette fois, le repreneur assure qu’on ne le reverra pas devant un tribunal.
