Le chiffre donne la mesure d’un agacement partagé. 43 000 signalements en deux mois, déposés sur SignalConso, la plateforme de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), selon des chiffres relayés par Ouest-France. Deux précautions s’imposent. La période couverte commence le 1er août, alors que les règles ne sont entrées en vigueur que le 11 août : une partie des signalements date donc d’avant l’interdiction. Et seuls les appels déclarés sont comptés, le nombre réel est forcément plus élevé.
Que dit la règle depuis le 11 août ?
Avant, il fallait s’inscrire sur Bloctel pour dire non. Maintenant, c’est l’inverse : sans votre accord préalable, l’appel commercial est interdit. Quand le consentement existe, l’encadrement reste strict : du lundi au vendredi seulement, entre 10 heures et 13 heures puis entre 14 heures et 20 heures, et pas plus de quatre fois par mois pour la même personne.
Les sanctions annoncées sont lourdes : jusqu’à 75 000 euros d’amende par appel pour un particulier, 375 000 euros pour une entreprise, et 500 000 euros quand les appels visent des personnes vulnérables. Sur le papier, de quoi dissuader. Dans les faits, les témoignages racontent autre chose : jusqu’à sept appels par jour pour certains, dix-sept en cinq heures pour un abonné Orange.
Pourquoi votre téléphone sonne toujours ?
Marie-Amandine Stévenin, présidente de l’association de consommateurs Que Choisir Ensemble, pointe une difficulté très concrète : retrouver l’auteur d’un appel. Les numéros changent en permanence, ce qui rend le blocage numéro par numéro presque inutile. Une partie des appels ne part même pas de France. Ils affichent pourtant un numéro qui ressemble à un numéro français, ce qui suffit à mettre en confiance ou, au minimum, à déclencher le réflexe de décrocher.
43 000 signalements en deux mois, et ce chiffre ne compte que les appels que les gens ont pris la peine de déclarer.
D’autres failles s’ajoutent, décrites sur RTL par l’expert en cybersécurité Damien Bancal : des consentements arrachés dans des cases cochées à la va-vite, des robots vocaux dopés à l’intelligence artificielle, des centres d’appels à l’étranger, hors de portée immédiate des contrôles. Les numéros en 01 62, 02 70, 03 77, 04 24 ou 05 68 reviennent souvent dans les témoignages.
Un appel indésirable de plus : les témoignages font état de plusieurs appels par jour, malgré l’interdiction entrée en vigueur le 11 août.
Comment bloquer les appels de démarchage téléphonique ?
Premier réflexe, contre-intuitif : laisser sonner. Rejeter l’appel peut signaler au système que le numéro est actif, et donc intéressant à rappeler.
Deuxième réflexe : le blocage automatique. Saracroche, gratuite sur Android comme sur iPhone, est citée par des utilisateurs qui disent voir 10 à 20 appels bloqués par jour. Préfixe Bloqueur, gratuite elle aussi, ne fonctionne que sur Android. Protected existe sur les deux systèmes, mais demande un abonnement. Les téléphones récents proposent aussi un réglage qui oblige un appelant inconnu à s’identifier avant que vous décidiez de répondre.
Troisième réflexe : signaler. Chaque signalement sur SignalConso, avec le numéro, la date et l’heure de l’appel, alimente les contrôles de la DGCCRF. Un signalement isolé ne déclenche pas une sanction immédiate, mais des milliers de signalements sur les mêmes numéros dessinent les cibles des enquêteurs.
Les appels qui restent autorisés
L’interdiction ne couvre pas tout. Une entreprise avec laquelle vous avez déjà un contrat peut toujours vous appeler, comme un professionnel à qui vous avez demandé un devis, qui dispose de cinq jours pour vous rappeler. Les entreprises de presse peuvent démarcher pour un abonnement, et les appels entre professionnels ne sont pas concernés.
Les centres d’appels, parfois installés à l’étranger, échappent plus facilement aux contrôles : les numéros affichés peuvent imiter des numéros français.
Que faire, concrètement, dès ce soir ?
- Laissez sonner les numéros inconnus au lieu de les rejeter, puis bloquez-les après coup si l’appel se répète.
- Activez le filtrage anti-spam de votre téléphone ou installez une application de blocage gratuite comme Saracroche.
- Vérifiez vos consentements : un appel qui arrive après une inscription en ligne ou un jeu-concours vient souvent d’une case cochée sans y penser.
- Signalez chaque appel illégal sur SignalConso, avec le numéro exact et l’heure de l’appel.
- Ne rappelez jamais un numéro inconnu qui vous a appelé une seule fois, et ne communiquez aucun code reçu par SMS à un interlocuteur qui vous appelle.
La loi a changé le principe, pas encore la réalité des sonneries. Tant que les numéros se renouvellent plus vite que les sanctions, le signalement et le blocage font le travail que l’interdiction, seule, ne fait pas encore.
