La cyberattaque EFS réserves de sang a visé un maillon que personne ne regardait : le froid. Mardi 3 novembre au soir, l’Établissement français du sang a confirmé que les installations de pilotage de chambres froides de trois de ses sites avaient été touchées. La cible directe n’était pas l’EFS lui-même, mais l’un de ses prestataires d’équipement frigorifique. C’est par ses systèmes que les pirates ont déréglé les chambres à distance.
L’affaire avait été révélée le même jour par Le Canard enchaîné. Selon l’hebdomadaire, les chambres froides, normalement maintenues autour de -30 °C, auraient reçu des consignes pouvant atteindre 110 °C. L’EFS, dans son communiqué, parle de seuils « portés à de très hautes températures », sans donner de chiffre. Le prestataire mis en cause serait la société Coolworld, qui équipe notamment des conteneurs de stockage en Bourgogne-Franche-Comté, toujours selon Le Canard enchaîné. L’EFS n’a pas confirmé ce nom. Coolworld a confirmé le 4 novembre avoir eu connaissance de l’incident, pour un nombre limité de ses unités.
Peut-on encore donner son sang ?
Oui, et c’est le message que l’EFS martèle depuis mardi soir. La collecte et la distribution continuent sans interruption, au service des patients des hôpitaux. Les rendez-vous de don sont maintenus. Le ministère de la Santé, interrogé par BFMTV, parle d’une situation sous contrôle et d’une surveillance renforcée.
Concrètement, si vous aviez prévu un don cette semaine, rien ne change. Les produits qui se trouvaient dans les équipements touchés ont été transférés ou mis en sécurité par précaution, et les accès à distance de ces équipements ont été désactivés, selon le ministère. Annuler son don par crainte d’une pénurie produirait l’effet inverse de celui qu’on cherche : les réserves ont besoin d’un flux régulier, et c’est l’arrêt des dons, pas l’attaque, qui les mettrait en difficulté.
Un donneur entouré de familles lors d’une collecte. Les dons réguliers alimentent les réserves de plasma et de sang. (Photo d’illustration)
110 °C : une consigne, pas une température subie
Le chiffre de 110 °C frappe, et il faut le lire correctement. Il désigne la consigne entrée dans le régulateur, pas la température que les chambres ou les poches auraient atteinte. Entre la consigne et la réalité, il y a eu les alarmes. Les systèmes de surveillance de l’EFS ont repéré les anomalies dans la nuit, et un technicien d’astreinte a vu la courbe de température grimper. Les équipes ont alors repris la main et déplacé les produits vers d’autres installations.
Le président de l’EFS, Frédéric Pacoud, l’a dit à BFMTV sans détour : sans cette détection rapide, l’établissement aurait pu perdre des échantillons ou des poches de plasma destinées à soigner des patients. Les produits concernés : poches de plasma pour les transfusions, plasma destiné au fractionnement pour fabriquer des médicaments, échantillons des biothèques de l’EFS. L’EFS avait d’abord évoqué des échantillons, avant de préciser que du plasma destiné aux patients s’y trouvait aussi.
« Aucune conséquence sanitaire n’a été identifiée et aucun produit sanguin n’a été perdu. » C’est l’assurance donnée par l’EFS dans son communiqué du 3 novembre, reprise depuis par le ministère de la Santé.
Une vague qui ne s’arrête pas aux banques de sang
L’attaque contre l’EFS n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une vague d’attaques contre des systèmes de réfrigération en Europe : des supermarchés de huit pays ont dû jeter d’importantes quantités de denrées après que des pirates ont manipulé leurs frigos, et des dizaines de supermarchés français avaient déjà été touchés trois semaines plus tôt, selon Reuters.
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, l’ANSSI, s’est saisie du dossier avec le ministère de la Santé. L’enquête doit établir le mode opératoire exact et les conditions d’une remise en service en toute sécurité. Dès le 12 octobre, l’ANSSI avait alerté sur des contrôleurs frigorifiques de plusieurs marques, dont Danfoss et Copeland, en recommandant de couper les interfaces de gestion accessibles depuis Internet. L’attaque de la nuit du 1er au 2 novembre montre pourquoi cette recommandation n’était pas théorique.
Des poches de plasma conservées au froid. Le plasma sert aux transfusions et à la fabrication de médicaments. (Photo d’illustration)
Les dons, ce que chacun peut faire cette semaine
- Garder son rendez-vous de don : les collectes continuent.
- Ne pas croire les réserves contaminées : l’EFS affirme que la sécurité des produits n’a pas été compromise.
- Pour les établissements de santé : surveiller les équipements connectés de leurs prestataires, pas seulement leurs propres réseaux.
L’enquête dira qui a mené l’attaque et par quelle faille exacte. Pour l’instant, aucune origine n’a été établie publiquement, et l’EFS n’a signalé aucune fuite de données de donneurs. Ce qui est déjà certain, c’est que la nuit du 1er au 2 novembre a failli coûter cher, et que ce sont une alarme et un technicien de garde qui ont fait la différence entre une tentative et une catastrophe sanitaire.
