Les couvre-feux maintenus, quelles villes sont concernées, c’est la question qui revient partout ce lundi soir. Laurent Nunez l’a tranchée ce matin, sur BFMTV-RMC : les couvre-feux restent en place dans les prochains jours. Le ministre ne publie pas de liste nationale. Chaque décision revient aux préfets, en coordination avec les maires, dans une douzaine de villes et plus.
« Honnêtement, la situation ne changera pas dans les prochains jours. Les couvre-feux, bien sûr, resteront en place. » La phrase arrive au lendemain d’un samedi sous tension, et à cinq jours d’un nouveau samedi de mobilisation, le 31 octobre, que Nunez qualifie déjà de journée à risque.
Ce que ça change pour vous
Premier réflexe ce soir : oublier l’idée d’un couvre-feu national. Il n’y en a pas. Un arrêté vaut pour un périmètre précis, des horaires précis, et parfois un public précis. Dans certaines villes, il ne vise que les mineurs non accompagnés. Dans d’autres, il s’applique à tout le monde. Les interdictions de manifester dans les centres-villes sont maintenues, elles aussi.
À Paris, la mesure la plus connue courait de 23 heures à 6 heures, sur le terre-plein central de la place de la République et dans un secteur des Halles. Elle était prolongée jusqu’à ce lundi 26 octobre, 6 heures du matin. Elle est donc arrivée à échéance ce matin. Aucune prolongation parisienne n’avait été confirmée à l’heure où nous écrivons. Si vous sortez ce soir dans le centre de Paris, vérifiez l’arrêté en vigueur de la préfecture de police avant de partir.
Pour les autres villes, la prudence est la même, dans l’autre sens. Un arrêté arrivé à échéance dimanche dans le Nord ne veut pas dire que votre ville est libre ce soir. Le site de votre préfecture, et celui de votre mairie, restent les deux seules sources qui font foi pour votre rue.
Photo d’illustration : des forces de l’ordre déployées la nuit à Paris.
Samedi 24 octobre : le bilan qui a décidé du maintien
Samedi, le ministère de l’Intérieur a compté 410 000 manifestants dans tout le pays, dont 110 000 à Paris. La CGT avance un chiffre presque double, près de 800 000 manifestants. Dimanche, le ministère publiait un premier bilan provisoire : 1 314 interpellations, 53 membres des forces de l’ordre blessés, 24 commerces pillés, 75 interventions pour des feux.
Lundi, Laurent Nunez actualise ces chiffres : 1 435 interpellations, 267 policiers et gendarmes blessés, environ 150 manifestants blessés, dont trois grièvement à Toulouse, Reims et Clermont-Ferrand. Plus de 100 personnes ont été interpellées avec des armes, selon le ministre.
La comparaison avec le samedi précédent explique en partie la décision du gouvernement. Le 17 octobre, le bilan était nettement plus lourd : 2 628 interpellations, 1 522 commerces pillés, 2 025 interventions pour des feux. Samedi 24 octobre, les dégâts matériels ont fortement reculé, même si les violences contre les forces de l’ordre sont restées élevées.
« La journée est restée sous contrôle », selon Laurent Nunez, qui parle aussi de tentatives d’homicide dans certains affrontements.
Du 17 au 26 octobre : comment on en est arrivé là
Le mouvement a démarré à la mi-septembre dans des lycées, autour des conditions d’étude, des bâtiments et de Parcoursup, avant de s’élargir à la vie chère. Le 17 octobre, première grande journée nationale, a dégénéré dans plusieurs villes. Le 19 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu demandait aux préfets de déclencher des couvre-feux localisés.
Les arrêtés se sont ensuite empilés, ville par ville. Paris a fermé son centre de la République et des Halles de 23 heures à 6 heures. Lyon a interdit la circulation de 21 heures à 6 heures sur la Presqu’île. Nice a retenu le même créneau dans le centre et le Vieux-Nice. Dans le Nord, Lille, Douai, Wattignies et Denain ont appliqué un couvre-feu de 20 heures à 6 heures, jusqu’au dimanche 25 octobre. Marseille, le Val-de-Marne et la Gironde ont visé les mineurs, avec des périmètres et des horaires propres à chaque arrêté.
Vendredi 23 octobre, Emmanuel Macron recevait des représentants lycéens à l’Élysée, puis promettait dimanche des « réponses très concrètes » à partir de lundi. Ce lundi, Sébastien Lecornu reçoit à Matignon les organisations lycéennes et étudiantes, pendant que Laurent Nunez défend le maintien des mesures de sécurité.
Photo d’illustration : des gendarmes face à des manifestants.
Paris est-elle encore sous couvre-feu ce lundi soir ?
La mesure parisienne du centre, 23 heures à 6 heures autour de la République et des Halles, courait jusqu’à ce lundi 6 heures. Elle n’est donc plus en vigueur sur cette seule base. Une nouvelle décision de la préfecture de police peut toujours intervenir. Avant une sortie dans le centre, consultez l’arrêté du jour.
Les mineurs sont-ils concernés partout ?
Non, et c’est l’un des pièges du sujet. Plusieurs arrêtés ne visent que les mineurs non accompagnés, souvent le soir autour des centres commerciaux ou des centres-villes. D’autres s’appliquent à toute personne présente dans le périmètre, avec des exceptions pour les résidents, les personnes qui travaillent sur place, les commerçants et les secours.
Samedi 31 octobre : pourquoi le ministre parle déjà d’un week-end à risque
Interrogé sur le prochain samedi, Laurent Nunez n’a pas cherché à rassurer. À la question de savoir si le 31 octobre pouvait être une nouvelle journée à haut risque, il a répondu, clairement, oui. Il annonce un dispositif policier « extrêmement puissant ». Les syndicats appellent à une grève générale le jeudi 5 novembre.
Que vérifier avant de sortir ce soir ?
- Le site de votre préfecture, puis celui de votre mairie, pour l’arrêté en vigueur aujourd’hui.
- Les horaires exacts et le périmètre rue par rue, pas seulement le nom de la ville.
- Le public concerné : tout le monde, ou seulement les mineurs non accompagnés.
- Votre justificatif si vous relevez d’une exception, travail, domicile ou urgence.
Ce lundi soir, la seule certitude valable partout en France, c’est qu’il n’y en a pas de nationale : elle s’écrit, ville par ville, dans l’arrêté de votre préfecture.
Sources : Reuters, BFMTV-RMC, Le Monde, ministère de l’Intérieur, préfecture de police de Paris.
