Payer ses courses moins cher occupe aujourd’hui des millions de Français. Place des Fêtes, dans le 19e arrondissement de Paris, Jean-Louis Simaeys, 81 ans, pèse le pour et le contre au rayon fruits et légumes du magasin Nous anti-gaspi de son quartier. Retraité, il tient son budget courses à 50 euros par semaine. Quand il a commencé à venir ici, il y a plusieurs années, « c’était pour soutenir l’initiative contre le gaspillage alimentaire ». Aujourd’hui, raconte-t-il au Monde, il vient pour les prix et « ne va presque plus ailleurs, c’est devenu trop cher ».
Ce qui était un geste militant est devenu une stratégie d’économie. Les chiffres de l’Insee expliquent la bascule : depuis 2020, les prix de l’alimentation ont augmenté de près de 25 %. En septembre encore, les étiquettes prenaient 1,5 % sur un an, et les produits frais grimpaient de 9,9 %. Engrais plus chers, hydrocarbures en tension, récoltes amputées par les chaleurs de l’été : l’addition se paie en caisse.
Pourquoi les bacs anti-gaspi se vident-ils si tôt ?
Parce que tout le monde a fait le calcul avant vous. Selon une étude OpinionWay pour la fédération Perifem, publiée en mai 2026, 82 % des Français déclarent désormais rechercher ces offres à prix réduits. Les dispositifs se sont multipliés : magasins entièrement dédiés aux invendus, espaces « date courte » dans les supermarchés classiques, paniers surprises chez les commerçants de quartier, applications de récupération des invendus. Et la demande ne faiblit pas : une enquête récente fait de la chasse aux invendus le premier réflexe d’économie de 65 % des foyers.
Les enseignes suivent le mouvement. Chez Carrefour, environ 1 000 articles anti-gaspi sont proposés chaque jour, d’après le directeur du développement durable de l’enseigne, et certains clients fidèles attendent le réapprovisionnement du matin. Les plateformes numériques de vente d’invendus affichent, elles, une croissance de 15 % de leurs transactions sur les derniers mois.
Dans les magasins anti-gaspi, les produits écartés des circuits classiques se vendent à prix réduits.
Où payer ses courses moins cher ? Les 5 circuits qui marchent vraiment
- Les magasins 100 % anti-gaspi. Ils vendent à prix réduits des produits écartés des circuits de distribution classiques. Julienne Tchipkam, 56 ans, aide-soignante parisienne, y fait désormais l’essentiel de ses courses. « Je m’arrête de plus en plus ici, surtout pour les fruits et légumes, qui sont peu chers et de bonne qualité. Comme tout le monde, j’ai vu mon pouvoir d’achat baisser ces derniers mois, et ici, je rentre dans mes frais. »
« Comme tout le monde, j’ai vu mon pouvoir d’achat baisser ces derniers mois, et ici, je rentre dans mes frais. » — Julienne Tchipkam, cliente d’un magasin anti-gaspi parisien, au Monde
Les rayons « date courte » des supermarchés. Chaque grande surface en a un, même s’il n’est pas toujours bien signalé : les produits proches de leur date limite s’y vendent couramment 25 à 50 % moins cher. Si vous ne le repérez pas, demandez à un employé où il se trouve.
Les paniers d’invendus des commerçants. Boulangeries, primeurs, traiteurs : beaucoup proposent en fin de journée des paniers surprises à prix cassé, sur place ou via les applications d’invendus.
Les marchés en fin de matinée. Certains commerçants bradent les invendus en fin de marché : une cagette de fruits et légumes pour quelques euros, à condition d’arriver au bon moment.
Les marques de distributeurs. Elles restent le socle des économies durables : basculer la moitié du panier sur les MDD peut alléger la note d’environ 10 à 12 euros par semaine pour un budget moyen.
Le ticket de caisse reste la première préoccupation des foyers : les bons plans anti-gaspi gagnent du terrain.
DLC et DDM : la date qui fait économiser sans risque
Une partie du gaspillage vient d’une confusion entre deux dates. La DLC, date limite de consommation, signale un vrai risque sanitaire après échéance : on ne plaisante pas avec. La DDM, date de durabilité minimale, indique seulement une perte de qualités gustatives : un produit passé sa DDM se consomme sans risque. Les rayons anti-gaspi proposent justement ces produits « à consommer rapidement », moins chers et parfaitement sains.
Le bac anti-gaspi ne vous attendra pas : arrivez tôt, regardez bas, vérifiez la date.
