Depuis hier, payer quelques euros pour consulter plus vite un médecin à distance n’est officiellement plus possible. La fin du coupe-file payant des téléconsultations, actée par le ministère de la Santé avec une date butoir au 1er octobre, se justifie par l’égalité d’accès aux soins.
Certaines plateformes proposaient dans leur salle d’attente virtuelle une option payante, entre 5 et 20 euros, pour passer devant les autres et décrocher un rendez-vous rapidement. Légale jusqu’ici, la pratique réservait un accès prioritaire aux patients prêts à payer.
Ce que ça change pour vous
La file d’attente redevient unique : plus de passage prioritaire acheté, tout le monde attend dans la même salle d’attente virtuelle. Le prix de la consultation, lui, ne bouge pas : une téléconsultation prise en charge par l’Assurance maladie reste facturée au tarif conventionnel, sans dépassement.
Sur votre écran, en revanche, la fin de l’option ne sera pas forcément immédiate. Les plateformes plaident pour un report au 1er janvier 2027, le temps de retirer le dispositif de leurs interfaces. Si le bouton « passer en priorité » est encore proposé quelque part dans les prochaines semaines, c’est ce sursis qui joue.
Dernier point, et il compte : le supplément n’était jamais remboursable. Ni par la Sécurité sociale, ni par la mutuelle.
Une téléconsultation entre un médecin et un patient. Les plateformes de télémédecine pèsent désormais 40 % des consultations à distance, contre 6 % en 2021.
5 à 20 euros pour voir un médecin en 15 minutes au lieu d’une heure vingt
Tout est parti d’un tweet. Début septembre, une patiente raconte avoir payé ce service le 7 septembre 2026 pour obtenir un rendez-vous en moins de 15 minutes, alors que l’attente affichée se situait entre une heure et une heure vingt. Son verdict : « dégueulasse pour ceux qui ne peuvent pas payer ». Le message a été consulté plus de quatre millions de fois.
Un autre patient s’est dit offusqué d’une proposition reçue dans la salle d’attente virtuelle : passer en priorité pour 5 euros. Professionnels de santé, syndicats de pharmaciens et internautes ont dénoncé une médecine à deux vitesses.
« Concrètement, c’est un peu comme si vous alliez aux urgences et qu’on vous propose de passer devant un autre patient en payant un supplément. On considère que ce n’est pas équitable. »
Nathaniel Berne, fondateur de Medadom (propos tenus au micro de RTL)
Pourquoi le ministère a sifflé la fin
Le raisonnement du ministère est simple : faire payer le délai d’attente, c’est faire payer l’accès aux soins lui-même. L’Assurance maladie et le Conseil national de l’Ordre des médecins ont rappelé la même règle : l’accès aux soins ne doit jamais être conditionné par un paiement visant à accélérer la prise en charge.
Pierre-Olivier Vario, président du syndicat des pharmaciens, estime que la téléconsultation « devient un argument économique », un moyen de « gagner de plus en plus d’argent ». Le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML (Union française pour une médecine libre), parle de « dérive commerciale » et dénonce « clairement une médecine à deux vitesses ».
Ce que répondent les plateformes
Tessan, le leader des cabines de téléconsultation en pharmacie, conteste l’étiquette de coupe-file. Son PDG, Julien Cutolo, parle d’une « salle d’attente séparée » redirigeant vers d’autres médecins, réservée aux patients venus sans rendez-vous : « En fait, nous facturons la prise de rendez-vous instantanée. » L’entreprise a promis de modifier les formulations affichées sur ses bornes.
Juridiquement, la pratique évoluait dans une zone grise : le Code de la santé interdit de facturer au-delà du tarif conventionnel, mais autorise les prestations optionnelles à titre onéreux si le patient est informé. C’est ce flou que la mesure du ministère vient refermer.
Une cabine de téléconsultation dans une pharmacie. C’est dans ces cabines que le supplément prioritaire était le plus souvent proposé.
Un marché devenu énorme
Derrière la polémique, un secteur qui a explosé : de moins de 140 000 téléconsultations en 2019 à plus de 11,5 millions en 2023, selon la Cour des comptes. Et d’après le ministère, les plateformes pesaient 40 % des consultations à distance en 2024, contre 6 % en 2021.
Doctolib, Tessan, Livi, MédecinDirect, Medadom ou Qare : les acteurs sont nombreux et les pratiques hétérogènes. Certains, comme Medadom, affirment n’avoir jamais facturé de frais de priorité. Tous devront désormais jouer avec les mêmes règles.
À partir de janvier 2027, l’interdiction sera pleine et entière. D’ici là, si vous croisez encore l’option sur votre écran, vous saurez au moins une chose : le prix affiché n’était pas celui de la médecine, mais celui de l’impatience.
