Le chiffre a circulé vendredi après-midi, d’abord dans les syndicats, puis dans une dépêche de l’AFP. Coty, le groupe américain qui vend les parfums Marc Jacobs et Calvin Klein, les rouges à lèvres Rimmel et Bourjois, prépare un plan social en France qui toucherait 155 postes sur 200. Plus de trois salariés sur quatre. La direction, elle, parle d’une « proposition » : adapter le modèle opérationnel français après un examen de ses activités. Les syndicats, eux, parlent de licenciements.
Le plan de sauvegarde de l’emploi, le PSE, a été présenté mardi matin aux salariés. La présentation n’a duré que quelques minutes, selon les syndicats. La CFDT évoque 152 licenciements sur les 155 postes concernés. Une centaine de salariés travaillent à Paris, dans le marketing, le commerce et la chaîne d’approvisionnement. Une cinquantaine occupent des fonctions commerciales, sur le terrain, auprès des distributeurs.
Qui est concerné par le plan social Coty ?
Pour l’instant, la direction n’a pas détaillé, poste par poste, qui part et qui reste. Ce que l’on sait : les deux divisions sont concernées. D’un côté, la beauté grand public, celle des supermarchés et des parapharmacies, avec Bourjois, Rimmel ou Sally Hansen. De l’autre, le prestige, les parfums et les soins haut de gamme, avec Lancaster, Kylie Cosmetics ou CoverGirl. La réorganisation touche donc les équipes parisiennes dans leur ensemble, du marketing aux commerciaux.
Les salariés attendent désormais la réunion d’information prévue fin novembre. C’est là que la direction doit préciser les mesures d’accompagnement : indemnités, reclassement, aide à la recherche d’emploi. En attendant, les syndicats envisagent un rassemblement devant le siège du groupe, à Paris. La procédure est encadrée : un PSE doit être soumis aux représentants du personnel, puis validé par l’administration du travail, la Dreets. Sans cette validation, le plan ne peut pas s’appliquer.
Des flacons de parfum en rayon. Coty vend en France les parfums Marc Jacobs et Calvin Klein, ainsi que les cosmétiques Rimmel et Bourjois. (Photo d’illustration)
Pourquoi Coty taille dans ses effectifs français
La direction avance une raison simple : simplifier. Dans un message transmis à la presse, Coty dit vouloir « mettre en place une organisation plus simple, plus ciblée et plus durable ». Concrètement, le groupe veut revoir son activité beauté grand public et repenser le fonctionnement de sa division prestige en France. Le projet, précise la société, reste soumis au droit du travail français.
L’annonce arrive deux jours après la publication des résultats du groupe. Pour son premier trimestre fiscal 2026-2027, clos fin septembre, Coty a fait mieux que ce que prévoyaient les analystes. Le paradoxe n’est qu’apparent : le groupe mène depuis avril 2025 une restructuration mondiale, baptisée « All-in to Win », qui prévoyait déjà la suppression de 700 postes dans le monde. La France n’avait pas encore été touchée. Elle l’est maintenant, et à une échelle bien plus lourde, rapportée à ses effectifs.
« C’est très violent. » La réaction d’un syndicaliste, citée par l’AFP, après la présentation du plan aux salariés mardi matin.
Une semaine noire pour l’emploi en France
Coty n’est pas un cas isolé. La même semaine, Meta, la maison mère de Facebook, a proposé à une centaine de ses salariés français, sur environ 300, de quitter l’entreprise volontairement, selon La Lettre, citée par plusieurs médias. Le mécanisme est différent, une rupture conventionnelle collective, avec une indemnité de 2,15 mois de salaire par année d’ancienneté et dix mois de congé de mobilité payé à 80 %. Mais le signal est le même : les grandes entreprises étrangères réduisent leurs équipes en France, et elles le font au même moment.
Le contexte n’aide pas. Le gouvernement prépare une conférence sociale, lundi 9 novembre à Matignon, sur le pouvoir d’achat et les salaires. Les syndicats y porteront la question de l’emploi, après une journée de mobilisation jeudi qui a réuni entre 575 000 et 1,6 million de personnes selon les sources. Le plan social de Coty tombe donc au milieu d’une semaine où l’emploi est déjà au centre de toutes les discussions.
Un immeuble de bureaux boulevard Haussmann, à Paris, où sont basées une centaine de personnes chez Coty en France. (Photo d’illustration)
Coty, un géant né à Paris il y a plus d’un siècle
L’histoire a son ironie. Coty a été fondé à Paris en 1904. Le groupe, aujourd’hui basé à New York, vend ses produits dans plus de 120 pays. En France, il ne compte plus qu’environ 200 salariés. Si le plan se confirme, il n’en restera qu’une quarantaine. Le groupe a changé de patron en décembre 2025, avec le départ de Sue Nabi et l’arrivée de Markus Strobel comme président exécutif et directeur général par intérim. La restructuration française est la première décision d’ampleur de cette nouvelle direction.
La suite se jouera fin novembre, à la réunion d’information. Les salariés y apprendront les conditions exactes du plan. D’ici là, une question reste ouverte : combien, parmi les 155 postes visés, partiront vraiment, et avec quelles indemnités. La réponse dépendra des négociations qui s’ouvrent.
