Ce vendredi 9 octobre, le gouvernement a rendu publique la première synthèse de la plateforme de concertation ouverte aux lycéens. Les résultats de la consultation des lycéens sont sans appel : en trois jours, du 6 au 8 octobre, 60 277 contributions ont été analysées, et le total dépasse désormais les 67 000. Un chiffre supérieur au nombre de lycéens mobilisés dans la rue depuis trois semaines, évalué à 50 000 par la même source gouvernementale.

La surprise vient du contenu. Parcoursup et l’interdiction des téléphones portables, pourtant présentés comme les déclencheurs de la colère, n’apparaissent pas au cœur des demandes. Ce qui arrive en tête, cité dans 70 % des contributions : les emplois du temps. Journées de 8 heures à 18 heures, horaires troués, débuts très matinaux, volume de devoirs jugé excessif, pauses déjeuner trop courtes et files d’attente à la cantine : la liste est longue et détaillée.

Un cortège de lycéens dans les rues lors d’une manifestation Plus de 67 000 contributions en trois jours : la consultation des lycéens a dépassé le nombre d’élèves mobilisés dans la rue.

Ce que ça change pour vous

Pour les parents, cette synthèse est le meilleur indicateur de ce que l’école de votre enfant pourrait devenir. Le Premier ministre s’est engagé à présenter « les premières décisions » à la fin du mois d’octobre, financées par 1,2 milliard d’euros de crédits supplémentaires pour l’Éducation nationale.

Concrètement, votre enfant ne verra pas son emploi du temps changer lundi. Mais la consultation, ouverte jusqu’au 23 octobre, continue : chaque lycéen peut y répondre anonymement, sans inscription. Le ministère promet que chaque réponse sera lue et publiée.

Mardi 13 octobre, une nouvelle journée de mobilisation est annoncée, avec des perturbations possibles dans les lycées. La mobilisation baisse : 141 établissements restaient fermés ce vendredi, contre des centaines en début de semaine.

Le déroulé de la crise, acte par acte

Tout a commencé à la mi-septembre, avec des blocages partis de Créteil avant de faire tache d’huile dans tout le pays. Les pancartes « Stop Parcoursup » et « Parcoursupplice » fleurissaient dans les cortèges, et le mouvement lycéen cristallisait la colère autour de la plateforme d’orientation.

Mardi 6 octobre, l’« acte III » a rassemblé entre 266 000 et 450 000 personnes dans toute la France selon les comptages, soit bien plus que la journée de jeudi 8 octobre : 71 500 manifestants, dont 24 500 à Paris, d’après le ministère de l’Intérieur.

Mercredi soir, Sébastien Lecornu s’est adressé aux Français depuis Matignon : pas de mesures concrètes, mais une promesse de « premières décisions » fin octobre, après dépouillement de la consultation. « La colère des lycéens ne vient pas de nulle part », a-t-il dit.

« Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’expriment les lycéens. »

— Sébastien Lecornu, allocution télévisée du 7 octobre

Jeudi soir, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a annoncé au 20 Heures de TF1 le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans les 114 lycées classés « rouges » et les 400 classés « oranges ».

Ce vendredi, deux événements ont marqué la journée : la publication de la synthèse des contributions, et la « nette décélération » du mouvement constatée par l’exécutif. Selon une carte consultée par Le Monde, les 141 lycées fermés ce vendredi se concentrent dans le Nord, le Grand Ouest, la Seine-Saint-Denis et la banlieue lyonnaise.

Une salle de classe de lycée, entre les heures de cours Les journées de 8 heures à 18 heures arrivent en tête des critiques : 70 % des contributions dénoncent l’organisation du temps scolaire.

Pourquoi les lycéens parlent-ils d’emplois du temps plutôt que de Parcoursup ?

C’est la question que la synthèse a imposée. Les lycéens vivent leurs journées, pas les algorithmes : une journée qui commence à 8 heures et finit à 18 heures, avec des heures de « trous » entre deux cours, laisse peu de place au sommeil, aux devoirs et à la vie en dehors du lycée.

Le bâti arrive en deuxième position, avec 48,3 % des contributions : vétusté, manque d’isolation, chaleur excessive en été, chauffage insuffisant en hiver, toilettes hors service. Suivent la pédagogie (15,9 %), la santé mentale (12,1 %), la restauration scolaire (11,7 %) et la démocratie lycéenne (9,2 %). L’orientation ne concerne que 4,4 % des réponses.

Qui paiera les 30 millions de dégâts ?

Le ministère de l’Éducation évalue le coût des dégâts à « au moins 30 millions d’euros », après addition des chiffres remontés par les régions. Ce total n’est pas un chiffre rond lancé au hasard : l’Île-de-France chiffrait déjà 7 millions, Auvergne-Rhône-Alpes entre 25 et 30 millions, les Pays de la Loire plus de 3 millions.

À ce coût s’ajoute une autre facture, invisible : des millions d’heures de cours perdues, qui pourraient entraîner le décrochage de 10 000 à 20 000 élèves, selon la même source gouvernementale. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé aux procureurs d’engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts provoqués par leurs enfants, pour leur faire « payer les réparations ».

La mobilisation de mardi 13 octobre est-elle maintenue ?

Oui. Malgré la décélération et les 3 000 remplaçants promis, les organisations lycéennes et étudiantes appellent à un nouvel « acte » mardi 13 octobre. L’Union étudiante prévient que la mobilisation continuera « tant qu’on n’aura pas 10 milliards sur la table ». L’exécutif, lui, parie sur l’essoufflement et prépare ses annonces pour la fin du mois, au moment de l’examen du budget de l’Éducation nationale à l’Assemblée nationale, prévu le 12 novembre.

La cour d’un lycée, entre deux sonneries Le bâti scolaire, cité dans 48,3 % des contributions : vétusté, isolation et toilettes hors service reviennent dans les réponses.

Reste une question que la synthèse ne tranche pas : que fera le gouvernement des réponses qui ne coûtent rien ? Alléger un emploi du temps, réorganiser les pauses, réparer des toilettes : tout n’est pas une question de milliards. Les lycéens ont parlé. La fin du mois dira s’ils ont été entendus.