Mardi soir, au moment de dévoiler ses résultats du troisième trimestre, Carrefour a glissé une mauvaise nouvelle aux investisseurs : ses objectifs financiers 2026 sont revus à la baisse. La raison invoquée tient en une phrase, que le groupe a répétée dans son communiqué : la « dégradation de la situation sociale et sécuritaire » en France.
Mercredi, la Bourse a réagi brutalement. Vers 10 heures, l’action dégringolait de 13,65 %, à 14,08 euros, signant la pire performance du CAC 40. En une séance, le titre a effacé tous les gains engrangés depuis le début de l’année. Le courtier Morgan Stanley a enfoncé le clou en abaissant sa recommandation sur la valeur, passée de « surpondérer » à « pondération en ligne », faute de visibilité sur le résultat en France.
Ce que ça change pour vous, clients de Carrefour
Pour les clients, la conséquence la plus directe se joue sur le terrain, pas à la Bourse :
- Des magasins qui ferment plus tôt. Dans les zones où des couvre-feux localisés ont été instaurés lundi, certains magasins doivent fermer plus tôt et enregistrent une baisse de fréquentation. Le groupe l’a confirmé : « dans les semaines qui viennent, on va continuer à être impacté par des fermetures liées à des décisions de couvre-feu », a expliqué son directeur financier, Matthieu Malige.
- Des équipes sous pression. Le groupe dit avoir placé ses équipes et ses partenaires dans des « situations particulièrement difficiles » le week-end dernier, entre sécurité renforcée et remise en état des locaux.
- Une grande incertitude sur la consommation. « On pense qu’il y a une nouvelle conjoncture qui est faite de très fortes incertitudes pour nos consommateurs », a ajouté le directeur financier. Traduction : Carrefour s’attend à une clientèle plus prudente dans les semaines à venir.
Dans les rayons des hypermarchés Carrefour : le groupe dit avoir subi marchandises volées ou détruites, dégâts sur les locaux et les équipements le week-end dernier.
Pourquoi Carrefour revoit ses objectifs à la baisse
Le week-end des 17 et 18 octobre, des violences et des pillages ont éclaté en marge de mobilisations mêlant revendications de lycéens et mécontentement face au coût de la vie, dans plusieurs villes françaises. Selon le groupe, un « nombre important » de ses magasins a été touché, et l’agence AFP évoque une cinquantaine d’établissements concernés.
Carrefour chiffre l’addition : l’impact sur son résultat opérationnel courant pourrait se situer entre 80 et 200 millions d’euros. Les coûts directs des derniers jours représenteraient à eux seuls « plusieurs dizaines de millions d’euros », a précisé Matthieu Malige : marchandise volée ou détruite, dégâts sur les locaux et les équipements, dépenses de remise en état et de sécurité. « On a maintenant de la marchandise volée, détruite, des dégâts sur les locaux, des dégâts sur les équipements, des dépenses supplémentaires de remise en état, de sécurité, et puis après il y a des magasins où on a été obligé de fermer », a-t-il détaillé.
« Depuis samedi, la France a basculé dans un climat de forte incertitude. Nous actons cette nouvelle réalité. » — Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, dans Les Échos
Le groupe, qui réalise la moitié de son chiffre d’affaires en France, revoit donc sa copie : l’amélioration de son résultat opérationnel courant se situera désormais entre 0 et 130 millions d’euros à fin 2026. « L’ampleur de l’impact est extrêmement difficile à évaluer à ce stade », tempèrent les analystes de Jefferies.
Le calendrier des faits
- 17 et 18 octobre : violences et pillages en marge de manifestations dans plusieurs villes françaises ; une cinquantaine de magasins Carrefour touchés.
- Lundi 19 octobre : le gouvernement instaure des couvre-feux localisés et partiels dans certaines zones urbaines.
- Mardi 20 octobre, en soirée : Carrefour publie ses résultats du troisième trimestre et abaisse ses objectifs financiers 2026.
- Mercredi 21 octobre : l’action chute de plus de 10 % dès l’ouverture, puis de 13,65 % vers 10 heures, à 14,08 euros.
Pourquoi le titre a-t-il perdu plus de 13 % ?
La Bourse de Paris, mercredi : l’action Carrefour a effacé en une séance tous ses gains de l’année.
Parce que la baisse des objectifs est venue ternir de bons résultats trimestriels. Malgré un troisième trimestre solide, les investisseurs n’ont retenu que la prudence du groupe pour 2026. La dégradation de la recommandation de Morgan Stanley a amplifié le mouvement. Et la fourchette très large de l’impact estimé, entre 80 et 200 millions d’euros, dit tout de l’incertitude qui plane encore sur les semaines à venir.
Et le troisième trimestre dans tout ça ?
Les Échos le soulignent : le troisième trimestre était bon. C’est la conjoncture, pas l’activité commerciale, qui a fait plier le groupe. Mais avec la moitié de son chiffre d’affaires réalisé en France, Carrefour n’avait guère d’autre choix que d’ajuster ses prévisions face à ce que son PDG appelle une « nouvelle réalité ». Les prochaines semaines diront si la facture reste cantonnée au bas de la fourchette, ou si elle grimpe vers les 200 millions d’euros.
