Le courriel est arrivé jeudi 1er octobre au soir, le jour même de la présentation du projet de loi de finances pour 2027. « Si cette augmentation de TVA, assise sur le prix hors taxes de l’abonnement et prélevée pour le compte de l’État, venait à se confirmer, nous serions contraints de la répercuter sur le prix final de votre abonnement », écrit Canal+ à ses clients, selon l’AFP. En clair : l’augmentation des abonnements Canal+ liée à la TVA n’est plus une hypothèse lointaine. Si le Parlement valide la mesure, elle atterrira sur votre facture.

La chaîne ne cache pas sa colère. « Nous regrettons profondément cette décision dommageable du gouvernement qui s’imposerait à nous », ajoute le courriel. Et pour ne laisser aucun doute sur ses intentions, Canal+ a modifié ses conditions générales d’abonnement : une éventuelle hausse de TVA « se répercutera sur la facture de l’abonné et entraînera donc une hausse du prix TTC ». Une nuance rassurante figure quand même dans ces nouvelles conditions : « L’abonné disposera toutefois dans ce cas d’une faculté de résiliation de son abonnement. »

Combien va augmenter votre abonnement Canal+ avec la TVA ?

La première question est la plus évidente : combien vais-je payer en plus ? Selon Les Échos, sur une offre facturée autour de 29 euros par mois, la répercussion serait d’un peu moins de 3 euros. Ce n’est pas une promesse de la chaîne, c’est une estimation rapportée par le quotidien économique. Un peu moins de 3 euros par mois, cela fait tout de même une trentaine d’euros par an.

Deuxième question : suis-je concerné tout de suite ? Pas forcément. Une grande partie du parc d’abonnés est engagée pour un ou deux ans, et les hausses toucheraient en premier lieu les nouveaux clients, d’après Les Échos. Mais pour ceux qui arrivent au terme de leur engagement, ou qui souscrivent une offre sans engagement, la facture grimpera si le budget est adopté.

Un abonné devant son téléviseur affichant l’interface Canal+ La hausse toucherait d’abord les nouveaux abonnés et les clients arrivant au terme de leur engagement d’un ou deux ans.

Troisième point, important pour les territoires d’outre-mer : la mesure y est encore plus dure. La TVA y serait quadruplée, et non simplement doublée, a précisé le groupe dans son communiqué du 1er octobre.

Pourquoi Canal+ paie moins de TVA que Netflix

Aujourd’hui, le régime est à deux vitesses. Les abonnements aux télévisions payantes classiques, celles qui diffusent en direct, bénéficient d’un taux réduit de TVA de 10 %. Les plateformes construites sur le modèle des programmes à la demande, comme Netflix, sont taxées à 20 %. Canal+ joue sur les deux tableaux : le taux réduit de 10 % s’applique à l’essentiel de ses activités, et le groupe serait le principal exploitant touché par la mesure.

Le projet de budget veut mettre fin à cette différence de traitement. Le texte prévoit de « simplifier le régime de TVA applicable » aux télévisions payantes en supprimant le taux réduit, pour passer uniformément au taux normal de 20 %. Bercy justifie ce changement par une distinction entre télévision en flux et contenus à la demande « de plus en plus artificielle », rapporte Les Échos. Le ministère des Finances ajoute qu’un taux réduit sur ce type de service est « très peu répandu en Europe ».

L’ironie n’échappe à personne chez Canal+ : dans un communiqué publié le 1er octobre, le groupe dénonce une mesure « incohérente et inconséquente », survenant « moins d’un an après la confirmation de son taux de TVA de 10 % par l’administration fiscale française ». Sur ce sujet, les deux camps ont une longue histoire : un litige fiscal sur cette même question s’était soldé en 2025 par le versement de 363 millions d’euros par la chaîne, rappelle l’AFP.

200 millions d’euros en jeu, le cinéma et le sport sur les nerfs

Le chiffre avancé par Canal+ est massif : le doublement de la TVA lui coûterait « 200 millions d’euros par an », avec un impact « certain » sur le tarif des abonnements, les effectifs et les contributions au cinéma et au sport français. Le groupe précise que le gain pour l’État représenterait moins du quart de cette somme.

L’enseigne Canal+ sur le siège de la chaîne Le groupe chiffre le manque à gagner à 200 millions d’euros par an et menace de réduire ses investissements en France.

La menace est explicite : si la hausse est entérinée par le Parlement, Canal+ « en tirera les conséquences et accélérera sa stratégie de déploiement à l’international ». Au-delà des tarifs, deux leviers de riposte sont déjà sur la table. Côté cinéma, le groupe menace de réduire ses investissements via une clause de suspension en cas de hausse de TVA, alors qu’il vient de renouveler son accord avec la filière. Côté emploi, Les Échos évoquent un plan de licenciements « qui pourrait être massif » si la mesure entrait en vigueur en 2027.

« Si cette augmentation de TVA venait à se confirmer, nous serions contraints de la répercuter sur le prix final de votre abonnement. » — Canal+, courriel du 1er octobre à ses abonnés

Les industries du cinéma et du rugby ont déjà réagi. Les représentants du cinéma français ont écrit au président de la République pour alerter sur des effets « dramatiques » pour l’équilibre économique de la filière. Canal+, premier financeur du cinéma français, est au centre de cette mécanique de financement.

Que faire si vous êtes abonné

  • Vérifiez votre type d’offre : les formules autour du direct sont les plus exposées, les bundles avec des plateformes déjà à 20 % le sont moins.
  • Regardez votre date d’engagement : si votre contrat court encore un ou deux ans, la hausse ne vous touchera pas immédiatement.
  • Sachez que la résiliation reste possible : les nouvelles conditions générales de Canal+ ouvrent une faculté de résiliation en cas de hausse liée à la TVA.
  • Attendez le vote du Parlement : la mesure figure dans le projet de loi de finances présenté le 1er octobre, elle doit encore être entérinée.

La bataille parlementaire s’annonce rude. Le gouvernement doit faire adopter son budget dans un contexte de dette record et de taux au plus haut depuis 2008. Canal+, de son côté, dit vouloir défendre « ses abonnés, ses collaborateurs, ses partenaires et l’exception culturelle française ». Les abonnés, eux, n’ont qu’une chose à faire pour l’instant : surveiller leur boîte mail.