La soirée de jeudi a été longue à l’Assemblée nationale, et le gouvernement s’en souviendra. Alors que les députés examinent la première partie du budget 2027, celle des recettes de l’État, une série d’amendements a profondément remanié le texte : les heures supplémentaires défiscalisées doublent, l’abattement des retraités survit, et plusieurs coups de pouce au pouvoir d’achat ont été adoptés. Tour d’horizon de ce qui a été voté, et de ce que ça change pour vous.

Ce que ça change pour vous

  • Vous faites des heures supplémentaires : jusqu’à 15 000 euros par an de rémunération exonérée d’impôt sur le revenu, contre 7 500 euros aujourd’hui.
  • Vous êtes retraité : l’abattement de 10 % sur vos pensions est maintenu à son plafond actuel, le gouvernement voulait le raboter à 3 000 euros.
  • Vous voulez aider vos enfants : vous pourrez leur donner jusqu’à 100 000 euros sans impôt, contre 31 865 euros dans le droit actuel.
  • Votre employeur vous verse une prime carburant : le plafond d’exonération reste à 1 000 euros l’an prochain au lieu de retomber à 600 euros.

Heures supplémentaires : qui profitera des 15 000 € défiscalisés ?

C’est la mesure la plus concrète pour les salariés. En commission des finances, les députés avaient carrément supprimé le plafond annuel de 7 500 euros au-delà duquel les heures supplémentaires et complémentaires redeviennent imposables. En séance publique, ils ont préféré le doubler : 15 000 euros par an. Autre avancée votée dans la foulée : les heures supplémentaires défiscalisées seront exclues du calcul du revenu fiscal de référence, dans une limite fixée par décret. Les députés l’ont justifié simplement : sans cette exclusion, travailler plus reviendrait à payer plus, puisque le revenu fiscal de référence conditionne l’accès à de nombreuses aides et prestations.

« Travailler plus revient à payer plus. » — les députés, en séance, selon Le Figaro

Un salarié en heures supplémentaires dans un atelier français Le plafond des heures supplémentaires exonérées d’impôt double : 15 000 euros par an au lieu de 7 500.

Retraités : l’abattement de 10 % est-il vraiment sauvé ?

Le gouvernement a essuyé jeudi son revers le plus net. Son projet prévoyait de maintenir l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite, mais d’abaisser son plafond d’environ 4 400 à 3 000 euros. La mesure devait rapporter 1,4 milliard d’euros aux caisses de l’État. Les groupes de droite comme de gauche ont déposé des amendements de suppression, et le texte a été sèchement rejeté : seuls 30 députés ont voté pour, essentiellement des élus Renaissance et MoDem. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a relativisé, estimant que les partis étaient encore en train de « se tester » et qu’un compromis restait possible « en décembre », au terme du marathon parlementaire entre l’Assemblée et le Sénat.

Dons familiaux, prime carburant, barème kilométrique : les autres coups de pouce

Les députés ont aussi porté à 100 000 euros le plafond temporaire d’exonération des dons familiaux de sommes d’argent, aujourd’hui fixé à 31 865 euros : de quoi transmettre davantage à ses enfants ou petits-enfants sans passer par la case impôt. La prime carburant versée par l’employeur garde son plafond d’exonération à 1 000 euros pour l’an prochain, alors qu’il devait retomber à 600 euros au 1er janvier 2027. Les élus ont également proposé de revaloriser de 10 % le barème kilométrique pour l’imposition des revenus de 2026, en invoquant une hausse d’environ 30 % des prix à la pompe. Enfin, la gauche a fait adopter la suppression de la fiscalisation de certaines indemnités, dont les indemnités journalières des victimes d’accident du travail et de maladie professionnelle. Sur les ruptures de contrat de travail, la droite a obtenu le maintien du régime fiscal des licenciements subis, en distinguant la « rupture choisie » de la « rupture subie ».

Des billets en euros, symbole du pouvoir d’achat des ménages Dons familiaux, prime carburant, barème kilométrique : les députés ont multiplié les coups de pouce au pouvoir d’achat.

Rien n’est encore définitif

Un point d’honnêteté s’impose : aucun de ces votes n’est gravé dans le marbre. Jeudi soir, il restait plus de 3 000 amendements à examiner sur la seule première partie du budget, et le vote solennel sur les recettes, prévu mardi, semble déjà compromis par le rythme des débats. Le texte partira ensuite au Sénat, puis reviendra à l’Assemblée dans une navette qui durera jusqu’en décembre. Chaque mesure votée cette semaine peut encore être modifiée, voire abandonnée. Mais la direction est claire : sur le pouvoir d’achat, les députés ont choisi de desserrer l’étau plutôt que de le resserrer.

Le gouvernement voulait 54 milliards d’euros d’efforts ; les députés, eux, distribuent des coups de pouce. Entre les deux, il reste deux mois de négociations. Les 15 000 euros d’heures sup et les 100 000 euros de dons familiaux ne sont pour l’instant que des votes d’étape, mais ils dessinent déjà le budget que les Français connaîtront en 2027.