Présenté en conseil des ministres ce jeudi 1er octobre, le projet de loi de finances pour 2027 instaure des droits d’inscription dans deux filières du supérieur restées jusqu’ici gratuites : 178 euros par an en BTS, 270 euros en classe préparatoire aux grandes écoles. La mesure ne s’appliquera qu’aux étudiants non boursiers.
Le timing a tout d’un coup de poing. Ce même jeudi, plus d’un millier d’établissements scolaires et universitaires étaient perturbés par le mouvement lycéen, et Sébastien Lecornu réunissait une cellule de crise à Matignon. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, n’a pas tardé : le Premier ministre se conduirait en « pyromane », a-t-elle lâché. « Alors que nos lycées sont en feu au sens propre comme figuré malheureusement, le budget contient une provocation supplémentaire en installant des frais d’inscription pour les BTS et les étudiants en classe prépa. »
Ce que ça change pour vous : qui paiera les frais d’inscription en BTS en 2027 ?
D’abord, qui est épargné. Selon les détails relayés par Le Monde et Le Figaro, seront exonérés les boursiers, les pupilles de la Nation et de la République, les réfugiés et les demandeurs d’asile. Pour tous les autres, la facture est annuelle et non modulée selon les ressources : 178 euros en section de technicien supérieur, 270 euros en prépa.
Le ministère tente de relativiser en rappelant que 25 % des élèves de classes préparatoires sont boursiers, et 53 % en BTS. Mais pour un élève de prépa non boursier, l’addition est déjà salée avant même cette mesure : inscription parallèle obligatoire à l’université, facturée environ 178 euros pour l’année 2026-2027, plus la contribution vie étudiante et de campus (CVEC) de 105 euros. Soit déjà près de 285 euros par an. Avec les 270 euros supplémentaires, la note annuelle pourrait grimper autour de 555 euros.
Le gouvernement assume : ces filières coûtent plus cher à l’État que la moyenne de l’enseignement supérieur. Selon les chiffres cités par Le Journal des Français, un élève de classe préparatoire coûte 19 000 euros par an à la collectivité, contre 17 000 euros en BTS et 12 500 euros à l’université. La mesure rapporterait 33 millions d’euros de crédits au budget de l’Éducation nationale, d’après Le Figaro.
Des étudiants sur un campus : la mesure ne s’appliquera qu’aux non-boursiers, mais sans modulation selon les ressources.
Pourquoi le gouvernement met fin à la gratuité des BTS et des prépas
L’argument officiel tient en un mot : « singularité ». La « gratuité actuelle de ces formations constitue une singularité au sein de l’enseignement supérieur », justifie le gouvernement, repris par le Huffington Post. Là où un étudiant de licence paie chaque année ses droits d’inscription, le futur technicien supérieur ou taupin étudiait jusqu’ici gratuitement, en tout cas pour la part d’inscription propre à sa filière.
« La “gratuité” actuelle de ces formations constitue une singularité au sein de l’enseignement supérieur. »
Le montant ne restera pas figé. Le projet de loi prévoit une revalorisation chaque année pour suivre l’inflation, ce qui veut dire que les 178 et 270 euros d’aujourd’hui seront une base, pas un plafond.
Une mesure votée ? Pas encore : la balle passe au Parlement
Rappel utile avant de paniquer : un projet de loi de finances n’est pas une loi. Le texte sera déposé à l’Assemblée nationale le 6 octobre et l’examen parlementaire durera 70 jours, jusqu’au 26 novembre pour le budget. Tout peut encore changer : amendements, suppressions, revalorisations.
Le ministère lui-même laisse la porte ouverte. « Ce projet de budget sera soumis au débat parlementaire et nous accueillerons l’ensemble des amendements sur cette mesure », a-t-il indiqué, selon Le Figaro. Du côté politique, Jean-Luc Mélenchon a réagi sur X, accusant le gouvernement de choisir « le moment de la mobilisation des jeunes des lycées et des universités pour aggraver l’injustice sociale dans les études ».
En 2024, 217 000 étudiants suivaient un BTS et 87 000 une classe préparatoire, selon les chiffres cités par la presse.
Votre situation en 4 vérifications
- Vous êtes en BTS ou prévoyez de vous y inscrire en 2027 ? Comptez 178 euros annuels si vous n’êtes pas boursier.
- Vous êtes en classe préparatoire ? Comptez 270 euros, en plus de l’inscription universitaire obligatoire et de la CVEC.
- Vous êtes boursier, pupille de la Nation, réfugié ou demandeur d’asile ? Vous serez exonéré.
- Vous entrez dans ces filières cette année ? Rien ne change pour vous : la mesure ne s’appliquerait qu’à partir de la rentrée 2027, si le Parlement la vote.
Reste une question que ni Bercy ni Matignon n’ont encore tranchée publiquement : comment ces droits seront perçus concrètement, et par quel organisme. Sur ce point, le débat parlementaire devrait apporter des réponses. Entre les lycées qui bloquent et le Parlement qui s’apprête à examiner le texte, ce sujet n’a pas fini de faire du bruit.
