Ce mercredi 7 octobre, devant la commission des Affaires sociales, Sandrine Runel (PS) et Yannick Neuder (LR) ont rendu les conclusions de leur mission d’information, lancée en février, sur les canettes caféinées et les cocktails prêts à boire vendus aux jeunes. L’interdiction des boissons énergisantes pour les moins de 16 ans figure au premier rang de leurs six recommandations : une vente bannie aux mineurs, dans les commerces comme dans les distributeurs automatiques.

Boissons énergisantes : que propose exactement le rapport rendu ce 7 octobre ?

La caféine de ces boissons « présente davantage de risques » pour les enfants et les adolescents, écrivent les deux rapporteurs, ce qui rend « nécessaire » une interdiction de vente aux moins de 16 ans. Les distributeurs automatiques seraient concernés eux aussi : ces canettes y seraient retirées, l’âge des acheteurs étant impossible à vérifier.

Les chiffres donnent le tournis : le chiffre d’affaires du secteur est passé de 184 millions d’euros en 2016 à 781 millions d’euros en 2025, avec une croissance de près de 15 % en volume sur la seule dernière année, sur un marché « en expansion depuis l’autorisation de leur commercialisation intervenue en 2008 ». Red Bull reste la référence la plus vendue en canettes, devant Monster puis Crazy Tiger. Et les nouveaux entrants inquiètent : Ciao Energy, lancée en juin dernier par les influenceurs Squeezie, Inoxtag et Lena Situations, a « suscité des réserves de professionnels de santé face à une promotion tournée vers un public jeune ».

Rayons de boissons énergisantes dans un supermarché Dans les rayons des supermarchés, les canettes de Red Bull, Monster ou Rockstar visent un public de plus en plus jeune.

Yannick Neuder, cardiologue hospitalier, a pointé « une croissance importante, avec une forte innovation sur les formats, les goûts, les produits sans sucre… », et ajouté : « le marketing est sans limite pour taper l’imaginaire des jeunes ». Le rapport précise que ces produits « ne posent pas de risque sanitaire en population générale » en quantité « raisonnable », même si la consommation reste globalement « excessive ».

Ce que ça change pour vous, parents d’ados

Rien, pour l’instant. Le rapport n’est qu’un ensemble de recommandations : aucune interdiction n’est entrée en vigueur, et il faudra un texte de loi voté par le Parlement pour que quoi que ce soit change dans les magasins.

Si la recommandation devenait loi, voilà ce qui changerait concrètement :

  • Les commerces devraient refuser la vente de canettes aux clients de moins de 16 ans, comme pour le tabac ou l’alcool ;
  • Les distributeurs automatiques des gares, écoles et lieux publics ne proposeraient plus ces boissons, l’âge y étant invérifiable ;
  • Les ados de 16 ans et plus resteraient libres d’acheter ces produits, dans les limites actuelles.

« L’idée est de faire de la pédagogie pour expliquer aux jeunes qu’ils n’ont pas besoin de ces boissons sucrées pour se maintenir en forme et lutter contre la fatigue », a résumé Sandrine Runel auprès de l’AFP. La démarche se veut donc autant éducative que répressive.

« L’idée est de faire de la pédagogie pour expliquer aux jeunes qu’ils n’ont pas besoin de ces boissons sucrées pour se maintenir en forme et lutter contre la fatigue. »

— Sandrine Runel, rapporteure (PS), citée par l’AFP, 7 octobre 2026

Mon ado boit des canettes : quels risques concrets pour sa santé ?

Le rapport est formel : chez les enfants et les adolescents, la consommation de ces boissons « peut bel et bien engendrer des effets nocifs », surtout des troubles cardiovasculaires ou psychologiques liés à un excès de caféine, parfois mélangée à de l’alcool. Le cardiologue François Carré ajoute que ces boissons perturbent le sommeil des jeunes, et estime que les parents devraient montrer l’exemple.

Canettes de boissons énergisantes Monster en rayon Monster, Red Bull, Rockstar : les marques historiques dominent un marché qui a quadruplé en dix ans.

Le rapport ne s’arrête pas aux canettes : les prémix aussi visés

La mission s’est aussi penchée sur les cocktails prêts à boire, ces canettes qui associent par exemple vodka, café et taurine : vendus à bas prix avec un marketing agressif, ils peuvent à eux seuls atteindre les doses quotidiennes recommandées. Les élus veulent étendre la taxe « prémix » à toutes les boissons alcoolisées dépassant 12 degrés, porter à 50 000 euros les amendes pour vente d’alcool à des mineurs et autoriser les contrôles d’identité dans les commerces.

La balle est dans le camp du Parlement. Si une loi reprend ces recommandations, la France rejoindra une tendance déjà engagée ailleurs : l’Angleterre a annoncé la même interdiction pour les moins de 16 ans, et le Valais suisse vient de voter une mesure similaire.