Ce vendredi 2 octobre, la question se pose dans des milliers de foyers : les lycées fermés jeudi rouvriront-ils leurs portes ? La réponse est non, dans des centaines de cas. Au lendemain d’une journée de violences que Matignon qualifie de « violences urbaines », plus de 400 lycées resteront fermés, les cours basculeront à distance et les rassemblements aux abords seront interdits. Édouard Geffray reçoit dans la journée les associations lycéennes, les parents d’élèves et les syndicats pour tenter d’apaiser le mouvement.
Le bilan de jeudi donne la mesure de l’escalade. Selon le ministère de l’Intérieur, 1 949 personnes ont été interpellées, pour la plupart pour « atteinte aux personnes dépositaires de l’autorité publique, violences et attroupements ». On compte 305 policiers, gendarmes et pompiers blessés. Le ministre de l’Éducation nationale a parlé de son côté de 40 proviseurs blessés, d’une centaine d’établissements « sévèrement dégradés » et de 235 blessés côté Éducation nationale.
Ce que ça change pour vous, ce vendredi
Si votre enfant est scolarisé dans un établissement fermé, la journée ne se passera pas comme prévu. Les lycées concernés basculent en distanciel : vérifiez dès ce matin les messages de l’établissement, l’ENT ou les mails du proviseur, car les situations varient d’un lycée à l’autre. Certaines fermetures ne sont annoncées que quelques heures à l’avance.
Ne vous déplacez pas avec votre enfant jusqu’au lycée pour « voir ». Les préfets ont pris jeudi soir des arrêtés interdisant tout rassemblement aux abords des lycées fermés. À Paris, le préfet de police vise les abords de 13 lycées. En Loire, huit lycées passeront en distanciel avec interdiction de se rassembler à proximité. Au total, 37 établissements fermeront dans le Nord-Pas-de-Calais, 37 en Seine-Maritime et dans l’Eure, 29 lycées publics en Isère, 18 en Haute-Garonne et 2 à La Rochelle.
Des manifestants rassemblés lors d’une mobilisation pour l’école publique.
Le déroulé du jeudi noir, heure par heure
Le mouvement, parti le 21 septembre de l’académie de Créteil, est entré jeudi dans sa phase la plus violente. Dès le matin, les étudiants ont rejoint les lycéens : une quarantaine de sites universitaires ont connu « quelques blocages, quelques dégradations », et des collégiens ont emboîté le pas.
Dans la journée, les incidents se sont multipliés : hall du lycée Nelson-Mandela incendié à Nantes, proviseur du lycée Victor-Hugo éclaboussé à Marseille, camion de marins-pompiers pillé puis incendié près du lycée Saint-Exupéry. À Toulouse, Strasbourg, Lyon, Nice et Rennes : feux de poubelles, jets de projectiles, tirs de mortiers.
En soirée, Laurent Nuñez a réuni préfets et chefs de la police et de la gendarmerie. Le Premier ministre a demandé à ses ministres de renoncer à leurs déplacements, et Gérald Darmanin a reçu les 36 procureurs généraux pour « demander une grande fermeté dans la réponse pénale ».
Mon lycée est-il fermé ce vendredi 2 octobre ?
Il n’existe pas de liste nationale unique : les fermetures sont décidées académie par académie, parfois établissement par établissement. La règle d’or reste la même : consultez les communications officielles de l’établissement (ENT, SMS, mail du proviseur) avant de faire partir votre enfant. À Toulouse, les lycées Bellevue, Arènes, Hélène Boucher, Berthelot, Raymond Naves et Gallieni suspendent leurs cours.
Puis-je manifester devant le lycée de mon enfant ?
Non, si le lycée fait partie des établissements fermés. Les arrêtés préfectoraux interdisent les rassemblements aux abords. Le ministre de l’Intérieur a demandé aux préfets de mobiliser « les unités de force mobile nécessaires au rétablissement de l’ordre ».
Que faire si les cours de mon enfant passent à distance ?
- Consultez l’ENT et les mails de l’établissement : liens de connexion et horaires sont communiqués par les enseignants.
- Prévoyez un espace de travail à la maison : la continuité pédagogique vaut pour la journée du vendredi, et certains lycées du Nord envisagent le distanciel pour toute la semaine prochaine.
- Gardez votre enfant à domicile si l’établissement l’a demandé : quatre lycées de la Loire ont demandé aux parents de garder leurs enfants « pour l’ensemble de la journée afin qu’ils soient en sécurité ».
- Signalez toute absence comme d’habitude : le distanciel n’est pas un jour de congé.
Pourquoi le gouvernement a-t-il retiré les frais en BTS et en prépa ?
C’est le premier recul concret de l’exécutif. Jeudi soir, sur France 2, Édouard Geffray a annoncé le retrait du projet d’instaurer des droits d’inscription pour les étudiants non boursiers en BTS et en classes préparatoires, une mesure inscrite au budget 2027 présenté le matin même. Les montants prévus s’élevaient à 178 euros en BTS et 270 euros en classe préparatoire. Le retrait prendra la forme d’une initiative du gouvernement au Parlement.
« On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui n’investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs. »
— Maëlle, 16 ans, lycéenne à Caen, à l’AFP
Que va décider le ministre de l’Éducation ce vendredi ?
Édouard Geffray reçoit les associations lycéennes (dont l’Union syndicale lycéenne, fer de lance de la mobilisation), les associations de parents d’élèves, les organisations syndicales et les élus du Conseil national de la vie lycéenne. Son objectif, affiché sur X : « faire de ces échanges des avancées concrètes au service des élèves, des personnels et de l’École ».
Sur le fond, le ministre décrit un mouvement « légitime au départ » mais désormais « pris en otage par des groupuscules ultra-violents ». Les revendications initiales, elles, n’ont pas changé : remplacement des professeurs absents, rénovation des bâtiments, moyens pour les établissements, critique de Parcoursup.
Des lycéens manifestent en France.
Et maintenant ?
Nouvelle journée de mobilisation prévue le mardi 6 octobre, avec une « très forte mobilisation » attendue selon les autorités. Trois enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN après que des lycéens ont été blessés. Pour les familles, la consigne reste simple : vérifier la situation de l’établissement avant tout déplacement.
