Ce jeudi 15 octobre, la mobilisation lycéenne joue gros. Ce matin, 375 lycées sur 3 700 ont suspendu tout ou partie de leurs cours, selon les autorités citées par l’AFP. Cet après-midi, les trois principales organisations lycéennes seront reçues par le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, et son homologue de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste. Et dans 48 heures, les manifestations du 17 octobre pourraient élargir le mouvement : les lycéens y ont donné rendez-vous aux gilets jaunes, et la CGT vient d’annoncer qu’elle s’y joindra.
Manifestations du 17 octobre : à quoi s’attendre
La date circule sur les réseaux sociaux depuis septembre. Née autour du prix des carburants et du pouvoir d’achat, elle a pris de l’ampleur au fil de la crise lycéenne. La presse locale dénombre déjà 619 points de mobilisation pour samedi, dont 384 manifestations, 70 rassemblements sur des ronds-points et 131 stations-service. Des villes comme Paris, Rennes, Lille, Grenoble, Bordeaux ou Dijon sont concernées.
À Paris, un appel à se rassembler samedi à 14 heures, place de la République, circule parmi les collectifs de gilets jaunes d’Île-de-France, avec une assemblée ouverte prévue dans la foulée. Aucun parcours officiel n’était encore confirmé en début de semaine. Restez prudent sur les trajets : la journée coïncide avec le premier jour des vacances de la Toussaint et avec un préavis de grève des personnels navigants aériens du 17 au 21 octobre, qui pourrait perturber certains vols.
Du côté syndical, la convergence se dessine. La CGT a annoncé soutenir les manifestations du 17 octobre, précisant vouloir « empêcher les tentatives de détournement par l’extrême droite » de la journée. L’USL et l’Union étudiante, elles, ont officiellement appelé leurs troupes à rejoindre les cortèges.
Que va changer la réunion avec les ministres de ce jeudi ?
L’Union syndicale lycéenne, Renouveau Lycéen et Lycéens! attendent du concret. Leur président respectif réclame un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées, la suppression de Parcoursup et des remplacements effectifs des professeurs absents. « Jusqu’ici, on n’a reçu que des miettes », résume Pierre Sourzat, le président de Lycéens!, dans Franceinfo.
Face à eux, Édouard Geffray arrive avec une promesse faite mercredi : un « plan d’urgence » sur les remplacements de professeurs dans « les prochaines heures ou les prochains jours ». Le gouvernement affirme que 2 000 enseignants sur les 3 000 annoncés sont déjà affectés. Sur Parcoursup, Philippe Baptiste doit remettre ses propositions au Premier ministre d’ici la fin du mois d’octobre ; Geffray s’est dit ouvert à des « ajustements, possiblement substantiels » sur BFMTV, tout en écartant une suppression pure et simple.
Ce matin, le ministre de l’Éducation s’est rendu à Bordeaux, dans deux lycées de l’agglomération, à quelques heures de la réunion. Il y a deux jours, il annonçait sur BFMTV et RMC que 96 % des lycées étaient ouverts.
« Tant qu’il n’y a pas de réponse aux revendications, la mobilisation va continuer. »
— Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, à la manifestation parisienne de mardi
Combien de lycées sont bloqués ce jeudi ?
Le ministère ne communique plus le nombre exact d’établissements bloqués, mais les chiffres des autorités citées par l’AFP ce jeudi matin sont parlants : les cours sont suspendus « totalement ou partiellement » dans 375 lycées. Mardi 13 octobre, pour l’acte V de la mobilisation, entre 161 500 personnes (ministère de l’Intérieur) et 480 000 (intersyndicale de la jeunesse) avaient manifesté dans toute la France, dont 41 500 à Paris, 11 000 à Lyon et 3 800 à Marseille selon les autorités.
Le bilan de la crise, lui, s’est alourdi. Mercredi, Sébastien Lecornu détaillait devant le Sénat : 937 policiers et gendarmes blessés depuis le 17 septembre, 248 élèves blessés et 149 personnels de l’Éducation nationale blessés. La Chancellerie recense près de 8 000 gardes à vue depuis le début du mouvement, dont une large majorité de mineurs.
Des lycéens devant un lycée bloqué. Ce jeudi matin, les cours sont suspendus totalement ou partiellement dans 375 établissements.
Pourquoi HEC rejoint la mobilisation
Selon Le Figaro, la rentrée de ce jeudi a réservé une surprise : des étudiants d’HEC Paris ont bloqué l’entrée principale de leur école de commerce, sur le campus de Jouy-en-Josas (Yvelines), dès 7h30. Les organisateurs avaient préparé l’opération dans une boucle WhatsApp intitulée « Blocus à HEC – Soutien aux lycéens », qui comptait déjà plus de 360 membres mercredi soir. Ils y invitaient leurs « collègues » du plateau de Saclay, notamment de CentraleSupélec et d’AgroParisTech, à se joindre au mouvement.
Dans les échanges consultés par le journal, les débats sont vifs : certains veulent profiter du blocus pour dénoncer les frais de scolarité, d’autres rappellent qu’il faut « se concentrer sur le sujet des lycéens, pour éviter de passer pour les riches qui se plaignent de leur école super chère ». Une première pour la plus prestigieuse école de commerce de France, qui n’avait jamais vu ses propres étudiants bloquer l’entrée.
Ce que réclament concrètement les organisations
- Un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées, chiffré sur dix mesures d’urgence par la FAGE, dont la pétition a dépassé les 80 000 signatures.
- La suppression de Parcoursup, dont le ministre de l’Enseignement supérieur doit proposer des améliorations d’ici fin octobre.
- Des remplacements effectifs : 3 000 professeurs promis pour les établissements les plus en difficulté, 2 000 déjà affectés selon le gouvernement.
- Des emplois du temps et des conditions matérielles décents : près de 90 000 contributions ont été déposées sur la plateforme de consultation lancée par le gouvernement.
Les gilets jaunes préparent leur retour dans la rue samedi 17 octobre. Les organisations lycéennes ont appelé à rejoindre leurs cortèges.
À deux jours des vacances de la Toussaint, le gouvernement espère que la coupure scolaire calmera le jeu. Les lycéens, eux, ont déjà pris rendez-vous pour samedi.
Sources : Le Figaro (en direct), TF1 Info, France Bleu, AFP, L’Indépendant.
