Sur les 3 700 lycées que compte le pays, les cours seront « totalement ou partiellement » suspendus ce lundi dans 400 à 500 établissements, faute de conditions de sécurité « réunies ». L’annonce est venue d’Édouard Geffray, interrogé dimanche sur France 2 et France Inter : le ministre de l’Éducation s’attend à « probablement autant » de suspensions qu’en fin de semaine, avec toutefois une reprise « partielle » et « progressive » des enseignements.

Ce que ça change pour vous ce lundi

Pas de liste nationale unique : chaque académie, parfois chaque établissement, décide. La consigne reste la même : vérifiez l’ENT, les SMS ou les mails du proviseur avant de faire partir votre enfant.

En Île-de-France, plus de 160 lycées resteront fermés ce lundi, soit plus d’un tiers des établissements, selon Valérie Pécresse, présidente de la région. Dans le Morbihan, six lycées ferment leurs portes sur décision de l’académie et du préfet, avec des cours en distanciel. Le préfet a aussi interdit tout rassemblement aux abords de ces six établissements, ainsi que le port et le transport d’armes, de produits inflammables ou chimiques.

Des lycéens manifestent avec une banderole « École » Des lycéens manifestent pour l’école publique.

La chronologie de l’escalade, en chiffres

  • Mi-septembre : le mouvement naît en région parisienne : classes surchargées, bâtiments insalubres, absences non remplacées et inégalités de Parcoursup.
  • Semaine dernière : le mouvement s’étend et s’enflamme, marqué par une multiplication d’incidents et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Matignon parle de « violences urbaines ».
  • Vendredi 2 octobre : 400 à 500 établissements suspendent leurs cours ; 1 700 interpellations dans la seule journée.
  • Dimanche 4 octobre : un adolescent de 16 ans est interpellé à Marseille dans l’affaire de l’enseignant aspergé d’essence à La Ciotat ; un jeune de 15 ans est mis en examen pour « acte de barbarie » après avoir dirigé un spray enflammé vers le visage d’une passante à Marseille.
  • Lundi 5 octobre : 400 à 500 établissements concernés ; en Île-de-France, plus de 160 lycées fermés.
  • Mardi 6 octobre : « acte III » annoncé par l’Union syndicale lycéenne, avec une journée de mobilisation intersyndicale dans l’Éducation nationale.

Le bilan officiel depuis le début du mouvement donne la mesure de l’escalade : 5 000 interpellations, dont environ 85 % concernent des mineurs, 24 établissements « incendiés ou saccagés » et 78 personnels de l’Éducation nationale blessés. En ajoutant les dégradations de logements de fonction, la facture pourrait atteindre 20 à 30 millions d’euros, a indiqué le ministre.

Mon lycée est-il fermé ce lundi 5 octobre ?

Les fermetures se décident académie par académie. En Île-de-France, plus d’un tiers des lycées ferment leurs portes. Ailleurs, fiez-vous aux communications officielles de l’établissement : ENT, SMS, mail du proviseur.

Pourquoi 24 établissements ont-ils été incendiés ou saccagés ?

C’est le chiffre avancé dimanche par le ministre. Le mouvement, parti de revendications sur les moyens, a été marqué par des débordements que l’exécutif attribue à des « éléments extérieurs ». À La Ciotat, un professeur de 59 ans a été aspergé d’essence vendredi alors qu’il tentait d’éteindre un début d’incendie ; l’adolescent de 16 ans soupçonné des faits a été interpellé dimanche à Marseille et placé en garde à vue. Le parquet a ouvert une enquête pour violences aggravées.

Des lycéens dans une manifestation à Paris Des lycéens manifestent dans les rues de Paris.

Qu’est-ce que la feuille de route de Sébastien Lecornu ?

Dimanche soir, Sébastien Lecornu a adressé à plusieurs ministres, dont Édouard Geffray, une lettre fixant cinq chantiers et un calendrier : que les cours reprennent « partout » où c’est possible, et des décisions « avant la fin du mois » avec leur financement.

Au menu : remplacements d’absences longues et postes non pourvus traités en priorité dès cette semaine, avec un bilan le 16 octobre ; réunion mardi avec les présidents de région sur la rénovation des établissements ; des propositions pour rendre Parcoursup plus transparent d’ici fin octobre ; des journées mieux organisées ; et des suites données à la parole des lycéens. Le tout adossé à 1,2 milliard d’euros supplémentaires pour l’Éducation nationale prévus au budget 2027.

Sur le fond politique, le ton reste dur. Édouard Geffray a de nouveau accusé La France insoumise d’avoir « incité au blocage » et favorisé la flambée des violences. Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a renvoyé la responsabilité au gouvernement : « S’il y a quelqu’un qui est responsable de cette mobilisation, c’est vous ! », citant dix ans de politique macroniste, 10 000 suppressions de postes d’enseignants et Parcoursup, tout en dénonçant des interventions « absolument disproportionnées » des forces de l’ordre : « un lycéen qui perd un œil », « une jeune étudiante qui se fait étrangler pendant plusieurs minutes ».

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a assuré dimanche que les forces de l’ordre « ne répriment pas la jeunesse » mais « protègent » les élèves qui souhaitent porter pacifiquement leurs revendications, répondant aux accusations du Syndicat de la magistrature, de la CGT et de la Ligue des droits de l’Homme.

« Je suis triste parce que je pense à ce tiers de lycéens qui ne va pas avoir cours pendant des semaines. »

— Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, sur Franceinfo TV

Qu’est-ce que l’« acte III » prévu mardi ?

L’Union syndicale lycéenne a promis un « acte III » mardi 6 octobre, assorti d’une journée de mobilisation intersyndicale dans l’Éducation nationale. Le gouvernement, qui entend sanctionner les casseurs, surveillera la mobilisation de près. Fabien Roussel, candidat communiste à la présidentielle, a appelé dimanche enseignants et salariés à soutenir les lycéens, pour que « les revendications émergent plutôt que la violence ».

Que faire si les cours de votre enfant sont suspendus ?

  • Consultez l’ENT et les messages du proviseur : les situations varient d’un établissement à l’autre.
  • Ne vous déplacez pas aux abords du lycée : les rassemblements y sont souvent interdits par arrêté préfectoral.
  • Préparez le distanciel : liens de connexion et horaires passent par les enseignants ; prévoyez un espace de travail à la maison.
  • Gardez votre enfant à domicile si l’établissement le demande : c’est une consigne de sécurité, pas une option.

Ce lundi, la question n’est plus seulement de savoir quand les grilles rouvriront, mais ce que le gouvernement mettra sur la table avant la fin du mois. Les lycéens, eux, ont déjà fixé leur prochain rendez-vous : mardi.