Le blocage des lycées entre dans sa deuxième phase. Ce jeudi 1er octobre, ce n’est plus seulement les lycéens : les étudiants ont rejoint la contestation. L’Union étudiante revendique « près d’une trentaine de blocages » jeudi matin sur les campus — Paris-Cité, Sorbonne-Université, Strasbourg, Montpellier, Lyon, Rennes, entre autres — qui s’ajoutent aux centaines de lycées perturbés. Un mouvement parti le 21 septembre de l’académie de Créteil, dans le Val-de-Marne, qui a pris de court le gouvernement à sept mois de la présidentielle.

Les chiffres donnent la mesure de l’escalade. Selon le ministère de l’Intérieur, 356 établissements étaient déjà affectés mercredi, avec 625 interpellations et 83 policiers et gendarmes blessés. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, fait état d’au moins 119 élèves et personnels blessés. En Île-de-France, « plus de 200 lycées perturbés, dont une cinquantaine sont le théâtre de violences », selon la région. La facture des dégradations dépasse déjà le million d’euros.

Le déroulé des faits

Le 21 septembre. Le mouvement naît à l’académie de Créteil : le lycée Saint-Exupéry se mobilise contre l’absence de principal adjoint, d’infirmière scolaire ou encore d’accompagnants d’élèves handicapés (AESH). Les lycéens de Paul-Eluard, à Saint-Denis, emboîtent le pas en dénonçant le manque de moyens : pas de tables ni de chaises dans certaines classes, CDI limité à huit personnes pour près de 2000 élèves. Il y a trois ans, en 2023, le plafond d’une salle de classe s’était effondré dans cet établissement.

Le 29 septembre. Le mouvement sort des banlieues : blocus à Paris intra-muros, Lyon, Nantes. L’Union syndicale lycéenne qualifie d’« historique » la journée : 416 établissements perturbés, 440 interpellations.

Le 30 septembre. L’USL et l’Union étudiante annoncent conjointement une nouvelle journée de blocage des lycées et des universités pour le jeudi 1er octobre, ainsi qu’une grande manifestation des jeunes le mardi 6 octobre.

Ce jeudi. Les campus basculent. Montpellier : le campus principal de Paul-Valéry entièrement bloqué, poubelles et mobilier entassés devant les accès, tramway perturbé sur l’avenue de Lodève. Marseille : la RTM interrompt l’intégralité des transports en commun après « des déprédations et des agressions de conducteurs avec blessés ». Strasbourg : la préfecture ordonne l’arrêt des tramways. Des départs de feu sont signalés au lycée Nelson-Mandela de Nantes et au lycée Blaise-Pascal de Rouen. Face à la dégradation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule de crise.

Quelles sont les revendications des lycéens et des étudiants ?

Les revendications ? Remplacement des professeurs absents, classes moins surchargées, bâtiments rénovés adaptés aux vagues de chaleur. Pour le sociologue Laurent Frajerman, interrogé par Le Figaro Étudiant, le mouvement parti de banlieue est inédit : « Il faut remonter dans les années 90 pour revoir des lycées de banlieue initier des mouvements. » Le rectorat de Créteil a noté que la protestation avait commencé par « un mouvement d’élèves, sur des éléments très concrets propres à chaque établissement », avant de progresser par « un effet d’entraînement sur les réseaux sociaux ».

À ces revendications locales s’ajoutent les demandes nationales portées par l’USL de Ryad Rani : un « financement massif » des lycées et des universités, la suppression de Parcoursup — une « machine de sélection et de tri social » selon le syndicat.

Côté étudiants, Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, ajoute la sélection sur Mon Master et les frais d’inscription des étudiants étrangers. L’Unef appelle à manifester contre la suppression de places dans les facultés et le gel des APL, inscrit au projet de budget 2027.

Ce que ça change pour vous : lycée bloqué, cours perturbés, que faire ?

Si votre établissement est bloqué ce jeudi, la réponse dépend des consignes locales : certains rectorats maintiennent les cours à distance. Le ministre Édouard Geffray a demandé sur X « que les cours soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l’accueil des élèves en toute sécurité ». Vérifiez le site ou la messagerie de votre établissement avant de vous déplacer.

Pour les transports, la situation varie selon les villes. À Marseille, la RTM a interrompu tout le réseau : ne comptez sur aucun bus, tramway ni métro ce jeudi. À Strasbourg, les tramways sont à l’arrêt sur ordre de la préfecture. À Montpellier, plusieurs lignes de tramway sont perturbées autour des campus bloqués. Partout ailleurs, anticipez des retards aux heures de pointe près des établissements bloqués.

« Un lycée incendié, des personnels aspergés d’essence, un bilan de blessés qui s’alourdit : les violences commises depuis ce matin aux abords des lycées sont d’une extrême gravité. » (Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale)

Des étudiants manifestent contre l’augmentation des droits d’inscription (photo d’illustration) Manifestation étudiante contre la hausse des droits d’inscription : les revendications des étudiants portent aussi sur Mon Master et le gel des APL (photo d’illustration).

Les réactions : le gouvernement débordé

Le président de la République a dit mercredi comprendre les « angoisses » et les « colères » de la jeunesse, tout en condamnant le recours à la violence. Le gouvernement juge « légitimes » certaines revendications mais condamne l’instrumentalisation politique par La France insoumise. De l’autre côté, Marine Le Pen, en tête dans les intentions de vote, réclame sur X le rétablissement de l’ordre et accuse Jean-Luc Mélenchon de « lourde responsabilité ».

La plateforme de concertation annoncée mercredi par le ministre sera le premier test : les syndicats lycéens et étudiants la jugent déjà insuffisante. Avec une grande journée de mobilisation fixée au mardi 6 octobre et des chiffres de violence en hausse, le gouvernement n’a plus que quelques jours pour trouver une réponse tangible.

Le mouvement va-t-il durer ?

L’expert en mouvements sociaux Laurent Frajerman juge la mobilisation « imprévisible » pour le moment : « Pour que le mouvement perdure, il faut que l’une des deux choses suivantes se passe dans les prochains jours : soit la police dérape fortement et il y a, par conséquent, une escalade de la violence, ou alors le mouvement évolue et formule des propositions concrètes. »

Des étudiants défilent avec une banderole pour l’université (photo d’illustration) « La fac est à nous, université pour tous » : les étudiants entrent dans la contestation ce jeudi, une trentaine de campus bloqués (photo d’illustration).

Parti d’un lycée de Créteil, le mouvement a mis dix jours à paralyser lycées et universités dans tout le pays. À sept mois de l’élection présidentielle, la jeunesse vient de rappeler qu’elle sait se faire entendre.