Mardi 13 octobre 2026, l’enquête sur les tirs du collège Joseph-Lakanal d’Aubagne a changé de nature. Le parquet national antiterroriste (Pnat) s’est saisi du dossier, au détriment du parquet de Marseille. La décision fait suite à l’exploitation des supports numériques du collégien de 14 ans soupçonné d’avoir ouvert le feu lundi matin : elle met en évidence sa probable adhésion à la mouvance « True Crime Community », un écosystème de communautés en ligne qui glorifie les auteurs de tueries de masse. Des qualifications terroristes pèsent désormais sur l’adolescent.

Ce que ça change pour vous

Si votre enfant fréquente un collège ou un lycée, cette saisie ne bouleverse pas votre quotidien immédiat : les cours ont repris leurs horaires et la sécurité des établissements ne dépend pas de ce changement de parquet. En revanche, elle change le regard officiel porté sur l’affaire. Quand le parquet antiterroriste prend la main, l’État dit qu’il ne s’agit plus d’un simple fait divers : les enquêteurs de la Sous-direction anti-terroriste (SDAT) et de la DGSI traquent désormais une piste idéologique, pas seulement un passage à l’acte isolé.

Pour les parents, une question concrète s’ajoute aux autres : que font nos adolescents en ligne ? La « True Crime Community » n’est pas un site unique, c’est un archipel de forums, de groupes et de comptes qui documentent, commentent et parfois célèbrent les tueries de masse. Surveiller un téléphone sans tout comprendre de cet univers est un défi. La plateforme PHAROS, qui recueille les signalements de contenus illicites en ligne, reste le bon réflexe en cas d’échanges troublants.

Pourquoi le parquet antiterroriste s’est-il saisi de l’affaire ?

La bascule date de ce mardi 13 octobre. Jusqu’ici, l’enquête du parquet de Marseille portait sur des « tentatives d’assassinat ». La brigade criminelle de la DCOS (ex-PJ) de Marseille avait la main. Or, l’exploitation du téléphone et des comptes du mineur a fait émerger une piste d’un autre ordre : une adhésion probable à la mouvance « True Crime Community ». Selon le Pnat, l’attaque « pourrait s’inscrire dans cette idéologie ».

Les conséquences judiciaires sont immédiates. L’enquête se poursuit désormais des chefs de « tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste », « association de malfaiteurs terroriste » et infractions à la législation sur les armes en lien avec une entreprise terroriste. Concrètement, ce sont des magistrats et des services spécialisés du renseignement intérieur qui reprennent le fil, avec les outils de la procédure antiterroriste : l’analyse des réseaux numériques du suspect prendra une place centrale dans les semaines à venir.

Un palais de justice français, symbole de la justice L’enquête sur les tirs d’Aubagne est désormais entre les mains du parquet national antiterroriste (photo d’illustration).

Qu’est-ce que la « True Crime Community » ?

Le terme désigne un ensemble de communautés numériques, hébergées sur les réseaux sociaux et des forums, qui s’intéressent de près aux affaires criminelles : reconstitutions, archives, échanges sur les auteurs de tueries de masse. Certains espaces documentent des faits réels. D’autres franchissent une ligne : des tueurs y deviennent des modèles, et des contenus incitent « au recours à la violence extrême », selon le Pnat.

L’enjeu de l’enquête sera de déterminer ce que le collégien y cherchait exactement : un contenu morbide de plus, ou une idéologie qui aurait nourri son passage à l’acte. Le parquet antiterroriste ne s’est pas saisi sur un simple goût pour les documentaires criminels : il s’est saisi parce que l’exploitation numérique suggère une adhésion à la mouvance et un lien avec l’action du lundi 12 octobre. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a résumé mardi matin sur France Inter la lecture des enquêteurs sur la préparation de l’acte.

« Le jeune avait organisé son périple. »

— Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, sur France Inter, mardi 13 octobre

Chronologie : ce que l’on sait de lundi 12 octobre

Peu avant 9 h 30 : le collégien de 14 ans, élève de 3e au collège Joseph-Lakanal, entre dans l’établissement. Un fusil de chasse de calibre 12 est dissimulé dans un étui à guitare, avec des munitions de type chevrotine.

Vers 9 h 25 : il sort l’arme dans le hall du premier étage et tire en direction de deux personnes présentes, le principal du collège et une professeure. Le principal, âgé de 53 ans, est blessé à la hanche droite. L’enseignante de 37 ans est touchée à la cuisse, par ricochet. Une troisième personne est légèrement éraflée.

Deuxième étage : le mineur monte, tire devant une professeure en direction du sol, puis à l’intérieur d’une salle de classe occupée. Le tir atteint le tableau. Des éclats touchent des élèves, choqués mais pas grièvement blessés.

Revers de l’escalier : le conseiller principal d’éducation (CPE) parvient à le maîtriser et à le désarmer. Police municipale et nationale l’interpellent et le placent en garde à vue.

Lundi après-midi : le Premier ministre demande aux ministres de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, de se rendre sur place. Emmanuel Macron salue « le sang-froid et la réaction exemplaire de l’équipe éducative ». Le père du suspect, pratiquant le tir sportif selon les médias, est placé en garde à vue ; des armes, dont certaines de chasse, sont saisies au domicile familial. Une cellule psychologique est instaurée au collège.

Véhicules de la gendarmerie La SDAT et la DGSI ont pris la suite de la brigade criminelle de Marseille dans cette enquête (photo d’illustration).

Que va-t-il se passer maintenant ?

La garde à vue du collégien et de son père a été prolongée. Il devra notamment expliquer comment un mineur de 14 ans a pu s’emparer du fusil : l’accès aux armes et le mobile restent les deux grandes questions de l’enquête.

Côté victimes, le pronostic vital du principal et de l’enseignante n’est toujours pas engagé. Tous deux ont été hospitalisés à Marseille et à Aubagne.

L’instruction va s’accélérer sous l’autorité des juges spécialisés : exploiter les supports numériques, cartographier les fréquentations en ligne du mineur, établir le degré réel de son adhésion à la mouvance, et vérifier si d’autres personnes ont pu jouer un rôle. La qualification d’« association de malfaiteurs terroriste » laisse entrevoir cette piste.

Un collège français de 625 élèves doit désormais rouvrir ses portes chaque matin, là où des coups de feu ont retenti la veille. L’enquête dira si une idéologie les a guidés.