Le cancer de la peau au travail pourrait bientôt être reconnu comme maladie professionnelle. Ce jeudi 15 octobre, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un avis qui établit un « lien avéré » entre l’exposition professionnelle aux ultraviolets et la survenue de trois cancers cutanés. Selon la Dares, 3,5 millions de personnes en France travaillent à l’extérieur, exposées aux intempéries et aux UV.
L’agence a passé au crible l’ensemble de la littérature scientifique. Verdict : une augmentation de risque pour trois cancers précis, les carcinomes épidermoïdes cutanés, les carcinomes basocellulaires cutanés et les mélanomes cutanés. « Elle n’a pas permis d’établir une durée d’exposition en deçà de laquelle une augmentation de risque serait écartée », précise Marion Keirsbulck, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à l’air à l’Anses, citée par l’AFP. Autrement dit, il n’existe pas de seuil rassurant.
Qui sont les 3,5 millions de travailleurs concernés ?
Agriculteurs, jardiniers, postiers, marins, saisonniers des stations de ski, ouvriers du bâtiment : la liste dressée par l’AFP frappe par sa banalité. Ce sont des métiers ordinaires, exercés dehors, parfois depuis des décennies, sans que le soleil ait jamais été considéré comme un danger du poste. S’y ajoutent environ 150 000 salariés exposés aux UV artificiels : soudeurs, agents chargés de la désinfection ou de la stérilisation par lampes UV, salariés de l’éclairage horticole ou de la découpe de matériaux.
Pour les soudeurs, le lien est même direct : l’expertise met en évidence une relation causale avérée entre les UV artificiels du soudage et les mélanomes oculaires. Le risque grimpe avec la durée passée dehors, avec les horaires où le rayonnement tape le plus fort, et avec la réverbération : sur l’eau pour les marins, sur la neige pour ceux qui entretiennent les pistes, rappelle Amandine Paillat, adjointe à l’Anses.
Sur les chantiers, l’exposition aux UV s’ajoute à la chaleur : les ouvriers du bâtiment font partie des 3,5 millions de salariés concernés.
Ce que la reconnaissance changerait pour vous
Aujourd’hui, un salarié qui développe un cancer de la peau après des années passées dehors doit prouver le lien avec son travail au cas par cas. Ce que réclame l’Anses, c’est de faire de l’exposition aux UV un risque professionnel à part entière. Concrètement, cela ouvrirait la voie à une prise en charge au titre des maladies professionnelles, avec une présomption d’origine qui simplifierait les démarches d’indemnisation.
En attendant, l’avis contient déjà un message pour les employeurs : protéger leurs équipes n’est plus une option. Casquette ou chapeau à bord large, crème solaire sur les zones exposées, réorganisation des tâches pour éviter le plein soleil quand c’est possible : les gestes sont connus, ils sont rarement appliqués.
- Parlez-en à votre médecin du travail, surtout si vous passez vos journées dehors depuis des années.
- Faites contrôler votre peau une fois par an : la détection précoce change tout.
- Surveillez les grains de beauté qui changent de forme, de couleur ou de taille, et les plaies qui ne cicatrisent pas.
« 90 % des cancers cutanés guérissent s’ils sont repérés tôt », rappelle l’Anses.
Pourquoi l’Anses sonne l’alerte maintenant
Parce que l’ampleur est massive et le danger sous-estimé. Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’exposition aux UV est la principale cause des cancers de la peau, qui font 120 000 morts par an dans le monde. Et contrairement à d’autres risques professionnels, celui-ci ne s’arrête pas à la porte de l’usine : il suit le salarié sur chaque chantier, chaque champ, chaque tournée.
Un dépistage régulier reste l’arme la plus efficace : détecté tôt, le cancer de la peau se soigne dans 9 cas sur 10.
Le soleil ne figure sur aucune fiche de poste ; pour 3,5 millions de Français, il est pourtant devenu un risque du métier.
