L’avertissement sur résultats publié par Alstom ce lundi 2 novembre n’a laissé aucune place au doute. Le deuxième constructeur ferroviaire mondial a prévenu avant l’ouverture que son premier semestre, d’avril à septembre 2026, serait bien en dessous de ses prévisions. Les marchés ont réagi dans la minute.
Ce que ça change pour vous
Si vous détenez des actions Alstom, en direct dans un PEA ou à travers un fonds et une assurance-vie, la valeur affichée de cette ligne a fondu ce lundi. Le titre s’échangeait autour de 11,33 euros vers 11 heures, alors que la capitalisation est passée de 11,87 milliards au 1er janvier à 5,3 milliards en fin de matinée. Le prochain rendez-vous chiffré tombe le 17 novembre, avec les résultats semestriels complets, et les contours du plan de désendettement sont promis pour le deuxième trimestre 2027.
Pour les salariés et les sous-traitants, l’annonce la plus lourde reste à venir : Martin Sion prépare un plan de transformation pour le premier semestre 2027, qui pourrait inclure des fermetures de site selon Le Monde. Aucun site n’a été nommé ce lundi.
La chronologie d’une matinée noire
Réuni dimanche, le conseil d’administration a choisi de ne pas attendre le 17 novembre : l’avertissement est tombé lundi matin, avant l’ouverture. Dès les premiers échanges, le titre a dévissé d’environ 30 %, selon Reuters, puis de 27 % à 9 h 50. Vers 11 heures, l’AFP relevait un recul de 28,02 %, à 11,33 euros.
Chez Citi, les analystes ont calculé que l’écart avec le consensus représentait environ 950 millions d’euros, et que le manque de trésorerie anticipé équivalait à près de 20 % de la capitalisation. Le marché a sanctionné une question de financement, pas seulement de rentabilité.
Le TGV M, ici en essai, doit entrer en service commercial vendredi 6 novembre entre Paris et Marseille. C’est un programme distinct du Coradia Max allemand. (Photo d’illustration)
Pourquoi le Coradia Max bloque tout
Le Coradia Max est un train régional électrique commandé par plusieurs Länder allemands. Six contrats distincts, signés entre 2021 et la mi-2023, pèsent environ 5 milliards d’euros. C’est le programme qui devait porter la croissance de la production cette année. Il est devenu celui qui l’empêche.
Pendant l’été, un problème d’exécution a été repéré entre la fin de l’ingénierie et le début de l’industrialisation, et la production a été arrêtée en juillet. En août, une « tiger team » a remis en cause la solidité du planning. Résultat : homologation attendue fin mars seulement, première livraison basculée sur l’exercice 2027-2028.
Le retard ne se limite pas à un contrat : ces contrats sont interdépendants, et deux d’entre eux prévoient des pénalités dont le montant n’a pas été communiqué. Alstom a traduit l’impact en une seule fois dans ses comptes du semestre.
Que disent les chiffres du semestre ?
D’avril à septembre 2026, la marge d’exploitation ajustée s’est établie autour de -4 %, contre +6,4 % un an plus tôt. La production est tombée à 1 860 voitures (-8 %), le free cash-flow à -1,248 milliard d’euros, et la dette nette a grimpé à 1,1 milliard au 30 septembre, contre 0,4 milliard six mois plus tôt.
Tout n’est pas dans le rouge : commandes de 11 milliards, chiffre d’affaires de 9,3 milliards (+2 % en organique), carnet de commandes au-delà de 100 milliards. Le problème n’est pas de vendre des trains, mais de les livrer dans les délais et au coût prévu.
« Depuis ma nomination au poste de PDG en avril 2026, j’ai demandé que les risques et les opportunités de chaque projet soient rigoureusement identifiés et remontés à la hiérarchie. L’annonce d’aujourd’hui reflète les conséquences de cet exercice, dont l’objectif est de ramener les performances du groupe à la normale dès le prochain exercice. » Martin Sion, directeur général d’Alstom, dans le communiqué du 2 novembre.
Alstom va-t-il manquer de trésorerie ?
Sur ce point, le groupe a voulu couper court aux inquiétudes. Il disposait de 1,65 milliard d’euros en caisse fin septembre, ainsi que de lignes de crédit non tirées, dont une de 2,5 milliards à échéance juillet 2029. Le 1er novembre, il a mis en place une nouvelle facilité de 2 milliards auprès d’une banque internationale.
La tension vient d’ailleurs : pour l’exercice, Alstom prévoit un free cash-flow de -1,5 milliard, contre un flux positif attendu, et une marge annuelle d’environ 1 %, contre 6,5 % auparavant.
Le siège d’Euronext à Paris. L’action Alstom y a perdu près de 30 % en début de séance ce lundi. (Photo d’illustration)
Le plan de désendettement de 2 milliards, c’est quoi ?
Le conseil d’administration a décidé lundi un plan de désendettement d’environ 2 milliards d’euros, qui passera notamment par des cessions d’actifs jugés détachables du cœur de métier. Ces actifs sont en cours d’identification, et les contours du plan seront détaillés lors du Capital Markets Day prévu au deuxième trimestre 2027.
Pourquoi un deuxième avertissement en sept mois ?
En avril déjà, un premier « profit warning » avait fait chuter le titre de 27,15 % le 17 avril. Martin Sion venait d’arriver, et beaucoup espéraient que cette opération vérité suffirait. Sept mois plus tard, la revue des projets critiques a mis au jour des difficultés plus lourdes que prévu sur le Coradia Max.
Et le TGV M de vendredi, il est menacé ?
Non, pas d’après les informations disponibles ce lundi. Le TGV M, rame à deux étages de la gamme Avelia Horizon, doit effectuer son voyage inaugural vendredi 6 novembre entre Paris et Marseille, en service TGV InOui. Chaque rame peut accueillir jusqu’à 740 passagers en configuration maximale, après des reports successifs depuis les Jeux olympiques de Paris 2024.
Prochain rendez-vous chiffré : le 17 novembre, avec les résultats semestriels complets. D’ici là, le marché regardera une seule chose, la capacité d’Alstom à tenir le nouveau calendrier du Coradia Max.
Sources : Le Monde, Le Figaro, Reuters, AFP via Boursorama, Journal du Net, Wall Street Journal.
