La grève Air Corsica d’octobre 2026 se dessine, et elle arrive au pire moment pour la compagnie insulaire. Jeudi 1er octobre, les deux syndicats de pilotes, le SNPL et le SPAC, ont déposé un préavis de grève du 9 au 16 octobre : une première dans l’histoire d’Air Corsica, créée en 1989. Le conflit social éclate alors que cinq ATR 72-600 sont déjà cloués au sol depuis la mi-septembre pour des odeurs suspectes en cabine. Résultat : à une semaine des vacances de la Toussaint, les passagers qui ont réservé vers Ajaccio, Bastia, Calvi ou Figari se demandent si leurs avions décolleront.

Ce que ça change pour vous

D’abord, un point de droit simple : un préavis de grève n’annule aucun vol par lui-même. Les dates qui comptent sont le 7 et le 8 octobre. Au plus tard le 7, les navigants dont l’absence empêcherait les vols de partir doivent déclarer individuellement leur participation (article L1114-3 du code des transports). La compagnie connaît donc l’ampleur réelle du mouvement deux jours avant son ouverture. Au plus tard le 8 octobre, elle doit ensuite prévenir gratuitement chaque passager des vols maintenus (article L1114-7).

Surveillez donc vos SMS et vos e-mails : c’est par là que les annulations sont notifiées. Si votre vol est annulé, vous aurez le choix entre le remboursement intégral du billet, un réacheminement vers votre destination dans les meilleurs délais, ou un réacheminement à une date qui vous arrange. Pendant l’attente à l’aéroport, la compagnie doit aussi fournir boissons et repas, et un hôtel si le départ est reporté au lendemain. Un conseil pratique : ne rachetez pas un billet ailleurs avant d’avoir fait ce choix, au risque de perdre le bénéfice des autres options.

Un ATR 72-600 d’Air Corsica au décollage Un ATR 72-600 d’Air Corsica au décollage : cinq des sept appareils de ce type sont immobilisés depuis la mi-septembre.

Cinq ATR à l’arrêt depuis la mi-septembre : que s’est-il passé ?

Le 23 septembre, Air Corsica a retiré de l’exploitation cinq de ses sept ATR 72-600, les avions qui relient principalement Marseille et Nice aux quatre aéroports corses. Motif invoqué : des « signalements récurrents d’odeurs inhabituelles, notamment dans le poste de pilotage ». Les cinq appareils concernés appartiennent à la même génération, livrée entre novembre 2022 et août 2024.

Selon Le Monde, des pilotes ont décrit des effluves d’huile brûlée et se sont plaints de maux de tête. Des fumées intermittentes avaient été repérées dès juin sur un appareil, puis en septembre sur quatre autres. Depuis, une visioconférence réunit chaque jour la compagnie, l’avionneur ATR, le motoriste Pratt & Whitney Canada et l’équipementier Liebherr pour comprendre l’origine du phénomène, et des essais sont menés dans les ateliers d’ATR à Toulouse.

Pour continuer à voler, la compagnie affrète des avions d’autres opérateurs, comme Chalair, Air Caraïbes ou Amélia. Une solution coûteuse : selon un spécialiste de l’aviation cité par Le Monde, l’affrètement journalier d’un avion se chiffre à environ 100 000 euros.

L’aéroport d’Ajaccio L’aéroport d’Ajaccio : la compagnie affrète des avions d’autres opérateurs pour maintenir ses liaisons vers la Corse.

Mon vol du 9 au 16 octobre va-t-il décoller ?

À ce stade, personne ne peut le dire, et aucune liste d’annulations n’a été communiquée. La grève elle-même n’est pas certaine : les syndicats affirment rester disponibles pour négocier et ont même proposé un compromis, signer un accord de quatre ans dont l’application serait différée de plusieurs mois, le temps pour la compagnie de régler ses problèmes de flotte.

Le bon réflexe, en attendant, consiste à vérifier régulièrement le statut de sa réservation plutôt que de supposer le pire. Reste que la direction n’a pas répondu aux propositions des syndicats, et que la confiance entre les deux camps est, selon les mots du SNPL et du SPAC, « profondément fragilisée ».

« Notre objectif reste d’obtenir un accord, pas de faire grève pour faire la grève ! » — Le SNPL et le SPAC, dans leur communiqué du 1er octobre

Pourquoi les pilotes font-ils grève pour la première fois ?

En 2024, les 140 pilotes avaient accepté un accord contraignant : gel des salaires pendant deux ans et suppression de sept jours de congé, un effort pour accompagner le plan de transformation de la compagnie. Cet accord devait expirer le 30 novembre. La direction veut aujourd’hui le proroger d’un an et bloquer, en plus, l’évolution salariale liée à l’ancienneté. Les syndicats jugent ces propositions « insuffisantes » en matière de salaires et de pouvoir d’achat, et dénoncent une confiance rompue.

Derrière le conflit, une compagnie financièrement fragile. En 2024, Air Corsica a réalisé 189 millions d’euros de chiffre d’affaires pour un résultat d’exploitation négatif de 10,1 millions, et sa dette de 112 millions d’euros représente près de trois fois ses fonds propres. La collectivité de Corse, actionnaire majoritaire, la soutient via une dotation annuelle de continuité territoriale de 187 millions d’euros, inchangée depuis 2009. Le député Michel Castellani a déposé un amendement pour y ajouter 60 millions. La compagnie vise par ailleurs un plan de départ volontaire de 70 personnes d’ici 2027, principalement à Nice et Marseille.

Les dates à retenir

  • 23 septembre : communiqué d’Air Corsica annonçant le retrait de cinq ATR 72-600.
  • 1er octobre : le SNPL et le SPAC déposent un préavis de grève du 9 au 16 octobre.
  • 3 octobre : Le Monde révèle les détails de la crise des ATR et de la situation financière.
  • 7 octobre : dernier délai pour les déclarations individuelles des navigants.
  • 8 octobre : la compagnie doit informer chaque passager des vols assurés.
  • 9 au 16 octobre : fenêtre de grève, en pleine période de vacances de la Toussaint.

Et la semaine s’annonce décisive jusque sur les quais : la compagnie maritime Corsica Linea a suspendu toute son activité jusqu’à lundi après le blocage de ses ports par la grève des marins, et des rayons vides ont été constatés vendredi dans des supermarchés d’Ajaccio, selon l’AFP. Par la mer comme par les airs, la Corse pourrait bien se retrouver isolée du continent. Les passagers, eux, auront leur réponse le 8 octobre au plus tard.