Le téléphone qui glisse entre les sièges, on le ramasse d’un geste, sans réfléchir. Ce geste, des millions d’automobilistes le font chaque jour. Et il vient de devenir beaucoup plus cher. Vendredi 2 octobre, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, a annoncé au Figaro une consigne nationale : l’instruction signée le 29 septembre demande à tous les préfets de généraliser la suspension du permis de conduire pour téléphone au volant. Même quand vous ne faites que le tenir en main.

Ce que ça change pour vous, concrètement

Combien ? Aux 135 € d’amende et aux 3 points déjà prévus par l’article R412-6-1 du Code de la route s’ajoute désormais la suspension administrative du permis, décidée par le préfet au cas par cas. Dans les départements qui appliquaient déjà la mesure, la durée va de quinze jours à six mois, le plafond légal étant fixé à six mois.

Quand ? La consigne a été envoyée aux préfets le 29 septembre, l’annonce publique a suivi le 2 octobre. Jusqu’ici, seule une vingtaine de départements y recouraient. La généralisation commence maintenant.

Qui est concerné ? « M. et Mme Tout-le-Monde », selon la ministre. Fini le temps où il fallait commettre une autre infraction en même temps pour perdre son permis : le simple fait de tenir le téléphone à la main suffit désormais, même en mode GPS. Et le feu rouge ne protège pas : un véhicule arrêté sur la voie publique reste considéré comme « en circulation ».

Que faire ? Quatre réflexes à prendre dès aujourd’hui :

  • Le téléphone reste dans la poche ou sur son support, jamais dans la main.
  • Pour appeler ou écouter un message, seul le kit Bluetooth ou le système intégré à la voiture est autorisé.
  • Besoin de regarder l’écran ? On se gare, on coupe le moteur, on regarde.
  • Aux feux rouges et dans les bouchons, on résiste : le contrôle peut tomber là aussi.

Un conducteur tient son smartphone en main au volant Le simple fait de tenir son téléphone à la main en conduisant pourra désormais justifier une suspension administrative du permis, sans aucune autre infraction.

Téléphone au volant : pourquoi le simple fait de le tenir suffit désormais

La suspension pour téléphone au volant n’est pas née la semaine dernière. Le Code de la route la prévoyait déjà : quand le téléphone s’ajoutait à une autre infraction, le préfet pouvait suspendre le permis jusqu’à six mois. Le problème, selon la ministre : « en réalité, très peu de préfets sanctionnent cet usage en lui-même ».

Les expérimentations ont fait le reste. Les Landes ont ouvert la marche en novembre 2025, suivies par le Lot-et-Garonne, le Pas-de-Calais, la Charente-Maritime, la Drôme, le Puy-de-Dôme ou encore la Vienne. Dans les Landes, le bilan a compté : 300 permis suspendus en trois mois, et l’usage du téléphone au volant y a reculé de 12 %. De quoi convaincre le ministère de passer à l’échelle nationale.

Contrôle routier par la gendarmerie La suspension n’est pas prononcée au bord de la route : c’est le préfet qui décide, puis notifie la mesure à l’automobiliste.

« Le téléphone au volant s’est banalisé. Vous pouvez avoir sur la conscience une mort, tout ça parce que vous avez voulu envoyer un SMS. » — Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté

Combien de temps la suspension de permis pour téléphone au volant peut-elle durer ?

De quinze jours à six mois, selon le département et selon votre situation. Les barèmes existants donnent une idée : quinze jours dans les Deux-Sèvres ou la Haute-Loire, deux mois dans le Puy-de-Dôme, un mois en première infraction dans la Drôme (trois en cas de récidive), jusqu’à six mois dans le Vaucluse, en Charente-Maritime, dans les Landes, le Lot-et-Garonne ou l’Ardèche.

Deux précisions utiles. D’abord, la sanction ne tombe pas sur place : le policier ou le gendarme vous contrôle et rédige le procès-verbal, mais c’est le préfet qui décide de la suspension et qui vous la notifie par courrier. Ensuite, la suspension administrative cesse d’avoir effet dès qu’une décision judiciaire devient exécutoire, et sa durée s’impute sur la peine éventuelle.

Les chiffres qui ont fait basculer la décision

Près de 80 % des Français admettent manipuler leur téléphone en conduisant. En 2025, 3 515 personnes ont perdu la vie sur les routes. Et la Sécurité routière rappelle les multiplicateurs que plus personne ne devrait ignorer : téléphoner au volant multiplie le risque d’accident par trois, lire un message le multiplie par vingt-trois.

Le geste de dix secondes peut désormais coûter six mois sans permis. Le Bluetooth, lui, reste légal. Le calcul est vite fait.