L’étude Mentalo sur la santé mentale des jeunes vient de livrer son verdict, et il est rude. Lancée en mai 2024 par une équipe de l’Inserm et de l’université Paris-Cité, cette enquête suit plus de 20 000 jeunes de 11 à 24 ans grâce à une application et un questionnaire auxquels ils répondent toutes les six semaines. Ses nouveaux résultats, dévoilés jeudi 8 octobre à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale qui se tient ce samedi 10 octobre, montrent un mal-être qui s’installe et qui s’aggrave.
Que révèle l’étude Mentalo sur la santé mentale des jeunes ?
Le chiffre frappe d’abord. Entre juin 2024 et juin 2026, la part des jeunes disant se sentir bien, voire très bien, est passée de 58 % à 39 %. En deux ans, presque vingt points de perdus.
Et ce n’est pas le seul signal. Aujourd’hui, près d’un tiers des participants présente un risque de détresse psychologique de type anxio-dépressive, modérée à sévère. Quatre jeunes sur dix déclarent se sentir seuls, une solitude que les chercheurs relient directement au sentiment de mal-être. Ceux-là ne se portent pas seulement mal ; ils se portent mal en silence.
La salle de classe pèse lourd : pour les chercheurs de l’étude Mentalo, la scolarité joue un rôle important dans la dégradation du bien-être mental des jeunes.
Pourquoi les lycéennes décrochent plus vite
Les filles encaissent le plus. Elles ne sont que 40 % à se dire bien ou très bien, contre 60 % des garçons. Le risque de détresse anxio-dépressive les frappe deux fois plus : 49 %, contre 23 % chez les garçons et 67 % chez les jeunes non binaires.
« Les collégiennes sont en train de décrocher. On observe une dégradation lente mais régulière de leur bien-être mental depuis deux ans », alerte Karine Chevreul, professeure de santé publique et responsable scientifique de Mentalo.
L’âge du lycée ressemble à une ligne de fracture. Si près de deux tiers des collégiens déclarent aller bien, ils ne sont plus que la moitié une fois au lycée. Chez les filles, la chute est encore plus nette : environ la moitié des collégiennes se sentent bien, contre à peine plus d’un tiers des lycéennes. Notes, évaluations, orientation, pression des pairs : la scolarité revient dans toutes les analyses comme un des grands coupables de cette fatigue collective.
Seuls devant leurs devoirs : un jeune sur deux au lycée ne se sent plus bien mentalement, et la bascule commence dès le collège.
Où demander de l’aide, concrètement
Ces chiffres tombent pendant les Semaines d’information sur la santé mentale, qui se déroulent du 5 au 18 octobre sur le thème « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ». Le même jour, la Fondation pour la Recherche Médicale publiait un Livre blanc avec neuf recommandations pour renforcer la recherche en psychiatrie. Le sujet est partout cette semaine. Reste la question que les parents posent : que faire, à la maison, face à un ado qui va mal ?
- Le faire parler. Un jeune sur quatre en mal-être n’en parle jamais à personne, selon l’étude. La première porte, c’est une conversation sans jugement, loin du téléphone.
- Repérer les signaux. Fatigue qui dure, isolement, notes qui s’effondrent, irritabilité : un adolescent qui change brutalement de comportement envoie souvent un message.
- Composer le bon numéro. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 heures sur 24. Le Fil santé jeunes écoute et oriente les 12-25 ans.
- Consulter sans barrière d’argent. Avec Mon soutien psy, douze séances chez un psychologue conventionné sont prises en charge chaque année, et le tiers payant supprime l’avance de frais depuis le 1er octobre 2026.
- En parler au médecin traitant. Il peut orienter vers une maison des adolescents ou un centre médico-psychologique, sans passer par un diagnostic dramatique.
La Journée mondiale de la santé mentale revient chaque 10 octobre. Cette année, elle arrive avec des chiffres que les chercheurs eux-mêmes jugent alarmants. Le mal-être des jeunes n’est plus une impression d’adultes inquiets : c’est une mesure, répétée tous les six semaines, auprès de 20 000 volontaires. Et elle se dégrade.
